quinta-feira, 2 de março de 2017

Jean-Louis Augé, traducteur du fameux Traité de Pacheco

Grâce au travail de traduction du conservateur du musée Goya, Jean-Louis Augé, va être édité pour la première fois en langue française le fameux traité sur la peinture européenne écrit par Pacheco.
Jean-Louis Augé a travaillé durant plus de deux ans pour réussir cette traduction.

Une version française de
Arte de la pintura, traité sur la peinture européenne de l'Antiquité au XVIIe siècle paru pour la première fois en 1649 et écrit par Francisco Pacheco sera prochainement éditée. Le conservateur en chef des musées de CastresJean-Louis Augé, est à l'initiative de ce projet et s'est attelé à la traduction de l'ouvrage. Il nous explique sa démarche.
Comment est né ce projet de traduction ?
Ce projet est né parce que nous avons acquis dans les années passées les deux grands chefs-d'œuvre de Pacheco, Le Christ servi par les anges et Le jugement dernier, deux tableaux qui sont exposés dans le musée. Ensuite, nous avons acquis deux dessins. Et puis en 2010, j'ai trouvé à Madrid un exemplaire original, l'édition première du Traité de Pacheco, Arte de la Pintura, publié en 1649 après sa mort. C'est cette conjonction de choses qui a fait naître le projet. Le traité n'avait jamais été traduit intégralement en français. Donc je m'y suis mis pendant deux ans et demi. Ce n'est pas évident, parce qu'on est face à un texte du XVIIe siècle, avec des mots qui n'existent plus et puis surtout le mode de pensée de l'époque qui est calqué sur le latin. Il y a tout un jeu pour savoir quels sont les bons termes, ce qu'ils recouvrent. J'ai fait petit à petit ce travail à partir de l'édition originale mais aussi de différentes traductions espagnoles. On fait ça une fois dans sa vie, parce que c'est un travail important. Ça vous immerge dans un milieu qui n'est plus le vôtre, quatre siècles en arrière.
Qui était Pacheco et quelle était son influence sur le monde artistique ?
Il y a une injustice autour du personnage. Il y a peu de temps on trouvait sur Wikipédia une notice disant qu'il était médiocre, qu'il avait été censeur de l'Inquisition, que c'était un sectaire et qu'il n'avait rien transmis à Velasquez, ce qui est faux. C'était un bon peintre, pas un immense maître évidemment, un merveilleux dessinateur et un honnête homme, quelqu'un de pédagogue. Velasquez est entré dans l'atelier de Pacheco à onze ans. Ça compte beaucoup pour Velasquez cet apprentissage chez Pacheco. Il va posséder toutes les techniques de peinture mais aussi accéder à autre chose. Autour de Pacheco il y a une sorte d'académie informelle ; des poètes, des hommes de lettres, des religieux, la crème du milieu sévillan de l'époque. À cette époque, les choses qui se passent dans les ateliers sont secrètes. Or lui, il écrit ce traité, il donne ces informations.
Comment est construit cet ouvrage et de quoi traite-t-il ?
Il y a trois livres. Le livre I est consacré à justifier le rôle de la peinture. À l'époque, reproche aux peintres de s'adonner à un art mécanique, alors que Pacheco dit que c'est un art de l'esprit. Le livre II est consacré aux biographies d'artistes, en partant de l'Antiquité jusqu'aux années 1630, avec notamment les biographies de Michel-Ange et de son gendre Velazquez. Le livre III aborde l'aspect technique. Il y a un catalogue des iconographies religieuses. Il donne aussi des recettes, comment faire les vernis, les colles, les dorures… C'est un document de première main. En filigrane, on a la Séville du siècle d'or. On se plonge à l'époque où l'Espagne est une superpuissance et où il se pose les questions de l'impact de la peinture sur la société. On peut appréhender grâce à lui l'histoire des mentalités et la théorie de la peinture. Pour nous ce qui est d'autant plus précieux, c'est qu'il parle des deux tableaux que l'on a à Castres.
Quelle est la période couverte par le traité ?
Dans les biographies, il décrit la vie de peintres antiques, de la Renaissance et de la période moderne du XVIe siècle jusqu'à sa génération. Il est né en 1564 et il est mort en 1644. Curieusement, hormis Velasquez, il ne parle pas des peintres de la jeune génération, c'est-à-dire des peintres qui vont naître à la toute fin du XVIe siècle. Il évoque surtout la Renaissance et le premier tiers du XVIIe siècle à travers un certain nombre de personnes qu'il connaît, comme Pablo de Céspedes. Il est âgé quand il met en forme son traité, il le termine en 1638. On peut se demander si quand on est âgé on ne s'arrête pas à un moment donné. Peut-être était-il aussi dérouté par les nouvelles façons de peindre de ces jeunes qui sont extrêmement doués.
Quelle sera la diffusion de cette version française ?
Le traité va être édité en cours d'année chez Honoré Champion, à Paris, une maison d'édition spécialisée dans les publications scientifiques. J'ai peiné à trouver un éditeur parce qu'il y a cette difficulté maintenant pour des travaux scientifiques un peu pointus. On a pu mieux convaincre l'éditeur parce qu'il y a une subvention de la ville et une participation des Amis des musées de Castres. C'est une édition à 600 exemplaires. Lorsqu'il sera paru, je vais faire des conférences à l'Institut Cervantes à Toulouse, à Paris, à l'académie Beaux-arts.

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