La victoire de l’adversaire de da Silva aux élections brésiliennes pourrait constituer la principale réussite de Trump dans sa volonté d’affaiblir la Russie et la Chine
Écrit par Dmitri Rodionov
La campagne présidentielle débute le 16 août au Brésil et s’achèvera le 4
octobre.
Bien que 13 candidats soient en lice, tout le monde comprend que la lutte
principale opposera l’actuel chef de l’État, Lula da Silva (Parti des
travailleurs), et le fils de l’ancien président condamné Jair Bolsonaro, Flávio
(Parti libéral).
Le premier est considéré comme un homme politique de gauche et un partisan de l’intégration au sein du BRICS, tandis que le second est perçu comme un homme de droite, un partisan de Trump et un partisan de la sortie de ce groupement réunissant la Russie et la Chine.
Selon le sondage Nexus/BTG Pactual, réalisé du 31 juillet au 2 août, Lula
est actuellement en tête avec 41 %, contre 37 % pour Bolsonaro.
Il convient de noter que, par rapport aux précédents sondages, l’écart
entre les deux candidats s’est réduit de 5 points de pourcentage.
Si Bolsonaro l’emporte, cela marquera-t-il le début d’un revirement
radical de l’orientation géopolitique du Brésil, comme cela a été le cas chez
son voisin, l’Argentine ? Un tel scénario ne semble plus relever de la fiction…
— En cas de victoire de Flávio Bolsonaro, ce qui est très probable, les
chances sont de 50-50, affirme Daria Mitina, secrétaire du Comité
central du Parti communiste russe.
— La rhétorique électorale est une chose, la mise en œuvre concrète en
est une autre. Comme on le sait, l’Argentine, sous les Kirchner, avait elle
aussi activement cherché à rejoindre le BRICS et avait même déposé une
candidature, mais, naturellement, avec l’arrivée de Milei, la question s’est en
quelque sorte réglée d’elle-même.
C’est une chose de déposer une candidature et d’affirmer rhétoriquement
sa volonté d’adhérer. C’en est une autre de faire partie du BRICS et de
bénéficier, par conséquent, de tous les programmes, projets et avantages
offerts par le BRICS.
Il ne s’agit pas ici d’alliances politiques, j’insiste, mais d’une
coopération purement économique. Et dans ce contexte, bien sûr, bénéficier des
avantages offerts par la coopération avec la Chine et la Russie est un atout
auquel on ne renonce pas.
D’autant plus que Bolsonaro, malgré toute son obstination, comprend parfaitement
qu’une chose est d’être l’ami de Trump en paroles, et une autre est de
comprendre que l’administration américaine n’est jamais une amie au point de
prendre entièrement en charge tel ou tel problème économique de ses amis.
Autrement dit, l’amitié est une chose, et les affaires en sont une autre.
Or, le Brésil est l’un des membres les plus actifs du BRICS, et il tire
de réels « avantages » de cette adhésion. Il est donc peu probable que les
bénéfices économiques soient sacrifiés au profit de la rhétorique politique.
Bolsonaro, certes, est un homme de droite classique, mais ce n’est pas un
fou, ni un voyou du genre de Milei. Milei est capable de scier la branche sur
laquelle il est assis au nom de ses propres délires. Mais ni Jair Bolsonaro, ni
son fils ne se sont jamais comportés ainsi.
C’est pourquoi, même en cas de victoire de Bolsonaro, une sortie du BRICS
resterait très probablement une mesure extrême. Elle pourrait se produire sous
la forte pression des États-Unis, mais il me semble que les États-Unis ont pour
l’instant d’autres priorités.
— On peut établir des parallèles prudents avec la campagne présidentielle
brésilienne de 2022, lorsque le président sortant de l’époque, Jair Bolsonaro,
avait obtenu, tant au premier qu’au second tour, un score plus élevé que ne le
laissaient présager de nombreux sondages, même s’il s’était classé deuxième
dans les deux cas, — note Mikhaïl Neizhmakov, directeur des projets
analytiques de l’Agence de communication politique et économique.
