Contre toute attente, Lula l’emporte sur Bolsonaro. Comment cette formidable victoire a-t-elle été possible ?
Écrit par Pablo Pillaud-Vivien
Purée, que c’est heureux !
Et que c’est un soulagement. Dimanche, au Brésil, Lula a battu Flávio Bolsonaro avec une avance que personne ne prédisait. Il y a trois semaines, le président sortant avait terminé derrière son adversaire d’extrême droite au premier tour. Le fils-à-papa facho avait bénéficié du ralliement de tous les autres candidats de droite. Et voilà l’ancien métallurgiste réélu avec 51,79% des voix, plus de 4 millions de suffrages d’avance. Lula a engrangé plus de 10 millions de voix supplémentaires entre les deux tours. Une victoire nette qui rompt avec le scénario que beaucoup pensaient inéluctable, celui d’une extrême droite mondiale avançant partout, élections après élections, sans que rien ne semble pouvoir l’arrêter. Pourtant, en Serbie, le mouvement étudiant vient, ce week-end, de défaire le pouvoir d’extrême droite aux législatives. Aux États-Unis, les élections de mi-mandat du 3 novembre diront si Donald Trump peut conserver les deux chambres : ça semble mal parti pour lui. Et donc, hier, les Brésiliens ont mis un coup d'arrêt à la poussée des forces de haine.
Pour le moment, reste à comprendre ce qui s’est passé au
Brésil. Comment Lula a-t-il réussi à inverser une élection que Bolsonaro devait
remporter ? Le premier élément est assurément un surcroît de mobilisation
exceptionnel depuis trois semaines. Les jeunes et les abstentionnistes du
premier tour ont été sollicités un à un. Les réseaux sociaux, délaissés par le
vieux Lula, ont été activés par la jeunesse militante. C’est aussi une
véritable noria de chauffeurs qui, défiant le coup de force, s’est mise en
branle pour se substituer aux bus à l’arrêt alors qu’ils devaient acheminer les
électeurs vers les bureaux de vote.
Cette mobilisation a été préparée par l’engagement de
tout le mandat de Lula contre l’extrême droite. En 2022, Lula avait su rassembler
très largement pour parvenir à battre Bolsonaro père. Durant son mandat, il a
su composer avec cette coalition hétéroclite mais conforme à la réalité
politique du Brésil. On était loin d’un gouvernement 100% issu du Parti des
Travailleurs (PT). Au contraire, l’arc allait de la gauche à la droite
démocratique. Assurément, cela a posé des difficultés dans la mise en œuvre de
nombreuses réformes. Mais c’est bien cette politique de rassemblement sur la
durée qui a permis les victoires, il y a quatre ans et aujourd’hui.
Le plus dur va commencer. La politique du dernier mandat
a sorti des millions de gens de la misère mais elle n’a pas résolu les
questions des inégalités faramineuses et de l'insécurité endémique. Lula ne
peut plus faire l’impasse. Il devra aussi résister aux pressions dominatrices
de Donald Trump qui veut contraindre le Brésil à s’abaisser au statut
d'arrière-cour de Washington. Lula a su activer la fibre nationale qui
fonctionne encore en Amérique du Sud… Il faudra la conforter en véritable
autonomie stratégique et économique.
La tâche sera ardue car le Congrès est désormais dominé
par des forces conservatrices et le puissant Centrão, cette coalition de partis
centristes capables de soutenir le gouvernement sur certains textes et de le combattre
sur d’autres. Lula n’aura pas les coudées franches. Il aura du mal à faire tout
son programme, rien que son programme. Il devra négocier, composer, affronter
une opposition déterminée.
La gauche brésilienne a donc gagné une bataille décisive parce qu’elle a su construire un rapport de forces large qui barre la route aux fascistes. Mais pour Lula, l’essentiel reste à faire : répondre aux attentes des Brésiliens.
[Source : www.regards.fr]

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