Le 19 mars 2026, Gallimard publiera Assaut contre la frontière, le nouveau texte de Leïla Slimani. Un livre bref, personnel et frontal, centré sur une question intime que l’autrice place au cœur de son œuvre récente : la langue, et plus précisément arabe, vécue comme une absence, une perte et une blessure.
Publié par Hocine Bouhadjera
« Il me semble que
tout roman est la tentative de répondre à une question »,
partage l'écrivaine. Celle qui traverse Assaut
contre la frontière est formulée sans détour : pourquoi ne parle-t-elle
pas sa langue ?
L’arabe
apparaît ici comme une langue fantôme, un membre manquant dont la présence se
fait sentir malgré l’amputation. Une langue désirée, poursuivie, idéalisée,
parfois érigée en mythe ou en paradis perdu. Le texte dit la honte, la colère,
la frustration, mais aussi l’attachement profond à ces syllabes familières que
l’autrice raconte avoir parfois suivies dans la rue, simplement pour les
entendre.
Leïla Slimani se place explicitement dans un dialogue
avec d’autres voix littéraires, reprenant à son compte une phrase d’Etel Adnan
: « Je me suis
retrouvée à la porte de cette langue. » Assaut contre la frontière explore
cet entre-deux, cet espace de seuil où l'idiome n’est ni totalement perdu ni
pleinement habité. Une première version du texte a été lue en public par
l’autrice lors du Festival d’Avignon 2025.
Après la trilogie du Pays des autres
Ce retour intervient après la clôture, début 2025, de la
trilogie du Pays des
autres avec J’emporterai
le feu. Trois ans après Regardez-nous
danser, Leïla Slimani y racontait les enfants de la troisième
génération de la famille Belhaj, Mia et Inès, mettant un point final à une
vaste fresque familiale commencée dans les années 1940.
Le premier tome,
Le pays des autres, retrace l’installation à Meknès de Mathilde,
une Alsacienne, et d’Amine Belhaj, ancien soldat marocain de l’armée française,
dans un Maroc encore sous domination coloniale, jusqu’à l’indépendance de 1956.
Regardez-nous danser, situé dans les années 1960, montre une famille désormais
intégrée à la bourgeoisie marocaine, confrontée aux tensions d’un pays
indépendant partagé entre traditions et modernité, tandis qu’une nouvelle
génération, et en particulier les femmes, cherche sa place et son émancipation.
Un succès public durable
Le pays des autres, distingué par le Grand Prix de l’héroïne Madame Figaro en 2020, s’est
écoulé à près de 800.000 exemplaires tous formats confondus, selon
Edistat. Regardez-nous
danser a dépassé les 300.000 exemplaires. J’emporterai le feu s’est
vendu à 134.646 exemplaires en grand format.
Avant cette fresque, Leïla Slimani s’était imposée
avec Dans le jardin de
l’ogre, puis avec Chanson
douce, couronné par le prix Goncourt en 2016 et le Grand Prix
des lectrices de Elle en 2017. Ce dernier a été vendu à près de 1,2 million
d’exemplaires, tandis que Dans
le jardin de l’ogre a dépassé les 250.000 exemplaires.
Une figure littéraire et culturelle majeure
Au-delà de
ses livres, Leïla Slimani occupe aujourd'hui une place centrale dans le paysage
culturel. Elle a notamment participé à l’écriture de la cérémonie d’ouverture
des Jeux olympiques de 2024, imaginée par Thomas Jolly, et a présidé le jury de
l’International Booker Prize en 2023.
En 2025,
elle faisait partie du jury du Festival de Cannes, présidé par la comédienne
française Juliette Binoche, qui a remis la Palme d'or à Un simple accident, de
l'Iranien Jafar Panahi.
[Photo : Francesca Mantovani / Gallimard - source : www.actualitte.com]

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