— Au second tour, Luiz Inácio Lula da Silva a toutefois battu son
prédécesseur avec une marge minime : 50,9 % contre 49,1 % des voix. Jair
Bolsonaro a alors obtenu un résultat meilleur que prévu, malgré un lourd
passif, notamment les critiques dont il a fait l’objet concernant les mesures
prises par les autorités centrales pendant la pandémie. Il reste encore du
temps avant les élections d’octobre 2026.
Mais Flávio Bolsonaro a bel et bien des chances, au minimum, de mener la
situation vers un scénario où l’issue finale de la campagne se jouera au «
photo-finish ».
De plus, quelle que soit l’issue de la campagne, il y a de fortes chances
que des manifestations de grande ampleur soient organisées par les partisans du
candidat clé qui perdra les élections.
« SP » : On avait aussi fait peur au sujet du père Bolsonaro, en disant
qu’il ferait sortir le pays du BRICS, mais il a eu la sagesse de ne pas le
faire. Et qu’en est-il du fils ?
— Il faut tenir compte du fait que, si Flávio Bolsonaro remportait la
victoire, la première moitié de son mandat coïnciderait avec les deux dernières
années de Donald Trump à la Maison Blanche.
Pour Trump lui-même, le mandat présidentiel actuel est, comme on le sait,
le dernier, mais il voudra très probablement disposer d’un maximum d’atouts en
main afin d’influencer également l’issue de la campagne présidentielle
américaine de 2028.
Et Trump souhaiterait manifestement avoir en réserve un sujet d’actualité
aussi important que le retrait théorique du Brésil du BRICS, afin de l’invoquer
comme exemple de sa victoire en matière de politique étrangère.
Autrement dit, Trump aura, à tout le moins, des raisons d’essayer
d’obtenir de Flávio Bolsonaro que le Brésil se retire du BRICS.
« SP » : Dans quelle mesure le retrait du Brésil du BRICS est-il
envisageable ? Et quelles pourraient être les conséquences d’une telle décision
pour le Brésil lui-même ?
— En soi, le retrait du Brésil du BRICS ne comporterait peut-être pas
tant de risques pour le Brésil. Même si, là encore, certains facteurs poseraient
problème : par exemple, de nombreux projets dans le pays sont actuellement
financés par la Nouvelle banque de développement, créée sous l’égide du BRICS.
Mais il faut tenir compte du fait que la rupture du pays avec le BRICS ne
serait guère bien accueillie par la Chine, qui est le principal partenaire
commercial du Brésil. Cela dit, Pékin est également intéressé par les
importations en provenance du Brésil, notamment le pétrole et le minerai de
fer. Autrement dit, même une rupture hypothétique du Brésil avec les BRICS
n’entraînerait probablement pas, au final, un éloignement radical du pays par
rapport à la Chine.
On peut citer l’exemple de Jair Bolsonaro, qui, au cours de sa campagne
présidentielle, accusait la Chine de « racheter le pays », mais qui, une fois
au pouvoir, a finalement poursuivi ses contacts actifs avec Pékin.
«SP» : Et pour le BRICS ? Cela pourrait-il ébranler les fondements et
l’idée même de cette alliance ?
— Le BRICS n’impose toutefois pas d’engagements stricts à ses membres
vis-à-vis de cette plateforme.
Cela peut décevoir les observateurs qui souhaiteraient voir dans cette
structure un contrepoids solide aux alliances dominées par les acteurs
occidentaux. Dans le même temps, le retrait hypothétique d’un des participants
dans cette situation poserait davantage des défis en termes d’image pour la
plateforme. Une telle mesure hypothétique aurait toutefois une incidence sur
l’équilibre au sein du BRICS. Cependant, ce simple changement de président au
Brésil aurait également une incidence sur cet équilibre.
[Source : Svpressa - reproduit sur www.groupegaullistesceaux.fr]

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