Ils sont pas pareils, ces gens...
L'iBookstore reste inflexible : les livres de photos contenant
des nus ne sont toujours pas les bienvenus. Que ce soit dans le livre,
comme ce fut le cas pour le dernier ouvrage de Heleen van Royen, qui
contenait des liens vers des sites pornographiques, ou celui de Vina
Jackson, dont la couverture comportait un nu, interdiction de mettre en
danger Apple.
On se souviendra qu'au Danemark, le livre sur les hippies de Peter
Øvig Knudsen comportait des photos de nus, qui ont été rapidement
recouvertes de pommes rouges, pour tenter de contourner les obstacles
posés par Apple. Mais l'ouvrage, en dépit de cette mutilation, n'avait
pas obtenu gain de cause, et se retrouvait toujours bloqué à l'entrée de
l'ebookstore d'Apple.
Probablement parce que les pommes leur avaient donné des aigreurs. «
L'affaire était déjà absurde, et maintenant il va devenir difficile de
trouver les mots. Apple va interdire d'utiliser des pommes pour assurer
la censure dont ils ont besoin ? », se lamentait alors l'auteur des photos...
La culture d'entreprise de la censure préventive
Aujourd'hui, à l'occasion d'une discussion avec deux directeurs de la
firme, l'eurodéputé danois, Morten Løkkegaard, vice-président de la
Commission européenne pour la Culture et l'Éducation, a tout de même
fait savoir son avis. Suite à son entretien avec les responsables
d'Apple, l'eurodéputé en a conclu que la firme ne comptait pas du tout
revenir sur son actuelle politique, et que tout ce qui pourrait de près
ou de loin être rapproché du porno, serait banni.
« Ils étaient sympathiques et aimables, et nous ont dit que ce
qu'ils pensent, et qui était une répétition de ce que nous savons déjà. À
savoir : ce qu'ils perçoivent comme du porno, ils le censurent. Et
qu'ils sont dans leur droit vis-à-vis de leur entreprise », explique l'eurodéputé, à DR.dk.
La conversation entamée avec les représentants d'Apple faisait
évidemment suite aux nombreux cas de censure déjà référencés. Et
l'eurodéputé se lamente. « C'est une société qui est entièrement contrôlée depuis la Californie
», et à ce titre, aucun représentant dans les différents pays du globe
n'est en mesure de négocier quoi que ce soit. Seul un hypothétique
rendez-vous sur place pourrait laisser espérer que l'on négocie
différemment les termes des contrats.
L'eurodéputé aimerait pourtant bien faire changer la firme,
et surtout, qu'elle ne soit plus en mesure d'imposer sa politique aux
créateurs. En tant que représentant politique, Morten Løkkegaard
estime que l'on entre là dans le cas d'une violation de la liberté
d'expression, chose qu'il ne peut pas tolérer. Or, c'est la culture
d'entreprise d'Apple qui est à l'origine de ce comportement, et en
outre, il est compliqué de faire plier la firme.
Ce qu'il faut comprendre, dans les cas de censure, c'est que bien
souvent, Apple censure non pas par pudeur excessive, ni pudibonderie,
mais simplement pour éviter le courriel d'un internaute ou d'un client qui s'estimerait choqué par un contenu X ou Y. Et pour se montrer
vigilant et prudent, quitte à être excessif, Apple a simplement décidé
de lisser tous les contenus proposés, ou la majorité des sujets à
risque, afin d'éviter un différend juridique avec un client.
C'est que, si l'on n'a pas le respect du créateur, on a au moins celui du consommateur.
« Mes jeux ont offensé la censure chagrine ; ma muse est, à l'en
croire, un peu trop libertine. Pourvu que Rome vante et mon nom et mes
vers ; que m'importe le fiel de ces censeurs amers ? » avait répondu Ovide, en sont temps, à ses censeurs, dans un poème Remède à l'amour. Difficile aujourd'hui pour l'artiste de se rendre ainsi justice.
Écrit par Nicolas Gary
[Source : www.actualitte.com]

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