quarta-feira, 11 de julho de 2018

Soixante-dix ans de l’État d’Israël, les parutions

André Chouraqui, Michel Abitbol, James Horrox… les livres essentiels qui marquent cet événement.


Par 

À l’heure d’Israël, de Léon Askénazi et André Chouraqui, édité par Denis Charbit, Albin Michel, « Présences du judaïsme », 224 p., 17,50 €.

L’anniversaire de la création de l’État d’Israël offre l’occasion de réveiller le souvenir d’un de ses citoyens les plus remuants, et les plus ardemment dévoués à en préserver les promesses : l’écrivain, traducteur, juriste et homme politique André Chouraqui (1917-2007). Deux inédits paraissent en même temps – un livre d’entretien et sa thèse de doctorat en droit –, rappelant que cette fidélité, chez un homme qui, Français d’Algérie, s’installa à Jérusalem dès 1950, pouvait être fervente, absolue, amoureuse et, aussi bien, d’une lucidité intransigeante sur les trahisons de l’idéal universaliste sans lequel, à ses yeux, Israël ne serait plus lui-même.

Ces dispositions inséparables ressortent fortement de sa conversation avec le rabbin, spécialiste du Talmud, Léon Askénazi (1922-1996). Enregistrée à Jérusalem durant l’été 1987, elle n’avait pas été transcrite jusqu’à la présente exhumation, menée sous la direction du sociologue et politologue Denis Charbit. « Ensemble, dit André Chouraqui à son ami, nous avons vécu l’histoire de cette extraordinaire génération (…) qui a eu le privilège unique de voir, après les abîmes de la persécution et de la déréliction, les cimes de la renaissance (…). Et aujourd’hui, face à ce paysage qui est celui de notre Jérusalem historique, nous nous rencontrons pour faire le bilan. »

Dans sa belle présentation, Denis Charbit montre que ce bilan se focalise sur les relations qui, selon les deux hommes, structurent la vie d’Israël : des juifs avec les chrétiens et les musulmans, d’Israël avec la diaspora, du politique et du théologique… Et, bien sûr, des Israéliens et des Palestiniens, sujet qui permet à André Chouraqui d’exprimer, face à un Askénazi moins enthousiaste, toute l’ampleur de son désir de réconciliation.

Lui qui fut le traducteur en français et de la Bible hébraïque et des Evangiles et du Coran, projette vers un avenir qu’il sait sans doute lointain, et qui l’est aujourd’hui plus que jamais, qui n’est peut-être même plus un avenir, l’élan le plus profond de son Israël intérieur : « Imaginons les juifs et leurs alliés, les ­Arabes et leurs alliés, associés [à des] puissances chrétiennes. » Cette « alliance des enfants d’Abraham », martèle-t-il, « pourrait constituer un bloc démographique, économique, technique, financier, intellectuel, spirituel d’une puissance incroyable, qui pourrait faire obstacle à la destruction du monde et réaliserait la parole d’Abraham : “Les nations de la Terre seront bénies en ta postérité” ».

Le registre change quand on ouvre La Création de l’État d’Israël (Erick Bonnier, 384 p., 23 €), la thèse qu’André Chouraqui consacra à l’événement en 1948, soit l’année même où il se produisit, ce qui en fait la première étude, essentiellement juridique (aujourd’hui, bien sûr, insuffisante), de l’élaboration d’un État ici réduit à ses conditions formelles d’existence. Mais, par quelques touches disséminées au long du texte, apparaît déjà la vibration, l’énergie entraînante qu’éveillait en lui l’idée – dont il ne se déferait plus, même quand il serait cruellement démenti par les faits – de cet Israël qui ne soit pas qu’une aventure politique, mais un levier pour transformer le monde, une idée plus vaste qu’aucun territoire, à laquelle il allait consacrer sa vie.

