Irmgard Keun fut, dans les années 1930, une figure proéminente de la littérature allemande. Mais elle fut aussi à l’origine d’une histoire de disparition, qui lui a permis de vivre dans l’obscurité jusqu’aux années 1970. Poussée à l'exil à cause des thèmes jugés par les nazis « anti-allemands » de son travail, Keun aurait mis fin à ses jours en août 1940, d’après des propos rapportés par un journal britannique…
Publié par Valentine Costantini
Son premier roman fut traduit en français en 1933, sous le titre Gilgi découvre la vie. Suivra La jeune fille en soie artificielle (Gallimard, 1934), traduit en français par Clara Malraux. Ce récit prend la forme d’un journal, écrit par la narratrice, Doris, une jeune fille de dix-huit ans. En 1982, une nouvelle traduction de Dominique Autrand permet aux éditions Balland de republier ce roman en 1982. Aujourd’hui, les éditions du Typhon proposent le travail de Keun sous un nouveau titre : Une vie étincelante.
Résumé de l’éditeur :
Il n'y a qu'une ville à la taille de l'énergie de Doris : Berlin ! Fuyant la ville moyenne où elle végète, Doris, séduisante et séductrice, part à la conquête de la Babylone des années 30. Un objectif en tête : devenir une vedette. Elle plonge alors dans un univers éclatant et éclaté : le champagne coule à flot comme les êtres à pic dans la misère. Artistes, mondains, miséreux se lancent à corps perdu dans un dernier tour de piste avant le désastre qui s'annonce en Europe. Ne pouvant compter que sur elle-même, Doris va tout vivre au risque d'être emportée par ce torrent.
Texte féministe avant l'heure, Irmgard Keun crée un personnage qui résiste à toute assignation.
Romancière reconnue, Irmgard Keun s’était vue condamnée par le gouvernement nazi, qui jugeait que ses romans — qui traitaient de sujets comme l'indépendance des femmes — étaient « anti-allemands ».

« Elle les méprisait », a expliqué Michael Hofmann, traducteur anglais de plusieurs de ses romans, pour décrire les sentiments de Keun envers les nazis. « Pour elle, c'étaient des idiots déguisés en uniformes qui criaient et piétinaient dans tous les sens. »
En 1933, la confiscation de son travail par la Gestapo la priva de revenus : elle fuit alors l’Allemagne, pour exister entre la France et les Pays-Bas. Elle rejoignit par la même occasion d'autres écrivains allemands en exil, comme Thomas Mann, Stefan Zweig et Joseph Roth. Elle continua d’écrire et de publier, sans pour autant atteindre son lectorat allemand comme par le passé.
Disparaître sans laisser de trace
Le traducteur Michael Hofmann a produit deux versions récentes en anglais des romans de Keun, sans pour autant tout savoir de la romancière. « Les faits biographiques précis sur Keun sont très minces », a-t-il avoué. « Nous savons que Keun est née à Berlin en 1905 et a commencé sa vie professionnelle en tant qu'actrice vers 1921. »
Irmgard Keun aura vécu dans l'obscurité jusqu'aux années 1970, lorsque ses livres ont été redécouverts par une nouvelle génération de lecteurs allemands. À cette époque, nombre d’entre eux cherchaient à construire une identité nationale en opposition à un sombre passé. Aujourd’hui, de récentes traductions et rééditions présentent les œuvres de cette romancière à un public plus conséquent.
« Elle était encore en Hollande, en 1940, et son suicide a été annoncé dans un journal britannique », a raconté Hofmann. « D'une manière ou d'une autre, elle en a profité, a obtenu de faux papiers et est retournée chez ses parents juste de l'autre côté de la frontière, à Cologne. »
À l’heure actuelle, il est encore impossible de déterminer si Keun avait créé cette histoire de toute pièce en collaboration avec un éditeur, ou si tout ceci n’avait été qu’une erreur dont elle aurait profité. Keun — devenue Charlotte Tralow, son nom de plume — parvint alors à retourner en Allemagne, avec la publication de Tendre Ferdinand (publié en 1983 par Balland, avec une traduction de Yves Jambert), son dernier roman.
Écrit en 1950, ce roman suit un soldat enrôlé qui revient à Cologne d'un camp de prisonniers de guerre, luttant à s’habituer à sa vie d’après-guerre. Ce récit offre un aperçu du pays en reconstruction, d'un peuple privé de l'essentiel, au milieu des débris.
Keun, à travers le personnage de Ferdinand, aura avoué : « Ce n'est pas si facile d'écrire une histoire d'amour dans l'Allemagne d'aujourd'hui. Il y a des lois strictes. »
via Smithsonian Magazine et Liberation
[Photo : ullstein bild / Getty Images - source : www.actualitte.com]

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