Par Jacques BENILLOUCHE
Il existe certainement de nombreux griefs à l’égard de la politique étrangère française, télécommandée en partie par le Quai d’Orsay, mais cela ne justifie pas qu’on renie, avec une certaine ingratitude, des années de culture et d’éducation françaises. La France est mal perçue par un certain nombre de Juifs et par la majorité de ceux qui vivent en Israël. Il est difficile de souscrire aux raisons qui poussent des nationaux à dénigrer leur pays d'origine.
Ils suivent en cela aveuglément les directives de gourous israéliens d’extrême-droite ou des religieux orthodoxes dont la haine à l’égard de la France, coupable selon eux de compromission avec les Palestiniens, est poussée au paroxysme. Certains ne font pas dans la demi-mesure comme le rabbin d’extrême-droite Dov Lior qui a exprimé sa haine déplacée : «les attentats de Paris étaient mérités en raison de ce que les Européens ont fait aux juifs il y a 70 ans». Ce sentiment s’est répandu en France, facilité en cela par la haine anti arabe véhiculée par de nombreux originaires d’Afrique du nord dont le racisme n’a d’égal que l’inculture politique.
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| Rabbin Dov Lior |
Ils suivent en cela aveuglément les directives de gourous israéliens d’extrême-droite ou des religieux orthodoxes dont la haine à l’égard de la France, coupable selon eux de compromission avec les Palestiniens, est poussée au paroxysme. Certains ne font pas dans la demi-mesure comme le rabbin d’extrême-droite Dov Lior qui a exprimé sa haine déplacée : «les attentats de Paris étaient mérités en raison de ce que les Européens ont fait aux juifs il y a 70 ans». Ce sentiment s’est répandu en France, facilité en cela par la haine anti arabe véhiculée par de nombreux originaires d’Afrique du nord dont le racisme n’a d’égal que l’inculture politique.
Les Juifs français agissent par dépit parce qu’ils exigent un amour exclusif, sans partage, et ils essaient de conforter leur attitude paradoxale en faisant l’amalgame entre Arabes, Palestiniens et islamistes. Ils feignent d’ignorer que l’intérêt global de la France prime sur les intérêts d’une communauté de six millions de Juifs qui pèse peu économiquement face aux 200 millions d’arabes dans le monde. C’est un fait. Ce sentiment, qui a toujours prévalu, s’est souvent exprimé à travers l’histoire israélienne à l’exception de la période bénite de 1956 à 1968. Mais il s’agit d’une attitude générale de pays qui ont appris l’égoïsme même s’ils doivent abandonner leurs convictions politiques.
La rupture avec la France ne date pas de ces dernières années mais elle s’est amplifiée. La rupture avait été entamée avec l’embargo sur les armes décrété en 1967 par le Général de Gaulle au moment le plus crucial de son existence. Puis elle s’est exprimée avec le soutien affiché de Jacques Chirac au régime de Saddam Hussein. Le président de la République avait alors estimé que l’intérêt mercantile pour un pays qu’on armait en échange de son pétrole ne commandait pas la position de la France. Il pensait en fait que, sur le plan stratégique, l’Irak représentait le seul pays laïc de la région dont la chute entraînerait certainement un vide inexorablement comblé par les extrémistes chiites. Il avait vu juste puisque ce fut le cas ; l’élimination du dictateur sans préparer sa relève a été une catastrophe pour la région.
Il est vrai qu’en ce temps-là la France avait été accusée d’offrir aux Irakiens l’arme nucléaire avec la construction d’un réacteur à Osirak qui fut d'abord partiellement détruit par un raid de l'armée israélienne le 7 juin 1981, puis à nouveau, par l'armée américaine en 1991, lors de la guerre du Golfe. Enfin l’esclandre prémédité de Jacques Chirac lors de sa visite à Jérusalem le 22 octobre 1996 avait fini par acter la rupture. Lors de son voyage en Israël, alors qu'il visitait la vieille ville de Jérusalem, le président de la République s’était violemment heurté aux services de sécurité israéliens censés le protéger et dont il avait jugé l'attitude brutale et provocatrice.
Plus récemment, le vote pour l’entrée de la Palestine à l’Unesco a accentué le ressentiment. La proposition de l’Assemblée nationale de reconnaître l’État de Palestine, qui n’existe toujours pas, ou encore la décision de l’Union européenne d’étiqueter les produits en provenance des implantations de Cisjordanie et du Golan, sont considérées comme des attaques frontales contre Israël menées par la France seule. Ce fut effectivement le cas le 31 octobre 2011 lorsque la France et la quasi-totalité des pays arabes avaient voté en faveur de l'adhésion des Palestiniens comme membres à part entière de l’Unesco, alors que les États-Unis, l'Allemagne et le Canada avaient voté contre, tandis que l'Italie et le Royaume-Uni s'étaient abstenus. Israël avait peu apprécié que la France soit le seul pays occidental à se distinguer aux côtés de ses ennemis. Le vice-ministre israélien des affaires étrangères, Danny Ayalon, avait alors exprimé «sa déception à la France pour son vote bizarre car la France, un pays ami, a cédé à l'Autorité palestinienne après avoir essayé de la dissuader de sa démarche à l'Unesco».
Pour Israël, il s’agissait d’un coup de poignard dans le dos au moment où on lui attribuait la totale responsabilité de l’échec du processus de paix. Il craignait que cette adhésion à l’Unesco ne préfigure d’autres manœuvres politiques, comme la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien et il fustigeait le fait que ce vote au sein d’une assemblée internationale soit intervenu dans un contexte de regain de violence entre Israël et les Palestiniens de la bande de Gaza.
