Le latin ? Une langue ancienne, une langue morte, devenue inutile dans notre monde contemporain, diront certains. C’est pour répondre à ces mauvaises langues qui s’égarent dans une vision étriquée du savoir que Marie-Pierre Delaygue-Masson a décidé de prendre la plume. Son court essai intitulé Le latin ? Un droit pour tous ! vient d’être publié par la nouvelle maison d’édition l’autreface créée en 2020.

Publié par Victor De Sepausy
Forte de son expérience de l’enseignement du latin au collège et au lycée, l’auteure, agrégée de Lettres Classiques, nous invite, à travers ce petit livre vivifiant à redécouvrir l’ampleur des liens qui existent entre la Rome antique et la société française actuelle, tant dans sa diversité que dans sa complexité.
Les chiffres donnés au départ donnent le ton : l’enseignement du latin est en fort déclin ces dernières années à cause des réformes successives du collège et du lycée. Malgré de grands effets d’annonce, le mouvement de fond reste le même : celui d’une forme de disparition programmée. De moins en moins de collèges en éducation prioritaire sont en mesure de proposer encore l’option latin.
Si, au début des années 2010, le latin comptait encore deux heures en cinquième et trois heures en quatrième et en troisième, le nombre d’heures allouées à cette option se retrouve souvent réduit aujourd’hui à trois heures sur l’ensemble du collège (une heure en cinquième et deux heures en quatrième et troisième, parfois sous la forme d’un groupe réunissant les élèves de quatrième et troisième).
Il faut dire que ces heures doivent être prises à présent sur la marge établissement. Il n’y a plus d’heures spécifiquement fléchées pour cet enseignement, ce qui pousse à la disparition de cette option. La création d’un nouveau dispositif « français et culture antique » en sixième à la rentrée 2021 dans les collèges d’éducation prioritaire n’est en réalité qu’un pansement sur une jambe de bois.
Alors, direz-vous, pourquoi enseigner encore le latin aujourd’hui, dans un monde où l’anglais et le numérique sont les langages de l’universalité ? C’est sans doute qu’il est nécessaire de comprendre le monde dans lequel nous vivons, qui doit tellement à l’antiquité gréco-latine, pour pouvoir aller de l’avant de façon éclairée.
Parsemant son essai de références, d’explications légères, Marie-Pierre Delaygue-Masson nous donne autant de pistes pour repenser la place du latin dans l’enseignement au collège. Et « Non, le latin n’est pas trop difficile. L’apprentissage de cette langue ancienne fait goûter la saveur du français. La civilisation latine vit encore autour de nous, à travers ses monuments, nos peintures, nos opéras… Rome nous parle aussi par son luxe et son art de vie. Elle apparaît même très actuelle, autant par ses luttes de classes que par son esprit d’ouverture. Mais elle nous étonne par sa conception de l’histoire et de la politique. Elle peut être encore plus éloignée de nous et nous choquer par la violence de ses mœurs. Notre esprit critique se nourrit de ce dépaysement. »
Alors, si vous croyez que l’apprentissage de la traduction de textes latins n’a plus de sens aujourd’hui, ouvrez ce livre vivifiant, et vous changerez immédiatement votre regard sur cette langue. En quelques pages, l’auteure nous en donne pour notre culture, et l’on repart riche d’une compréhension plus profonde de notre langue et de notre civilisation à travers l’évocation d’un empire qui a essaimé sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, laissant des côtes françaises aux côtes africaines, en passant par la Turquie, l’Espagne ou encore le Liban des monuments qui témoignent de la richesse culturelle de cette époque.
L’ouvrage La latin ? Un droit pour tous ! (127 pages, 9,50 €), joliment présenté, avec en couverture l’enlèvement des Sabines revisité par Bérangère Mauduit, comporte aussi une frise chronologique originale.
La maison d’édition lautreface, qui a vu le jour sous l’impulsion de Sandrine Levasseur, a pour ambition de s’intéresser à l’envers des a priori et des réponses toutes faites. Il s’agit d’offrir aux lecteurs des textes « qui interrogent notre culture et notre monde ».
[Source : www.actualitte.com]
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