Sous la pression de la troïka, l'Etat grec accélère le processus de vente
des actifs publics pour rembourser ses dettes colossales. La mise en
vente récente de biens dans les quartiers qui entourent l'Acropole est
symbolique de la faillite du pays, regrette le chroniqueur.
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| L'Etat grec possède une grande partie des bâtiments
des quartiers entourant directement l'Acropole, achetés pour "protéger" le site historique. |
Écrit par Nikos Xydakis [Kathimerini]
L'inclusion récente de dix-neuf biens appartenant au ministère de la
Culture dans le portefeuille du Taiped, le fonds qui supervise la vente
et la privatisation des actifs publics, s'inscrit manifestement dans une nouvelle politique d'accélération des ventes destinée à générer des liquidités et rembourser les dettes du pays à temps.
C'est la même logique d'opportunisme qui a vu le vaste site d'Ellinikon, l'ancien aéroport international
d'Athènes, sur la côte sud, être retiré à l'organisation qui le gérait
et confié lui aussi au Taiped, lequel est en train de s'empresser de le
céder au seul acquéreur à s'être déclaré intéressé.
La
précipitation avec laquelle ces biens sont vendus, sans la moindre
stratégie commune entre l'Etat et les investisseurs quant à leur mise à
prix, soulève de sérieuses questions sur leur véritable valeur. On se
demande si ces biens ne sont pas délibérément vendus à bas prix pour accélérer le processus de privatisation.
Les
bâtiments de Plaka, le centre historique d'Athènes, qui ont été confiés
au Taiped, soulèvent d'autres questions, la plus importante étant de
savoir si le gouvernement n'est pas en train de vendre la capitale
nationale et historique du pays à découvert et pour servir des intérêts
bien précis.
Une valeur symbolique incalculable pour l'Etat grec moderne
Les
quartiers de Plaka et d'Anafiotika qui entourent l'Acropole constituent
selon l'Unesco une zone tampon autour de l'un des monuments les plus
importants, sinon le plus important, du patrimoine mondial : l'Acropole.
Le ministère de la Culture avait acquis ces dix-neuf biens par
appropriation dans ce but.
Toute la zone est extrêmement
importante d'un point de vue archéologique, mais présente également une
valeur symbolique incalculable pour l'Etat grec moderne. C'est ici, sur
les pentes de l'Acropole, qu'ont été édifiées la première université
moderne du pays et les résidences de certaines personnalités importantes
du nouvel Etat grec.
Ce secteur a bien entendu toujours attiré
les acheteurs, en général de très riches particuliers, surtout après la
nette amélioration apportée au centre historique d'Athènes par des
ministres comme Antonis Tritsis et Stefanos Manos, mais aussi Melina
Mercouri, à qui on doit l'acquisition de sites présentant un intérêt
archéologique aux alentours de l'ancienne citadelle.
La décision
de placer dans le portefeuille du Taiped ces dix-neuf biens appartenant
au ministère de la Culture signifie-t-elle la mise en vente de la zone
tampon qui entoure l'Acropole ? Va-t-on adopter la proposition
scandaleuse du quotidien allemand Bild, qui a suggéré à la
Grèce de vendre ou de louer ses îles pour rembourser ses dettes ? Si
oui, songez à ceci : le portefeuille immobilier du ministère de la
Culture comprend 220 bâtiments à Plaka, 68 à Anafiotika, 108 à Akadimia
Platonos, où se trouvait l'Académie de Platon, 40 autour du cimetière
antique de Kerameikos et 355 dans la cité médiévale de Rhodes.
[Photo : LennieZ/CC - source : www.courrierinternational.com]

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