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Ulrich Siegmund, tête de liste de l'AfD, lors de son arrivée pour un débat sur la chaîne régionale MDR à Magdebourg, le 26 août 2026.
Écrit par Stephan Martens
En Allemagne, les
électeurs sont appelés à renouveler leurs représentants aux Parlements
régionaux de Saxe-Anhalt, de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et de Berlin en
septembre. Prévu le 6 septembre, le scrutin de Saxe-Anhalt pourrait voir le
parti de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) accéder au pouvoir. Pour la
première fois depuis 1945, une formation d’extrême droite pourrait donc accéder
à la direction d’un Land, alors que l’AfD est déjà le premier parti
d’opposition au Parlement fédéral.
Ce parti, qui a
su capitaliser sur des événements récents, tels que l’attentat
islamiste lors de la Marche des fiertés de Berlin, le laborieux remaniement
gouvernemental de juillet et la grave crise de l’industrie automobile, est en
tête des intentions de vote en Saxe-Anhalt (40 %) et en
Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (35 %).
L’Allemagne a
longtemps voulu se présenter comme un modèle pour le monde, notamment en
matière de stabilité politique, de gestion des déchets, de protection du climat
ou d’accueil des migrants. La République fédérale d’Allemagne (RFA) s’est
construite sur la négation du national-socialisme, où toute forme de
patriotisme est devenue suspecte. Les partis traditionnels du rassemblement
(Volksparteien), comme les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU et les
sociaux-démocrates du SPD, ont cherché à mener une politique de consensus, au
centre (Mitte) de l’échiquier politique, afin d’éviter de brusquer l’opinion
publique.
Cette stratégie a
conduit à une domination des gouvernements de «grande coalition» depuis 2005, à
l’exception de la législature 2009-2013. Cette approche, qui a apporté une certaine
stabilité, atteint aujourd’hui ses limites.
L’AfD a connu
une ascension fulgurante avec la crise migratoire de 2015
En
2015, l’Allemagne a ouvert ses portes à près d’un million de réfugiés fuyant
la guerre en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Bien que ce geste d’accueil ait
été salué par de nombreux Allemands, et que le pays soit devenu plus
cosmopolite, il a également engendré un ressentiment, surtout en ex-République
démocratique allemande (RDA) où la classe politique n’a pas su engager un
véritable débat sur la «crise migratoire».
Dans ce contexte
l’AfD, fondée en 2013, a connu une ascension fulgurante, plaçant l’immigration
et l’insécurité au cœur de son discours et renforçant sa position dans les
nouveaux Länder. La branche ultraconservatrice du parti (Der Flügel) a
consolidé son influence, attirant des électeurs déçus par la réunification et
les politiques d’immigration.
Les partis
traditionnels semblent désarmés face à cette montée de l’AfD. Certains refusent
de le considérer comme un parti légitime, tandis que d’autres s’interrogent sur
l’efficacité de l’ostracisme, qui pourrait renforcer le sentiment victimiste du
parti. La politique du cordon sanitaire – illustré en Allemagne par la notion
de «mur pare-feu» (Brandmauer) – qui consiste à éviter toute alliance avec
l’AfD, est débattue, notamment parmi les conservateurs. Cependant, la majorité
des forces politiques refuse de collaborer avec l’AfD, en partie à cause de la
mémoire de la dictature nazie.
Le succès de
l’AfD dans l’ex-RDA peut être attribué à divers facteurs, notamment des
préoccupations socio-économiques et des causes psychologiques. Le taux de
chômage y est plus élevé qu’à l’Ouest, et le revenu moyen par habitant est
également inférieur. De plus, la population de l’Est ressent un manque de
reconnaissance, se percevant comme des citoyens de «seconde zone».
Ce sentiment de
déclassement, combiné à une culture politique différente – la RDA fut conçue
comme un Etat rempart au fascisme, et ses habitants n’ont jamais fait un réel
travail sur le passé nazi –, favorise l’ascension de l’AfD, qui se présente
comme le porte-parole des mécontents.
L’AfD prône une
vision d’une Allemagne forte, prête à tourner la page de son passé, tout en
distillant des valeurs illibérales auprès d’une population qui pour l’heure n’a
pas encore la même tradition d’autocritique que l’Ouest.
Les
chrétiens-démocrates ont laissé se créer un vide dangereux à leur droite
Les dirigeants
allemands doivent prendre conscience de l’importance du respect des règles
démocratiques. Cependant, Angela Merkel et ses successeurs, Olaf Scholz et
Friedrich Merz, incarnent une aspiration à une démocratie fondée sur le
consensus, évitant systématiquement tout conflit – comme ce fut le cas pour la
sortie du nucléaire civil ou la fin de la conscription. Cette tendance délétère
a conduit à une dépolitisation de la vie politique, où des sujets essentiels
sont souvent esquivés pour préserver l’harmonie.
Les partis
traditionnels, dans un souci de tactique électorale à court terme, ont accepté
de compromettre leur identité politique fondamentale. Historiquement, la
CDU/CSU a cherché à combattre les partis de droite radicale tout en répondant à
certaines de leurs revendications. Cela avait permis d’assécher l’attractivité
de ces partis et de stabiliser la démocratie. Or, par crainte d’être perçus
comme trop proches d’une droite dure, les chrétiens-démocrates ont laissé se
créer un vide dangereux à leur droite.
L’avenir dira si
l’AfD peut infliger des dommages à la CDU/CSU plus importants que ceux causés
au SPD par la scission ayant donné naissance à la Gauche (Die Linke). La
démocratie allemande traverse une crise. Le débat politique doit être rétabli
et les partis traditionnels doivent trouver des moyens de reconnecter avec une
population qui se sent délaissée. La capacité de l’Allemagne à maintenir sa
démocratie et à promouvoir une véritable confrontation d’idées sur les enjeux
politiques importants est mise à l’épreuve.
Stephan Martens, professeur d’études allemandes à CY Cergy Paris-Université et codirecteur de «la Revue européenne».
[Photo : Ronny Hartmann/AFP - source : www.liberation.fr]

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