Pour la deuxième fois dans son histoire, le Prix Renaudot a sélectionné dans sa liste de romans en lice un livre autoédité par un auteur. Bande de Français, signé par l'auteur franco-israélien Marco Koskas, fait cependant apparaitre pour la première fois un livre autoédité et commercialisé par Amazon dans une liste de prix littéraire de la rentrée. L'auteur est revenu avec nous sur ses choix, ses motivations et leurs conséquences.
Écrit par Antoine Oury
ActuaLitté : Vous avez été publié par de nombreux éditeurs dits « traditionnels », à compte d'éditeur. Pourquoi avoir choisi de publier Bande de Français par vos propres moyens ? Aviez-vous mesuré les avantages et les risques de ce type de publication ?
Marco Koskas : Je me suis résigné à publier mon livre à compte d'auteur car aucun éditeur n'en a voulu ; aussi bien les éditeurs qui m'avaient déjà publié que les autres. Je me suis demandé si mon livre posait un problème, pour qu'il fasse l'unanimité contre lui, et je n'ai pas vu où était le problème. J'en ai conclu que le problème, c'était moi. Soit j'avais fait mon temps, et ils en avaient marre de ma tronche ; soit il y avait un autre problème moins avouable.
Un problème disons idéologique, et c'est cette interprétation que j'ai donnée à leur unanimisme. Parler des juifs français qui quittent la France à cause de l'antisémitisme et qui s'installent en Israël, c'était un sujet tabou. À ne surtout pas aborder. En choisissant de publier à compte d'auteur, je savais que le risque principal était d'entrer dans une sorte de clandestinité, ou de grande solitude en tous cas. Mais je voyais que les arguments qu'on me servait étaient incohérents, alors j'ai foncé.
Un problème disons idéologique, et c'est cette interprétation que j'ai donnée à leur unanimisme. Parler des juifs français qui quittent la France à cause de l'antisémitisme et qui s'installent en Israël, c'était un sujet tabou. À ne surtout pas aborder. En choisissant de publier à compte d'auteur, je savais que le risque principal était d'entrer dans une sorte de clandestinité, ou de grande solitude en tous cas. Mais je voyais que les arguments qu'on me servait étaient incohérents, alors j'ai foncé.
Amazon ne pratique pas de censure, et ne cherche pas à savoir si ce que vous écrivez est politiquement correct ou pas. Il n'y a rien à payer, ils impriment à la demande et expédient les exemplaires commandés, ceci pour les avantages ; il vous reste à faire connaître votre livre, et là, les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle. Amazon vous laisse également fixer le prix de votre livre et ne demande pas l'exclusivité. Enfin, ils vous rémunèrent deux à trois fois plus qu'un éditeur traditionnel et ce n'est pas négligeable.
[NdlR : l'auteur perçoit entre 30 % et 70 % du prix de vente public hors taxe du livre, selon le prix de vente, justement, pour la version numérique]
[NdlR : l'auteur perçoit entre 30 % et 70 % du prix de vente public hors taxe du livre, selon le prix de vente, justement, pour la version numérique]
Avez-vous eu recours à une agence, un agent littéraire ou encore des services d'édition ou de correction pour finaliser votre livre ?
Marco Koskas : Je n'ai eu recours ni à un agent ni à un correcteur. Il aurait fallu par contre que j'aie un bon logiciel d'impression. Ça aurait évité les coquilles des premiers exemplaires.
Pourquoi avoir choisi de publier votre livre avec les services d'Amazon ? Que vous inspire cette société, connue pour ses profits monstres, mais aussi pour ses relations difficiles avec le monde du livre et les libraires en particulier ?
Marco Koskas : Je n'ai pas d'opinion particulière sur Amazon. Chez les éditeurs traditionnels, j'ai surtout rencontré du mépris et une israélophobie délirante. Alors, la monstruosité d'Amazon, pardon mais j'ai vu bien pire chez les pétasses et les petits marquis des éditions germano-pratines.
Votre livre est-il disponible au format numérique ? Envisagez-vous des traductions, si l'opportunité se présente ? Par ailleurs, si un éditeur « traditionnel » vous propose de publier le livre, une telle offre pourrait-elle vous intéresser ?
Marco Koskas : Non je n'ai pas transcrit mon livre en format numérique. J'aime le papier et je veux qu'il reste pour l'instant sur papier uniquement. Si je trouve un accord avec un éditeur de poche, je ferai paraître mon roman d'abord en poche, et en tout dernier lieu au format numérique.
Que pensez-vous du fait que le jury du Prix Renaudot sélectionne votre livre ? Quels liens entretenez-vous avec Patrick Besson, si liens il y a ?
Marco Koskas : C'est évidemment un honneur et un bonheur, une revanche aussi, d'être sélectionné pour le Renaudot et je le dois en effet à Patrick Besson. Cet homme que je n'ai rencontré qu'une seule fois, il y a 35 ans, dans les couloirs de France Culture, me témoigne une attention constante.
Il a consacré cinq articles en vingt-cinq ans à mes livres. Je me suis disputé avec tout le monde dans l'édition et j'ai traversé tous les mépris. Besson est mon dernier soutien dans ce monde-là. Je pense que sans lui, j'aurais cessé d'écrire depuis pas mal de temps.
Il a consacré cinq articles en vingt-cinq ans à mes livres. Je me suis disputé avec tout le monde dans l'édition et j'ai traversé tous les mépris. Besson est mon dernier soutien dans ce monde-là. Je pense que sans lui, j'aurais cessé d'écrire depuis pas mal de temps.
[Photo : Jean-Marc Gourdon/Fayard - source : www.actualitte.com]

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