La Ligue des droits de l'Homme dénonce l'augmentation des évacuations forcées de bidonvilles roms en 2013, alors que Manuel Valls était ministre de l'Intérieur.
La Ligue des droits de l'Homme dénonce l'augmentation des évacuations forcées de bidonvilles roms en 2013, alors que Manuel Valls était ministre de l'Intérieur.
Rédaction : Fanny Roux
Le jour même où le Premier ministre Manuel Valls prononce son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, sa politique au ministère de l’Intérieur à l’encontre des populations roms est à nouveau contestée.
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) publie un rapport dans lequel elle observe l’augmentation des évacuations de bidonvilles, tandis qu'Amnesty international pointe les violences et discriminations subies par ces populations.
Plus d’évacuations, toujours très peu d'accompagnement
Les évacuations de terrains avaient presque doublé en 2013 par rapport à l’année précédente (165 campements démantelés sur 400 recensés en France). Cette tendance continue. Depuis janvier 2014, la LDH a dénombré 3428 personnes évacuées dans 36 "lieux de vie" ("un bidonville, un squat, un hangar désaffecté… ou une caravane") . Ce chiffre tombait à 3007 pour le premier trimestre 2013 et 2152 début 2012.
Premier problème: le relogement des personnes expulsées. La circulaire du 26 août 2012 censée dicter la politique du gouvernement en matière de lutte contre l'immigration irrégulière prévoit un "accompagnement en matière d’hébergement et d’accueil", en cas de démantèlement de campements. Un suivi qui doit être anticipé:
"À court terme donc, préalablement à l’évacuation, le recours à l’hébergement d’urgence doit être recherché lorsque cela est nécessaire, adapté aux situations personnelles et possibles en fonction des disponibilités de places que vous recenserez. Une attention particulière doit être portée aux personnes les plus vulnérables", peut-on lire dans la circulaire.
Or, selon le Défenseur des droits, ces conditions ne sont pas du tout respectées.
> Ecoutez les critiques du Défenseur des droits, Dominique Baudis, sur France Inter, le 23 septembre 2013:
Même si certaines municipalités prennent les choses en main pour trouver des solutions, les propositions de relogement sont loin d’être automatiques. Selon la LDH: "Les solutions de relogement restent dérisoires dans la pratique […]. Les propositions de relogement sont le plus souvent temporaires (deux à trois jours), dans des hébergements d’urgence, ou parfois plus durables pour certaines familles (un mois renouvelable, selon des critères mal définis), dans des hôtels du Samu social." Un discours que l’on entend fréquemment dans les associations de lutte contre l’exclusion. Parfois même, ajoute le rapport, "les autorités envisagent de séparer les familles en proposant des solutions d’hébergement d’urgence uniquement aux mères et aux plus jeunes enfants".
Les intimidations de la police
Le rapport de la LDH s’inquiète également des pressions exercées par la police. Il recense "un abandon des bidonvilles par les personnes elles-mêmes, sous la menace d’une évacuation forcée imminente", sans "aucune décision de justice ni aucune autre décision légale", à Champs-sur-Marne, le 21 mars 2014.
Par ailleurs, les violences policières à l’encontre des Roms sont pointées du doigt par le commissaire européen des droits de l’Homme, dans un rapport de février 2014: "Une autre forme grave d’abus policier est la violence envers les minorités, en particulier les Roms, et les migrants", surtout en France et en Grèce.
Même son de cloche pour l’organisation Amnesty international qui publie le rapport "Roms en Europe: entre violences et discriminations", à l’occasion de la Journée internationale dédiée aux Roms, le 8 avril 2014. Elle évoque sans détour "des pratiques de harcèlement policier et d’intimidation", "avant et pendant les évacuations de campement".
Faut-il craindre la future politique de Manuel Valls?
Manuel Valls, aujourd’hui aux manettes du gouvernement, avait pourtant amorcé quelques moyens pour favoriser l’accueil et l’intégration des ressortissants étrangers sur le territoire français, comme la fin du délit de solidarité, la suppression de la franchise de 30 euros pour bénéficier de l’Aide médicale de l’Etat ou encore la circulaire relative à l’accueil des étudiants étrangers.
Des "mesurettes" selon Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade (organisation qui accompagne les migrants), qui rappelle que Manuel Valls a beaucoup gouverner par le biais de circulaires et que "les multiples lois sur l’immigration des années 2000 sont encore en vigueur". Il déplore "un ton dur et autoritaire dans la façon de traiter les personnes uniquement sur leur situation administrative et non humaine", dans une nouvelle circulaire, justement, parue le 11 mars 2014. En plus d'un discours du résultat, cette dernière demande notamment aux préfets de ne pas faire bénéficier les demandeurs d’asile déboutés du dispositif d’hébergement d’urgence.
Extrait de la circulaire du 11 mars 2014 envoyée par Manuel Valls aux préfets:"J'appelle, en outre, votre attention sur le fait que le bénéfice des dispositions de l'article L.345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, prévoyant que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence, ne peut être revendiqué par l'étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée."
Prochaine étape importante, la réforme du droit d'Asile et la poursuite ou mise en place effective du plan "d'éradication des bidonvilles" annoncé par l'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot, qui s'était opposée violemment à la politique de Manuel Valls, à l'égard des Roms.
[Photo : waferboard/Flickr - source : www.youphil.com]

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