Histoire d’Israël, de Michel Abitbol, Perrin, 880 p., 30 €.
Faire tenir en un volume, aussi imposant soit-il, l’histoire ­d’Israël, de la naissance du sionisme à nos jours, pourrait être un exploit suffisant. Mais la synthèse proposée par Michel Abitbol n’est pas qu’une course de vitesse à travers le siècle, avec franchissement des haies inévitables – la résolution des Nations unies de 1947 sur le partage de la Palestine entre juifs et Arabes, rejetée par ces derniers ; la guerre qui se déclenche lors de la proclamation, en 1948, de l’État d’Israël, et toutes les suivantes ; les victoires d’Israël, les négociations et, pour finir, la politique de colonisation des territoires palestiniens, jusqu’à l’effacement progressif des perspectives de paix.

Cet essai robuste et subtil apporte surtout, à chaque étape, l’éclairage d’une analyse complexe, où se tissent toutes les dimensions, politiques, économiques, démographiques, religieuses, jusqu’à la part la plus intime de l’aventure israélienne, exprimée avec force dans les mots de l’ancien premier ministre Shimon Pérès (1923-2016), cités à la fin du livre : « Nous n’avons pas survécu pour être seulement une “ombre de passage” dans l’Histoire, écrivait-il dans un ultime appel à sauver la paix, mais pour connaître une nouvelle genèse, devenir une nation résolue (…) à améliorer le monde. »

Le Mouvement des kibboutz et l’anarchie. Une révolution vivante (A Living Revolution. Anarchism in the Kibbutz Movement), de James Horrox, traduit de l’anglais par Philippe Blouin, L’Eclat, 336 p., 15 €.
« Un ensemble de cabanes (…) établies sur les rives du Jourdain au début du XXe siècle » a peut-être accueilli l’une des inventions politiques les plus accomplies qu’ait connues ce siècle peu prodigue en miracles. Fondés sur la mise en commun égalitaire des ressources, les kibboutz, apparus dans la Palestine ottomane vers 1910, ont été à la fois les fers de lance économiques du Foyer national juif, puis de l’État d’Israël, et les dépositaires de l’élan révolutionnaire du sionisme originel.

L’essayiste britannique James Horrox les relie à la tradition de l’anarchisme communautaire. Et, s’il nuance l’optimisme d’un Martin Buber (1878-1965), lequel y voyait une « utopie qui n’a pas échoué », en rappelant leur progressive normalisation capitaliste, voire nationaliste, il démontre la fécondité de ces expériences uniques, plus durables que la plupart des tentatives similaires. Si durables que l’on voit des kibboutz, en ce début de XXIe siècle, renouer avec l’idéal autogestionnaire, comme si l’anarchisme du temps des cabanes continuait de remuer dans les profondeurs du pays, sous la couche de glace des crispations identitaires.

Herzl. Une histoire européenne, de Camille de Toledo et Alexander Pavlenko, Denoël, « Graphic », 352 p., 25,90 €.
Étrangement, la figure de Theodor Herzl (1860-1904) est peu sollicitée dans les récits de la création d’Israël. Il est vrai que, mort quarante-quatre ans plus tôt, l’auteur de L’État des juifs (1896), qui a jeté les bases du sionisme, a pu lui-même finir par croire que son rêve d’un État représentant, pour les juifs partout persécutés ou mis à l’écart, un abri et le lieu d’une renaissance, ne demeurerait dans l’histoire qu’à titre d’utopie.

La volonté d’un homme, de fait, ne suffit à rien. Mais cet homme-là, par son audace prophétique, a cristallisé une aspiration qui le dépassait, comme le montre ce roman graphique souvent inspiré – même s’il aurait gagné à donner moins de place à la fiction, parfois artificielle, qu’il noue au récit historique. L’écrivain Camille de Toledo et le dessinateur Alexander Pavlenko excellent en effet, plus qu’à saisir un destin particulier, à le replonger dans l’ébullition d’un temps où l’espérance, parfois, remodelait la Terre.


[Photo : Zachi Evenor - source : www.lemonde.fr]

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