segunda-feira, 18 de março de 2013

JEAN-MICHEL LARTIGUE - "Plaisir et fierté d'écrire en portugais"

Figure connue de la communauté française à São Paulo, Jean-Michel Lartigue vit au Brésil depuis 26 ans. A l'occasion de la sortie de son nouveau livre "Equivoco", Lepetitjournal.com est allé à sa rencontre


Lepetitjournal.com - Comment êtes-vous arrivé au Brésil ?
Jean-Michel Lartigue - La première fois, c'était en 1978, quand j’étais étudiant. En 1985, j'ai réalisé un tour d´Amérique du Sud ; au retour, j´ai décidé de vivre quelque temps au Brésil. Il me fallait un visa. J'ai démarché plusieurs entreprises en France, en leur proposant de partir sous contrat local et puis de passer expatrié, s'ils obtenaient satisfaction de mon travail…

C'est une démarche peu classique…
Oui mais je voulais absolument partir… D´ailleurs, cette négociation a séduit la maison mère d'AGF, qui l´aurait proposée ensuite à plusieurs candidats au départ. En 1986, je suis donc arrivé à São Paulo comme engagé aux AGF. Et j´y ai fait ma vie. Je me suis marié avec une Brésilienne et nous avons eu deux enfants. Entre temps, nous avons vécu 3 ans à Rio, puis retour à São Paulo. Au bout de 10 ans, nous sommes allés tous les 4 habiter à Paris, à peine deux ans, pour enchainer avec un retour définitif au Brésil en 1996. 

Aujourd'hui, toujours expatrié ?
Non. Après mon divorce, je me suis retrouvé confronté aux questions existentielles habituelles. J'ai fait le point et mis en place un nouveau cadre de vie professionnel et personnel. Très clairement, le Brésil est le pays où j'allais et vais continuer de vivre. En 2006, j’ai monté une société de courtage en assurances, je travaille avec des partenaires selon les compétences technico-opérationnelles. J'ai principalement comme clients des entreprises françaises, quelques multinationales connues, ainsi que des PME et PMI.

Comment êtes-vous arrivé à l’écriture ?
En 2003, avec un ami, nous avons rédigé La fille d'Ipanema, des chroniques humoristiques en français sur le quotidien de l'homme et de la femme, le décryptage de nos mœurs. Nous avons été publiés en France, diffusion restreinte, mais c’était pour nous une belle réalisation. Puis, l'idée me travaillait d´en faire quelque chose en portugais. J´ai commencé à sélectionner quelques histoires, à essayer de les traduire. L'exercice de la réécriture en portugais m'a emmené à une toute nouvelle écriture. L’inspiration a fait le reste, et cela a abouti avec le livre "O Canto do Galo".

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce livre "O Canto do Galo" ?
Un titre à double sens : le chant du coq, le coin du gaulois, c'est un recueil de petites chroniques. Je l´ai écrit en portugais et il a été publié au Brésil. Après sa parution, j´ai continué à rédiger sur mon ordinateur jusqu’à arriver à une accumulation de textes assez courts venus de l’observation du quotidien.

Et aujourd'hui, huit ans plus tard, sort '"Equivoco"
Une quarantaine de nouvelles. Mélangeant humour, ironie et réalisme. Ma fille en a lues avant sa parution, mais pas toutes, elle en découvre. "Adrénaline" l´a marquée, c´est la description onirique d'un braquage. Un père attend ses enfants en voiture en bas de leur immeuble. Elle l'a trouvé très réel, presque trop. Elle l'a effrayée sur la vérité quotidienne qu'il peut y avoir ici. J'attends les regards des lecteurs. Avec le lancement, je traverse une période agréable de ressac. Si le livre est apprécié, je continuerais à écrire... En fait, de toute façon, je reprendrais très probablement l´écriture comme chaque fois.

Pourquoi écrire en portugais ?
J'y trouve un grand plaisir et une fierté. C'est une langue que j’ai acquise sur le tard quand j’avais 20 ans. J'écris directement en portugais, spontanément. Mon éditeur m´a demandé de traduire "Equivoco" en français car il projette une manifestation culturelle brésilienne à Paris, sur la photographie, la gravure, la littérature etc. et il souhaite que j´en fasse partie. C´est un exercice paradoxal que de traduire dans ma langue natale. Il y a des tournures de phrases, jeux de mots, assonances conçus en portugais et qui seront compliqués à retransmettre.

Vos auteurs brésiliens ?
Je ne suis pas ce qu´on peut appeler un grand lecteur de littérature brésilienne mais j´apprécie beaucoup les chroniques humoristiques de Luis Fernando Verissimo, et les œuvres de Mario Prata. 

Vous vous sentez français, brésilien...?
Français, je suis naturalisé brésilien mais je suis français, avant d´être brésilien. Ma vie est au Brésil et je rentre régulièrement en France : mon père, mes frères, mes neveux et nièces y vivent. Habitant à São Paulo, mon cercle  d'amis est composé de Français, de couples franco-brésiliens mais aussi de nombreux réseaux brésiliens. Mes enfants étaient au Lycée Pasteur, mon ancrage a été de fait plutôt franco-brésilien.

Que vous manque-t-il de la France ?
Peut-être cette droiture dans les valeurs qui est moins présente dans la société brésilienne : le respect du droit, de la rigueur, le respect de l’autre, des engagements et de la parole donnée. Le pendant est la rigidité et la raideur françaises. A leur avantage, les Brésiliens sont beaucoup plus accommodants. Mais aussi plus permissifs. La loi ici est un cadre mouvant : elle sert beaucoup plus pour les autres que pour soi-même. Mais les Brésiliens sont tellement chaleureux et naturellement aimables, affables, bonhommes, c’est irrésistible !

Comment expliquez-vous l´engouement d´autant de Français à venir s’installer ici ?
Le Brésil est une éponge. Il absorbe tout et ne rejette rien. On peut y maintenir son cadre culturel avec des amis français ou se plonger dans le mode de vie brésilien, avec autant de bonheur. La question de savoir si nous sommes bien adaptés ou non ne vient même pas se poser. On reste des étrangers, mais sans aucune connotation négative ou sentiment d’exclusion. Au contraire, c’est même une différence jugée positivement. 

Pour illustrer comment on se sent bien au Brésil ?
Ici, je n´ai jamais le blues du dimanche soir. Jamais.

Anne Lebas-Signora (www.lepetitjournal.com - Brésil)


"Equivoco, Contos urbanos e distantes" de Jean-Michel Lartigue, aux Editions Ardotempo
Disponible à la Livraria Francesa (avant d’autres à venir)


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