Rock. Le bluesman belge fête ses 65 ans avec un coffret baptisé « L’Essentiel » : 12 albums, un DVD, un « live » et un disque bonus d’inédits. Dont un duo avec Stromae.
Le rendez-vous avec Arno juste avant dix heures le matin, c’est un peu tôt pour le chanteur. Mais son œil s’éclaire quand on lui dit qu’on vient de Lyon. « J’adore cette ville, mes enfants sont nés à Vénissieux, leur mère est Lyonnaise », nous explique-t-il avec entrain.
Qu’est-ce que ça fait de voir ses disques réunis dans un coffret ?
Ils ne sont pas tous là, il en manque du tout début. Mais, quand même, ça fait bizarre. C’est comme voir une partie de sa vie dans une boîte. Ça donne un coup de vieux. Déjà qu’à Ostende, dans ma ville natale, ils ont fait une expo sur moi. J’ai peur que quelqu’un n’ait l’idée de faire une statue, je ne veux pas que les pigeons viennent faire des trucs sur ma tête !
Est-ce qu’il y a un avantage à vieillir quand on fait de la musique ?
Je crois que quand on fait ce métier, on n’a pas le temps de vieillir. Dans mon cas, j’ai eu beaucoup de chance. La musique est ma maîtresse, je vis depuis des années avec elle et ça m’a donné une liberté totale. Grâce à la musique, j’ai vu le monde et surtout, je n’ai jamais travaillé. Et ça dure encore.
Vous avez envie de continuer ?
Oui, j’ai un nouveau groupe et j’ai déjà de nouvelles chansons. Mais, j’ai toujours fait des albums pour pouvoir faire de la scène, il n’y a que ça qui compte pour moi. Si je ne fais pas de scène, je m’ennuie. Mes enfants sont grands maintenant, ils travaillent, ils n’ont plus besoin de moi. Même si, moi, j’ai besoin d’eux (rires).
Vous comprenez pourquoi les Stones ou McCartney sont toujours sur la route…
Ah oui, bien sûr. Monter sur scène, quelle que soit la scène, ça donne une adrénaline incroyable. Et ensuite, on est accro à cette adrénaline. C’est une sacrée drogue !
Je me souviens dans les années soixante-dix, j’étais allé voir des vieux bluesmen sur scène, ils avaient 80 ans, et on devait les porter sur scène. Mais, une fois face au public, les mecs se mettaient à danser…
C’est l’énergie du public qui se transmet ?
Sûrement oui, c’est un truc chimique. C’est le meilleur remède à la gueule de bois que je connaisse. Moi, si je bois deux ou trois verres de vin, je suis bourré. Et, le lendemain, j’ai une barre énorme sur le front. Mais si je monte sur scène, c’est fini en deux secondes. C’est la grâce du public. Moi, sans le public, je ne suis rien.
Vous avez fait plein de duos. Qu’est-ce qui vous donne envie de chanter avec quelqu’un ?
Comme j’ai une voix bizarre, elle ne fonctionne pas avec tout le monde. Même si c’est un artiste que j’adore, ma voix peut très bien ne pas se marier avec la sienne.
J’ai fait un duo avec Ray Davies, des Kinks, il a une voix très douce, très éloignée de la mienne, mais pourtant, le duo a bien fonctionné. J’en étais très fier, parce que j’adore ce mec.
Et avec Stromae ?
Je trouve qu’il a une attitude à la Magritte. Sans Magritte, il n’y aurait pas eu Andy Warhol ou le Pop Art, tout vient de lui. C’est un Belge qui est allé vers l’universel. Eh bien, Stromae, c’est pareil. Il y a quelque chose de surréaliste dans ce personnage qu’il s’est inventé. C’est ce qu’Elvis avait fait dans les années cinquante, ou les Beatles dans les années soixante. Lui, il sera le phénomène des années futures, j’en suis certain.
Vous chantez « Putain, putain » avec lui. Une chanson sur l’Europe. L’Europe est pourtant devenue un sujet difficile…
En ce moment, le conservatisme a une érection grosse comme la tour Eiffel. Je me demande si on n’est pas revenu dans les années trente. Si on ne se réveille pas, on va être dans une sacrée merde…
Arno, Le coffret Essentiel, Warner, 64 €.
Propos recueillis par Thierry Meissirel
[Source : www.leprogres.fr]

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