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Le 25 juillet 2026, à São Paulo, Flávio Bolsonaro reçoit l’appui du président argentin Javier Milei durant un meeting.
Écrit par Jorge Jacob
Professor of Behavioral
Sciences, IÉSEG School of Management
L’ESSENTIEL
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La présidentielle brésilienne, en octobre prochain, se
jouera sans aucun doute entre le sortant Lula (centre gauche), en lice pour un
dernier mandat, et Flávio Bolsonaro, fils de Jair et, comme ce dernier,
représentant de la droite dure.
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Ce duel est suivi avec la plus grande attention dans de
nombreux pays du monde, à commencer par les États-Unis.
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Dans un scrutin qui s’annonce très serré, les soutiens
étrangers (ou l’exaspération qu’ils peuvent susciter au sein de l’électorat
brésilien) pourraient contribuer à faire pencher la balance en faveur de l’un
ou l’autre candidat.
La campagne électorale brésilienne a officiellement commencé le 16 août. Le premier tour aura lieu le 4 octobre et le second, si nécessaire, le 25.
Derrière le duel entre les deux principaux candidats – le président sortant Lula et Flávio Bolsonaro, fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro (condamné il y a quelques mois à vingt-sept ans de prison pour son rôle dans la tentative de coup d’État de décembre 2023 et autorisé depuis mars dernier à purger sa peine à son domicile pour raisons de santé) – se joue une bataille de réseaux politiques, médiatiques et diplomatiques internationaux.
Le camp Bolsonaro bénéficie de soutiens visibles au sein de la droite et
de l’extrême droite internationales,
tandis que Lula dispose de relais importants au sein des forces progressistes et de plusieurs gouvernements étrangers.
Alexandre de Moraes, cible du camp Bolsonaro… et
de Washington
Cette internationalisation a commencé à prendre
forme en 2025, lorsque le frère cadet de Flavio, Eduardo Bolsonaro, alors
député fédéral de l’État de São Paulo depuis 2015 (il
a depuis perdu son mandat en décembre 2025,
à la suite d’une décision de la Chambre des députés), s’est installé aux États-Unis.
Selon The Guardian, Eduardo
Bolsonaro aurait essayé de convaincre les responsables de l’administration Trump d’imposer des sanctions
à Alexandre de Moraes, le juge de la Cour suprême chargé de l’enquête visant son père. Depuis
mai 2025, Eduardo était aussi lui-même visé par la justice brésilienne, et a d’ailleurs été condamné en
juin 2026 – en son absence puisqu’il se trouve toujours sur le territoire
états-unien – à quatre ans de prison : il lui est reproché d’avoir cherché à obtenir de la part de
Donald Trump qu’il prenne des sanctionséconomiques contre le Brésil afin de
faire pression sur la justice brésilienne et de favoriser son père dans le
cadre de son procès.
Or, Moraes se trouvait déjà dans le collimateur
de l’entourage de Donald Trump pour avoir ordonné, en 2024, la suspension de Twitter/X au Brésil à la suitedu refus de la plateforme de se conformer à des
décisions judiciaires lui ordonnant notamment de bloquer certains comptes
accusés de diffuser de fausses informations des discours haineux, et refusé de nommer un nouveau représentant
légal. Elon Musk avait alors dénoncé une entrave à la « liberté
d’expression ».
En février 2025, l’entreprise de médias de
Donald Trump (Trump Media & Technology Group) et la plateforme vidéo Rumble
ont déclenché des poursuites contre Moraes aux
États-Unis, contestant ses décisions
de blocage de comptes et de contenus. Le dossier brésilien se retrouvait ainsi
directement lié à l’écosystème politique et technologique de Trump, rapprochant
deux intérêts jusque-là distincts : la volonté des Bolsonaro de faire
pression sur la justice brésilienne et celle des plateformes de contester les
règles imposées à leurs contenus.
En juillet 2025, l’administration Trump a sanctionné Alexandre de Moraes au titre du Global Magnitsky Act, l’accusant notamment de violations des droits humains et de répression de la liberté d’expression.
Ces sanctions ont été levées en décembre après un rapprochement entre Donald Trump et Lula. Toutefois,
l’administration Trump étudierait actuellement l’opportunité de
promulguer de nouvelles sanctions contre le juge.
Chacun compte ses soutiens
Entre-temps, le 26 mai, Flávio et Eduardo
Bolsonaro ont rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche.
Depuis juillet 2026, Washington a
progressivement renforcé la pression sur le gouvernement de Lula par des mesures commerciales et diplomatiques afin, selon le Washington Post, de le contraindre à
mettre fin aux poursuites contre Jair Bolsonaro. Ces tensions commerciales se
sont poursuivies en août, lorsque le Brésil a à son tour ouvert une procédure de réciprocité contre la hausse
des droits de douane décidée par Washington.
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Capture
d’écran d’un post de Donald Trump sur son réseau Truth Social :
« Ravi d’avoir accueilli Flávio Bolsonaro au bureau Ovale de la
Maison-Blanche – un jeune homme intelligent qui aime beaucoup son pays, le
Brésil ! », 2 juin 2026. Truth Social
Lula et Flávio Bolsonaro se sont mutuellement accusés d’être responsables des tensions avec Washington, mais selon une enquête de l’institut de sondages Datafolha, la majorité des Brésiliens estiment que les droits de douane imposés par Donald Trump visent à aider Flávio Bolsonaro dans sa campagne présidentielle.
Les deux camps brésiliens disposent désormais de relais internationaux. Mais ce relais international se déroule sous des formes distinctes. Le camp Bolsonaro s’appuie sur des soutiens individuels de dirigeants étrangers : Javier Milei était présent en personne au lancement de la campagne et Benyamin Nétanyahou est intervenu par vidéo, tandis que Lula s’inscrit dans un réseau plus institutionnel de gouvernements et de mouvements progressistes.
En avril, il a participé, à Barcelone, à la Global Progressive Mobilisation, aux côtés notamment du premier ministre espagnol Pedro Sánchez, de la président mexicaine Claudia Sheinbaum et du président sud-africain Cyril Ramaphosa, lors d’un rassemblement consacré à la lutte contre la montée de l’extrême droite.
« Espagne : Pedro Sánchez convoque la gauche mondiale pour une réunion progressiste à Barcelone », France 24, 19 avril 2026.
La polarisation internationale s’impose aux
campagnes nationales
C’est dans ce climat que s’amorce la campagne
électorale. La légère avance de Lula sur Flávio Bolsonaro dans les sondages
s’est réduite, et les deux hommes sont désormais au coude-à-coude. Il est possible que, ces prochaines semaines, les déclarations et
actions de l’administration Trump joueront un rôle déterminant dans l’issue du
scrutin.
Le cas brésilien pourrait ainsi devenir un
laboratoire d’une nouvelle géographie de la polarisation politique, dans
laquelle les conflits électoraux nationaux sont de plus en plus connectés à des
réseaux transnationaux. Pour la France et pour l’Europe, la question est
peut-être moins de savoir si cette dynamique existe déjà que de comprendre
jusqu’où elle pourrait s’étendre à nos propres démocraties.
[Photo : Nelson Almeida/AFP
- source : www.theconversation.com]


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