terça-feira, 25 de julho de 2017

« Vivre dans un pays plurilingue est un cadeau »

La linguiste Claudine Brohy est favorable à l’enseignement précoce des langues. Elle revient sur le débat actuel.
Claudine Brohy: «Comme minorité, la Suisse romande a davantage conscience de la nécessité d’apprendre l’allemand.»
Claudine Brohy: «Comme minorité, la Suisse romande a davantage conscience de la nécessité d’apprendre l’allemand.»


Coup dur pour le français. La semaine dernière en Thurgovie, le Grand Conseil s’est prononcé contre son enseignement au primaire. Ce débat est agendé dans d’autres cantons (BS, LU, GR) et les Zurichois se rendent aux urnes le 21 mai. Claudine Brohy, linguiste à l’Université de Fribourg et partisane du bilinguisme, se penche sur ce débat.
Faut-il apprendre les langues étrangères le plus tôt possible ?
Certains experts répondront oui, d’autres non. Le grand public doit se forger sa propre opinion en écoutant tous les arguments. Quant aux politiciens, ils nous demandent une réponse claire sur laquelle baser leurs décisions. Mais ce n’est pas si simple, beaucoup d’autres paramètres entrent en ligne de compte, comme la méthode utilisée, la motivation et les attitudes.
Vous, êtes-vous favorable à un enseignement précoce ?
Oui. Le but est que les enfants puissent avoir plus d’échanges, d’enseignements interdisciplinaires ou par immersion au niveau secondaire. Pour effectuer ces activités dans un deuxième temps, il faut donner des bases au primaire. Pour moi, il faudrait même sensibiliser les enfants dès l’école enfantine. Certains cantons alémaniques disent qu’ils vont supprimer le français au primaire mais en feront plus au secondaire. Le problème, c’est que pour parler le français, il ne suffit pas d’aller trois semaines à Genève en 7e année. Il faudra voir ce qu’ils pourront réellement faire. Commencer plus tôt, c’est aussi plus démocratique: au primaire, tous les élèves sont concernés de la même façon.
Certains veulent commencer par l’anglais, jugé plus facile.
Aucune étude ne le prouve ! On croit que l’anglais est plus simple au début, mais il se complique assez vite. On peut aussi retourner le problème : ne vaudrait-il pas mieux commencer par la langue qui semble la plus difficile, pour lui consacrer plus de temps?
Les enfants ne sont-ils pas surchargés au primaire ?
Cela n’est pas non plus prouvé. Je pense plutôt que le système et les enseignants le sont parfois. Vous noterez aussi que personne ne veut enlever les maths, ni l’école en général!
Mais on fait un peu de tout. Le français est parfois enseigné deux heures par semaine au primaire. Cela a-t-il un sens ?
Cela ouvre la curiosité. C’est vrai que deux heures par semaine, c’est peu. Mais cela permet une sensibilisation, à la prononciation, par exemple. Au primaire, on peut aussi aborder une langue étrangère dans d’autres disciplines.
Les méthodes sont critiquées. Ne faudrait-il pas plutôt réfléchir à cela ?
En Suisse romande, nous avons des nouvelles méthodes qui sont prometteuses. Beaucoup de gens gardent en tête leurs propres leçons d’allemand mais les choses ont beaucoup changé ! Au primaire, nous travaillons avec des textes, des dialogues, des jeux ou des chants. La grammaire est implicite. Le but est que les enfants comprennent le contexte, plutôt que de tout traduire mot à mot. L’erreur est aussi mieux acceptée.
Tous les Romands ont appris l’allemand mais peinent à le parler. Est-ce possible de faire avancer les choses ?
J’enseigne l’allemand et le suisse allemand à l’Université de Fribourg. Mes étudiants ne sont pas représentatifs de toute la société ,mais je trouve que leur niveau a augmenté. J’ai le sentiment que la nouvelle génération a moins de préjugés. Les classes sont plus hétérogènes, ce qui pousse à s’intéresser à l’autre et à sa langue. Par le passé, les Alémaniques s’intéressaient plus au français. Aujourd’hui, c’est différent. Comme minorité, la Suisse romande a davantage conscience de la nécessité d’apprendre l’allemand.
Mais l’allemand a mauvaise réputation…
L’apprentissage d’une langue ne dépend pas seulement de l’école, les parents et la famille sont aussi très importants. Ils devraient montrer des attitudes positives, utiliser des médias dans une autre langue ou proposer des excursions en Suisse alémanique.
A votre avis, pourquoi se bat-on autant sur cette question ?
Longtemps, la question linguistique n’a pas été un enjeu. Jusqu’au XIXe siècle, les Suisses se battaient pour des questions religieuses, politiques et sociales. La dimension linguistique est devenue plus importante par la suite. On ne peut pas cacher les différences linguistiques, qui ont une dimension identitaire, et nous nous concentrons là-dessus. On parle de cohésion nationale ; les Romands peuvent avoir le sentiment que les Alémaniques les abandonnent ou qu’il y a un manque de réciprocité dans l’importance donnée à la langue de l’autre. C’est le côté symbolique du débat, que l’on peut gonfler ou pas.
Gonfle-t-on ce débat ?
Je n’ai pas d’idée arrêtée là-dessus. Mais vivre dans un pays plurilingue est un cadeau et une ressource : il faut en profiter ! La Suisse est fière de son esprit d’innovation, mais, dans le domaine des langues, elle n’en a pas suffisamment. L’anglais est important, mais nous avons aussi la chance de pouvoir apprendre d’autres langues. Dans le monde, le français est très utilisé. Il ouvre aussi l’accès à l’italien, au portugais et à l’espagnol. Quant à l’allemand, il facilite l’apprentissage de l’anglais. Ensuite, il faut être plus décontracté. Faire des erreurs quand on parle dans une autre langue, c’est normal. (TDG)
[Image : Keystone - source : www.tdg.ch]

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