quinta-feira, 5 de julho de 2018

Samuel Benchetrit : « Être juif, c’est une responsabilité »


Le réalisateur publie « Reviens » chez Grasset, un roman très réussi qui raconte la vie d’un écrivain esseulé. 


  Écrit par Carol Binder 

Actualité Juive : N’est-ce pas l’ex-femme du narrateur, écrivain, qui décrit le mieux la façon dont il écrit sur la banlieue : « Tu parles vraiment des gens qui y vivent…» ?
Samuel Benchetrit : C’est très marrant de parler de soi en faisant parler quelqu’un d’autre ! En fait, j’ai répété ce que des lecteurs me disent souvent  : mes livres parlent de la banlieue autrement, pas seulement comme d’un territoire dangereux et violent mais aussi comme d’un endroit où vivent des gens merveilleux. Ces quartiers sont comme les enfants d’une famille dont l’un est à l’écart. Plus il sera rejeté, plus il va se renfermer et se révolter. Ce que j’ai perçu, c’est surtout le désamour ressenti par ceux qui y vivent depuis longtemps.

A.J.: Craignez-vous la solitude et le manque, si prégnants dans ce livre ?
S.B. : Je crois surtout que nous avons tous un rapport puissant à l’abandon. Pour ma part, il est lié à mes racines juives, à mon enfance et à certaines étapes de ma vie. Mon fils, à la différence de celui du personnage, n’est pas parti en voyage mais il s’est installé dans son appartement. Celui qui me manque n’est pas tant celui qui est parti il y a six mois mais celui qu’il a été à différents âges…

A.J.: Au producteur désireux d’adapter son livre, le narrateur demande « Quel est, selon vous, l’avenir de ces banlieues ? ». Pour nombre de Juifs, la réponse est la « petite alyah »…
S.B. : À mon époque, il y avait beaucoup de Juifs dans les cités HLM. Je n’ai pas vraiment connu l’antisémitisme. La fois où je me suis fait frapper parce que juif, le mec était français, catholique et blanc. Je n’y vis plus mais je sais qu’on a été visés par des abrutis qui pensent qu’un môme de banlieue a plus d’argent parce qu’il est juif. Je suis juif, mes enfants se considèrent comme juifs. Être juif, c’est une responsabilité, une fierté et aussi une sorte de colère : si j’ai accepté de jouer le rôle de Pierre Goldman, c’est parce qu’il avait écrit « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France », où il dénonçait l’antisémitisme des années 50.

A.J.: Comment est née l’idée de ce livre ?  
S.B. : Il n’était pas prévu. L’idée de base était : qu’est-ce qu’un écrivain entre deux livres, l’un qu’il n’arrive pas à écrire, l’autre à retrouver. Il n’y a rien de plus délicieux, parfois, que l’imprévu. « Reviens », cela signifie : reviens la littérature, reviens l’inspiration, reviens l’amour, reviens le fils… C’est une sorte de puzzle où tout finit par trouver sa place, quitte à tomber dans l’absurde en allant acheter un canard pour épater une fille…

A.J.: Le fils du narrateur n’a pas de prénom…
S.B. : Son personnage s’inspire entièrement de mon fils (ndlr Jules Benchetrit), un garçon doté d’un charme absolu. Il a quelque chose de très doux, un recul sur les gens et sur le monde incroyable !

A.J.: Votre inquiétude de père, décrite avec beaucoup d’autodérision, est celle d’une mère juive !
S.B. : Je suis un père inquiet. J’ai élevé mon fils seul. Mais j’essaie de contrebalancer cette inquiétude avec de la générosité et de la compréhension. J’ai décidé de me calmer mais encore maintenant, alors qu’il a vingt ans, je lui dis de faire attention en traversant ! 

A.J.: Est-ce toute la poésie, la tendresse, la grâce de ce livre qui confèrent sa crédibilité au fond souvent décalé et hilarant ? 
S.B. : Mon éditeur m’a prévenu : pour que l’on croie à tout, il faut ménager la possibilité de se dire « Pourquoi pas ? ». « Reviens » est celui de mes livres que je préfère. Il est complètement moi. Et puis c’est un livre que j’ai écrit heureux. L’idée était celle d’écrire un livre ami, comme celui rêvé par Caulfield dans « L’Attrape-cœurs ». Je peux vous le dire, à vous : c’est un livre vraiment juif ! Ce personnage est juif, il n’y a pas de doute. Ne serait-ce que dans son rapport à sa gardienne ! J’ai eu une gardienne atroce : en 1942, elle m’aurait balancé.

A.J.: Peut-on imaginer celle dont le narrateur tombe amoureux avec les traits de Vanessa Paradis ?
S.B. : Je ne sais pas si je pensais à elle précisément. En tout cas, c’est face à elle que j’ai écrit le livre…

A.J.: Vanessa, dont l’annulation, en 2011, du concert en Israël a déçu et peiné…
S.B. : C’était un amalgame. Ce sont les tourneurs qui avaient pris cette décision pour des raisons de sécurité. 

S. Benchetrit, « Reviens » Grasset, 252 p., 19 euros


[Photo : JF PAGA - source : www.actuj.com]

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