quinta-feira, 15 de junho de 2017

Pour les data, c’est nada !

Écrit par Jean-Michel Lalieu

Les frais d’itinérance sont apparus en même temps que la téléphonie mobile. Les opérateurs qui ont bâti un réseau sur un territoire national permettent aux compagnies étrangères de l’utiliser pour faire aboutir des appels vers leurs clients où qu’ils soient dans le monde… moyennant le paiement d’un «droit de passage» tarifé à la minute. Des frais refacturés ensuite aux abonnés… en frôlant parfois les limites de l’abus. Face aux montants colossaux réclamés aux clients itinérants, la Commission s’est lancée dans un long combat contre les opérateurs. Un bras de fer entamé par la Luxembourgeoise Viviane Reding, alors récemment nommée commissaire aux télécommunications.

Les frais restent, les rentrées cessent

Ces frais de roaming payés par les consommateurs représentaient des rentrées importantes pour les grands groupes de téléphonie mobile. Aujourd’hui, ils doivent tenter de les compenser. «Cette décision est une très bonne chose pour les consommateurs», commente Luis Camara, directeur du marketing chez Tango. «Mais elle crée une pression sur la rentabilité des opérateurs qui, eux, doivent toujours assumer des coûts du roaming.» Les différentes compagnies continueront en effet à rembourser les frais engagés par l’utilisation d’autres réseaux par leurs clients, mais devront cette fois les assumer entièrement. Pour en limiter l’impact, la Commission vient donc, au niveau des prix de gros aussi, de fixer des plafonds qui diminueront encore au cours des prochaines années. La grande crainte de leur côté est donc de voir leurs abonnés consommer de plus en plus de minutes d’appel hors des frontières. Jusque-là, les consommateurs luxembourgeois se montraient très prudents et étaient nombreux à ne pas utiliser leur portable à l’étranger par crainte d’une explosion de la facture. Des craintes qui s’effacent désormais puisque d’importantes capacités sont prévues dans leurs forfaits mensuels. «Si, cet été, la majorité de nos abonnés Scoubido utilisent leurs 30 giga de data à l’étranger, nous aurions un gros problème de déficit», admet Cliff Konsbruck, directeur de Post Telecom.
C’est évidemment une situation extrême qui a peu de chances de se produire. Il n’empêche que, depuis que les tarifs de roaming ont déjà fortement diminué en mai 2016, les professionnels du secteur ont constaté une forte progression des appels émis depuis l’étranger. «Au cours de l’été 2016, on a vu la consommation de data progresser de 400% en Europe, constate Luis Camara. Ça devrait encore augmenter cet été.» Un effet pervers des abonnements forfaitaires qui font augmenter les coûts sans que les revenus suivent.
«Les forfaits télécom c’est un peu comme le buffet à volonté dans un restaurant, note Marc Rosenfeld, membre du comité exécutif de Join Experience. Les petits appétits compensent les gros mangeurs.» Mais dans le cas présent, il estime qu’il existe une perte de contrôle sur le mécanisme d’équilibre et qu’il est donc logique que la facturation entre opérateurs soit placée sous contrôle vu les différences existant entre les tarifs de pays à pays. Notons quand même que la réglementation européenne a prévu des mécanismes anti-abus pour éviter que des «consommateurs malins» achètent des abonnements dans des pays bon marché et les utilisent chez eux, où les tarifs sont nettement plus importants. «Ces mécanismes ont le mérite d’exister mais ils ne seront pas simples à appliquer», poursuit le responsable de Join.
Les opérateurs grand-ducaux ne sont en tout cas pas les mieux placés face à la suppression de ces frais. En effet, l’exiguïté du territoire fait que les résidents franchissent fréquemment les frontières et passent des communications à des tarifs internationaux. C’est vrai pour les utilisateurs professionnels comme pour les touristes. «Les statistiques montrent que les Luxembourgeois sont 27 jours à l’étranger par an, rien que pour des motifs touristiques, note Cliff Konsbruck. À cela il faut ajouter la clientèle professionnelle, les retraités qui passent une partie de l’année dans le sud de l’Europe et les universitaires qui étudient à l’étranger.»
Par contre, les opérateurs luxembourgeois bénéficient moins de rentrées pour l’utilisation de leurs propres réseaux par des utilisateurs étrangers, les touristes y étant moins fréquents qu’en France ou en Espagne.

Innover pour compenser

Bref, les sociétés de téléphonie mobile basées au Luxembourg vont devoir trouver de nouvelles solutions pour compenser ces coûts non maîtrisables. «Nous misons sur la diminution progressive des prix de gros au cours des prochaines années et nous travaillons sur notre offre multiplay (TV, internet, téléphonie fixe et mobile)», explique Luis Camara pour l’opérateur Tango. Chez Post Telecom, la réflexion semble déjà très avancée au niveau de la nouvelle offre de services. «Nous cherchons de futures sources de revenus dans le domaine du mobile via des services à forte valeur ajoutée, surtout vers la clientèle professionnelle», poursuit Cliff Consbruck, son CEO. Il vise par exemple des services de réparation rapide des smartphones mais veut aussi proposer aux entreprises financières des systèmes d’enregistrement des conversations avec les clients depuis des téléphones mobiles. «Ce sera une exigence avec l’entrée en vigueur de la directive Mifid II en 2018 et pour l’instant ils ne disposent pas de solutions adéquates.»
Acteur plus récent, Join Experience pense qu’il sera peut-être moins impacté dans la mesure où ses offres tiennent déjà partiellement compte d’une offre «européenne». «Nous avons par exemple été les premiers à ne pas facturer les appels entrants en roaming», note Marc Rosenfeld. Mais il convient quand même qu’à l’avenir il faudra faire preuve d’une efficacité opérationnelle accrue. «Notre atout est de disposer d’une plateforme ultramoderne qui peut déjà tout intégrer, le mobile, le fixe ou le cloud», insiste le directeur de Join. Un atout qui lui permet, par exemple, de travailler en partenariat avec l’énergéticien luxembourgeois Enovos pour la fourniture de gaz et d’électricité sur le marché belge où il est présent. «Le concept de cette plateforme nous permet d’être multi-opérateurs, multi-services et multi-pays», résume-t-il.

[Source : www.paperjam.lu]

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