Zurich plaît aussi parce qu’elle est réglée comme une horloge suisse. Rien n’est laissé au hasard et surtout pas la planification urbaine. Chaque ville emploie des urbanistes, mais celle d’Alfred Escher peut compter sur une directrice du développement urbain, Anna Schindler, et sur son équipe de 50 collaborateurs dédiés à une expansion au pas de charge mais bien ordonnée. Omniprésente dans les médias, elle est devenue l’un des visages de la ville.

Même si elle y vit depuis des lustres et qu’elle œuvre plus que quiconque au bien-être collectif, ne demandez pas à cette Bernoise d’origine si elle se sent zurichoise. Non pas que les locaux soient à son avis particulièrement arrogants.

“Mais les Zurichois pourraient être plus gentils et se plaindre un peu moins, sortir de la Suisse pour voir à quel point tout est facile ici.”

D’ailleurs, si elle-même se sent si bien dans la cité qui a vu naître le dadaïsme, c’est aussi parce qu’elle est multikulti. Même si elle peut, aussi, être étroite d’esprit ; ce n’est pas Tidjane Thiam, l’ex-directeur général de Credit Suisse poussé à la démission, qui dira le contraire. Le Franco-Ivoirien est là pour nous rappeler que le racisme est loin d’avoir été éradiqué aux alentours de la Paradeplatz, malgré une image ouverte au monde.

80 000 résidents supplémentaires prévus d’ici 2040

D’ailleurs, on a vite fait d’oublier que la gloire de Zurich est récente et que l’ambiance n’a pas toujours été aussi enjouée. Pendant des décennies, la population citadine n’a cessé de reculer et elle vient à peine, l’an dernier, de dépasser son record, établi en… 1962 (440 180 habitants). Pour revenir à ce niveau, il a fallu assainir la scène de la drogue mais aussi améliorer l’offre de logements, créer des emplois. “Tout a changé à partir du nouveau millénaire parce que nous avons lancé les premières planifications participatives pour décider de l’avenir des friches”, raconte Anna Schindler.

C’est ainsi que Zuri-West, ex-zone industrielle, est devenu l’un des quartiers les plus prisés. Au même moment, les bilatérales ouvrent les portes helvétiques aux travailleurs européens, tandis que, dans le monde entier, la tendance est au retour dans les métropoles, où les infrastructures, l’accès à l’éducation ou aux soins sont meilleurs.

Le Covid et le travail à la maison ne renverseront pas cette dynamique, assure Anna Schindler. Au contraire, il ne faut pas relâcher les efforts de planification, alors que la population totale devrait encore gonfler de 80 000 résidents supplémentaires d’ici à 2040. Le lion bleu, blanc risque donc de regarder la Suisse avec un peu de hauteur encore longtemps.