quinta-feira, 15 de novembro de 2012

Quand le bois cache une forêt de services

Interview réalisé par la coordination du réseau Hubert Curien de la culture scientifique et technique en Lorraine et publiée dans le bulletin « Info CST Lorraine » n° 81 de juin 2011.

 

Au-delà de l’approvisionnement en bois, les forêts offrent à la société de multiples services non marchands que les économistes de l’environnement s’efforcent de valoriser grâce à des méthodes de collecte et d’analyse sophistiquées. Éclairages d’Anne Stenger, directrice du laboratoire d’économie forestière (LEF, UMR Inra – AgroParisTech).
 

On parle souvent de la filière bois, mais pour vous économiste de l’environnement, la forêt recèle bien d’autres ressources...



Anne Stenger : Les forêts offrent effectivement bien plus que du bois. Elles stockent du carbone et participent ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique. Elles contribuent pour plus d’un quart d’entre elles à limiter l’érosion des sols et à prévenir les avalanches. Elles jouent un rôle important dans la protection de la ressource en eau et constituent le plus grand réservoir terrestre en termes de biodiversité. En plus de ces fonctions environnementales, les forêts rendent également à la société une multitude de services dits récréatifs : on peut s’y promener, y cueillir des champignons, y observer la faune et la flore... Autant de biens et de services qui, s’ils n’ont pas de prix, n’en sont pas pour autant dénués de valeur. 
 

Comment faites-vous pour attribuer une valeur à un service gratuit ?



A. S. : Estimer la valeur économique des services et des biens offerts par la forêt revient par exemple à évaluer combien les ménages sont disposés à payer pour préserver la biodiversité – on parle de "consentement à payer" – ou combien de kilomètres un promeneur est prêt à effectuer pour se rendre en forêt. De même, on valorise les stocks de carbone séquestrés, la capacité de la forêt à fixer les sols ou à préserver la ressource en eau. Pour cela, nous prenons en compte toutes les données à notre disposition : valeur attribuée à la taxe carbone, montant de la dépense publique que ces services rendus permettent d’économiser... 
 

Pouvez-vous être sûrs de la fiabilité de vos résultats ?



A. S. : Notre objectif est de tendre vers une vraie valeur. Et il faut pour cela lever un certain nombre d’ambiguïtés. Je m’explique. Quand nous lançons une enquête auprès d’un panel de citoyens, il est important de décrire l’objet de l’étude avec une grande précision et de vérifier que les questions posées seront bien interprétées par les personnes interrogées. C’est la raison pour laquelle les économistes de l’environnement se rapprochent d’autres scientifiques, hydrologues, hydrogéologues, biologistes ou médecins, s’assurent le concours de psychologues et effectuent des test en petits groupes pour valider la qualité de leur questionnaire et leur bonne compréhension. 
 

À quoi servent vos études ? 



A. S. : En révélant les valeurs liées à l’usage de la biodiversité ou à la pratique d’activités récréatives en forêt, l’économiste de l’environnement fournit des arguments essentiels aux décideurs publics. Il leur permet d’arbitrer entre les priorités, que celles-ci touchent à la conservation d’espaces et d’espèces ou concernent plus globalement des programmes d’aménagement du territoire. Avec à la clé des décisions plus rationnelles, plus efficaces et finalement moins coûteuses au regard de la valeur économique totale.

 

Chiffres clés

• Les fonctions non marchandes des espaces forestiers français représentent à elles-seules 80 % de la valeur  économique totale de la forêt, soit 4 fois plus que la fonction d’approvisionnement en bois ! 
• Bien servis par la nature, les Lorrains profitent plus de leurs forêts que les Français en général. Ils font en moyenne 18 km pour s’y rendre et sont prêts à payer 55 € par ménage et par an pour la conservation de la biodiversité.
 
[Source : www.nancy.inra.fr]

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