Enfin le 2 décembre 2014, l'Assemblée nationale avait voté la reconnaissance d'un État palestinien. Certes les députés ont adopté un projet de résolution non contraignant «invitant» la France à reconnaître la Palestine par 339 voix contre 151. Les termes de la résolution, à haute teneur symbolique, avaient irrité l’État juif puisqu’ils précisaient que «le statu quo est intenable et invitaient le gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit».
Les députés pro-israéliens Pierre Lellouche, Claude Goasguen, Christian Estrosi et Hervé Mariton n’avaient pas réussi à persuader leurs collègues de ne pas joindre leurs voix aux militants gauchistes historiques de la cause palestinienne défendue par le Quai d’Orsay. Les détracteurs de la résolution redoutaient de voir l’État hébreu se braquer dans un climat inflammable. L’UMP Christian Estrosi avait été clair : «Vous adressez un message négatif à un ami de toujours, Israël, et un encouragement à un mouvement terroriste». Laurent Fabius avait alors rappelé avec force que c’est bien l’exécutif qui est «seul juge de l’opportunité politique de reconnaître l’État palestinien. La France reconnaîtra la Palestine, ce n’est pas une faveur, pas un passe-droit, c’est un droit». Mais cette façon de faire cavalier seul dans l'environnement occidental pouvait être considérée comme une erreur politique.
Tous ces événements ont réussi à donner une mauvaise image de la France auprès des Juifs. Elle a été exploitée à outrance par les leaders juifs messianiques qui ont trouvé là un argument pour pousser les Juifs de France à quitter la France en leur proposant des territoires "disputés" où ils pouvaient exprimer concrètement leur haine de l’Arabe. Il s’agissait d’un bon moyen de créer une situation de non-retour pour des familles dont le départ, mal préparé, devait être définitif. Souvent par dépit, l’échec de leur installation en Israël était attribué à la France qui les a peu aidés, et pour cause, dans leur nouvelle vie. Alors, soumis aux discours où les thèses religieuses primaient sur la volonté sioniste, les Français sont arrivés en masse pour gonfler les troupes de nationalistes extrémistes israéliens.
La religion est devenue le seul ressort car son côté mystique, doublé d’interdits puisés au sein des textes sacrés, lui donnait plus de crédibilité. Ces nouveaux venus intoxiqués perdent vite le sens de la mesure, le sens de la réalité au point de vouer la France aux gémonies. Et pourtant l’ambassade de France ne leur tient pas rigueur. D'ailleurs selon le consulat plus de 95% d'entre eux continuent à garder leur passeport français. L'ambassadeur Patrick Maisonnave essaie d’aider les multiples associations francophones à se structurer, parce qu'il est de sa responsabilité d’aider les nouveaux immigrants à s’insérer dans le paysage israélien, même si cela favorise une fuite de cerveaux français.
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| Forum francophone avec Patrick Maisonnave |
La France rétribue même un représentant à l’Assemblé nationale pour être le trait d’union entre la mère Patrie et ses expatriés. L’efficacité de ce député est certes douteuse. On ne lui doit aucune réalisation. Son action est faite de vent et de paroles creuses. Sa crédibilité est mise en cause parce qu'il ne lève pas le doute s’il représente la France ou Benjamin Netanyahou. Il s’agite mais n’agit pas, il parle pour exister, il ne reste pas au-dessus de la mêlée en bon député national alors qu’il a choisi le camp des extrémistes, il fait la promotion de sites qui dénigrent systématiquement les diplomates français à base d’articles immondes où les attaques personnelles au-dessous de la ceinture priment sur l’exposé d’idées.
Les Juifs de France et ceux d’Israël se sont radicalisés à l’extrême-droite de l’échiquier politique au point même de se compromettre pour le FN puisque certains de leurs leaders ont refusé aux dernières élections régionales d’interdire clairement le vote pour le Pen. Un avocat célèbre leur tend la perche en prônant «un front républicain contre l'islamo-gauchisme», sous-entendu le vote FN est la seule solution, et «la nécessité pour l'État juif de défendre fermement ses frontières et de se prévenir démographiquement d'un mortel droit au retour des Arabes de Palestine». Cet amalgame entre musulmans de France et Palestiniens plait à tous ceux qui exècrent le monde musulman et à tous les tenants d’un Israël binational qui rejette la création d’un État palestinien.
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| Réunion francophone à la Knesset |
Les francophones d’Israël, intoxiqués par ceux qui mêlent volontairement religion et politique et qui considèrent tout choix politique inspiré par les préceptes religieux des textes bibliques, imposent aujourd’hui leur loi aux nouveaux venus en Israël. Ils veulent se regrouper en un lobby, constitué d'une majorité de kippas et de militants Likoud, alors qu’ils ne sont pas capables de se regrouper entre eux. Les dizaines d’associations concurrentes et les dizaines de feuilles de choux au contenu indigent ont perdu le sens de l’efficacité. Les Juifs ne dérogent pas à la règle quand ils veulent être tous présidents ou tous rédacteurs en chef.
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| Voiles et kippas en majorité dans ce lobby avec au fond le drapeau du Likoud |
Mais la critique fondamentale qu’on peut leur opposer est qu’ils mêlent la France à leurs problèmes d’expatriés. Certains rêveurs français en prospective, qui anticipent avec aplomb «la fin du judaïsme européen», veulent organiser un «plan massif» pour l’alyah des Juifs de France mais cela passe souvent par le dénigrement de la France et de ses dirigeants, quels qu’ils soient. L’indigence de leurs arguments les met face à l’échec inéluctable d’une immigration qu’ils préconisent en tant qu’alyah de nécessité alors qu’elle devrait être, pour réussir, une action de conviction sioniste. La France restera toujours et malgré tout dans le cœur des Français qui ont choisi de vivre en Israël.
[Source : benillouche.blogspot.fr]







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