Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez s’apprête à lancer une régularisation exceptionnelle des étrangers en situation irrégulière présents sur son territoire. Officiellement, l’exécutif évoque « environ 500 000 » bénéficiaires potentiels, principalement originaires d’Amérique latine.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez prononce un discours lors de la 62e Conférence sur la sécurité de Munich (MSC) le 14 février 2026 à Munich, dans le sud de l'Allemagne.
Plusieurs travaux d’experts et documents internes estiment que le
volume réel pourrait approcher le million de personnes, soit presque le double
du chiffre avancé par Madrid.
La fondation espagnole FUNCAS évoque à elle seule 840.000
sans‑papiers potentiellement éligibles, tandis qu’un rapport de la police
nationale évoque un scénario compris entre 1 et 1,35 million de régularisations
possibles selon Le Figaro.
Une régularisation par décret, à contre‑courant de l’Europe
Le Conseil des ministres a validé un projet de décret‑loi
permettant de contourner les blocages parlementaires qui freinaient jusqu’ici
une initiative législative populaire en faveur de la régularisation.
L’initiative citoyenne, portée par la plateforme « Regularización Ya »,
demandait déjà la légalisation d’environ 500.000 personnes, après avoir
recueilli plus de 700.000 signatures.
Le décret prévoit que pourront déposer une demande les
étrangers en situation irrégulière justifiant d’une présence en Espagne avant
le 31 décembre 2025, d’une résidence continue d’au moins cinq mois et de
l’absence de casier judiciaire. Les titulaires d’une demande d’asile introduite
avant cette date seront également éligibles, de même que leurs enfants à
charge.
Les bénéficiaires obtiendront un titre de séjour et de
travail d’un an, renouvelable ensuite dans le cadre du droit commun, avec un
examen accéléré des dossiers entre avril et fin juin 2026. Le simple dépôt de
la demande suspendra les procédures d’éloignement en cours.
FUNCAS et la police prévoient jusqu’à 1 million de bénéficiaires
Si le gouvernement continue de communiquer sur un « demi‑million
» de bénéficiaires, les estimations techniques convergent vers des ordres de
grandeur plus élevés. Dans une étude publiée en janvier, la fondation FUNCAS estime à près de 840.000 le nombre de personnes
remplissant les critères de la régularisation, rappelant que la population de
sans‑papiers a été multipliée par huit en neuf ans.
Un rapport de 29 pages du Centre national d’information
(CNIF) de la police nationale, cité par la presse espagnole, évoque pour sa part une fourchette de 1 à 1,35 million de
régularisations possibles. Les forces de l’ordre additionnent, d’une part,
750.000 à 1 million d’étrangers en situation irrégulière déjà présents sur le
territoire, et, d’autre part, 250.000 à 350.000 demandeurs d’asile pouvant
changer de statut grâce au décret.
Les syndicats policiers alertent sur un risque « d’appel
d’air » et sur la pression supplémentaire que cette mesure pourrait exercer sur
les frontières et les dispositifs d’accueil. À l’inverse, plusieurs économistes
mettent en avant la possibilité de faire sortir de l’ombre une main‑d’œuvre
déjà indispensable à certains secteurs, du bâtiment à l’aide à la personne.
Objectif affiché : intégrer une main‑d’œuvre déjà présente
Pour l’exécutif, cette régularisation vise d’abord à
aligner la réalité administrative sur la réalité économique. Les migrants sans
papiers concernés sont déjà insérés dans le marché du travail informel et
contribuent, selon le gouvernement, à soutenir une croissance qui reste
fragile, notamment dans les services.
La ministre des Migrations, Elma Saiz, insiste sur un «
impératif moral et une nécessité économique », en rappelant que ces personnes
vivent en Espagne « depuis des années » sans accès normalisé aux droits sociaux
et à la protection du travail. Elle souligne que la régularisation doit aussi
permettre d’augmenter les recettes fiscales et de cotisations, en limitant la
concurrence déloyale entre employeurs.
Cette opération s’inscrit dans une tradition espagnole de
régularisations massives : depuis 1986, plusieurs programmes ont déjà permis à
environ un million de personnes d’obtenir des papiers, dont la moitié lors de
la grande régularisation de 2005. Reste à savoir si, cette fois, l’ampleur
potentielle – jusqu’à 1 million de sans‑papiers régularisés – ne ravivera pas
les clivages politiques au sein d’une Europe déjà traversée par de fortes
tensions sur la question migratoire.
[Photo: THOMAS KIENZLE / AFP via Getty Images - source : www.epochtimes.fr]

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