segunda-feira, 24 de agosto de 2026

J'essaie de ne pas comparer les périodes historiques. Et voilà qu'Israël marque de numéros les Palestiniens

Peut-être sommes-nous prisonniers de notre volonté de trouver des précédents historiques au lieu de regarder ce qui se passe sous nos yeux

L'armée israélienne  à Qabatiyah
Écrit par Hanin Majadli

Haaretz

Les Forces de défense israéliennes ont mené cette semaine une opération à Qabatiyah, près de Jénine. Au cours de cette opération, des détenus palestiniens ont été marqués de numéros inscrits sur leur front et leur corps.

Cela rappelle certaines périodes de l’histoire. Peu après, une réaction s’est également fait sentir. Les commandants auraient expliqué aux forces l’ampleur de cet acte, et des leçons en ont été tirées.

Des leçons ont été tirées. Il est difficile d’imaginer une expression plus typiquement israélienne. Depuis des décennies, on tire des leçons ici. Après que des Palestiniens ont été tués, on tire des leçons. Après que des détenus ont été maltraités, on tire des leçons. Après chaque acte censé être une exception, on tire des leçons. Et pourtant, d’une manière ou d’une autre, ces leçons ne sont jamais tirées à temps pour empêcher le prochain incident. Un brevet israélien.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que divers motifs sont imprimés sur la peau des Palestiniens. Des leçons ont déjà été tirées à ce sujet, puis oubliées. Il y a eu ce Palestinien sur le visage duquel une étoile de David avait été « accidentellement » imprimée par la « semelle de la botte d’un policier ». Des maisons palestiniennes en Cisjordanie sur lesquelles des étoiles de David avaient été peintes à la bombe, comme s’il s’agissait de croix gammées. Et voyez avec quelle facilité on en vient à lancer des appels publics pour interdire aux médecins arabes de soigner les Juifs.

Sans parler de la crainte bien connue des Palestiniens qui affichent ouvertement leur identité, lorsque la rue juive devient plus violente, plus nationaliste, plus revancharde. Je me souviens de femmes de ma famille qui retiraient leur hijab lors de trajets nocturnes en voiture pendant les périodes de tension. Et même si je ne veux pas enfreindre l’interdiction de « comparer » avec d’autres périodes, Israël vient imprimer des chiffres sur les Palestiniens. Alors, que voulez-vous que nous pensions ?

Avant même que l’armée israélienne n’annonce qu’elle en tirerait les leçons, je me demandais s’il s’agissait d’un soldat agissant de sa propre initiative, si un commandant avait donné l’ordre, ou si c’était un climat général qui laissait entendre qu’il était acceptable de numéroter les détenus palestiniens sur le front. Sont-ils conscients des associations que cela évoque ? Veulent-ils que nous voyions les photos et que nous comparions ? Ou sont-ils peut-être tellement imbus de leur sentiment de puissance que personne ne prend même le temps de réfléchir à l’image que cela renvoie ? Et qu’est-ce qui est pire : faire une telle chose en toute conscience, ou la faire sans comprendre le moins du monde ce qu’elle véhicule ?

Parfois, je me dis que nous accordons trop d’importance au débat visant à déterminer s’il est légitime de faire des comparaisons. Peut-être n’y a-t-il tout simplement pas lieu de comparer. « Eux », dont nous tairons les noms, ne se sont pas mis en scène sur TikTok – qui n’existait pas à l’époque – en train de faire exploser des maisons et de plaisanter sur la destruction. Ils n’ont pas transformé les massacres en émission de divertissement diffusée en prime time. Peut-être sommes-nous obnubilés par la recherche de précédents historiques au lieu de regarder ce qui se passe sous nos yeux.

Peut-être qu’Israël ne s’inspire de personne. Peut-être en est-il déjà à un stade où c’est lui qui inspire. Voici des vidéos de spectacles sur le génocide. Un large public qui, non seulement n’est ni choqué, ni gêné, ni honteux, mais qui applaudit. Des médias qui transforment la faim en blagues racontées lors d’un débat télévisé. Des politiciens qui se livrent à une surenchère dans leurs appels à la vengeance. Des soldats qui documentent tout avec fierté. Une nation entière qui perd peu à peu la capacité d’identifier les limites morales fondamentales, non pas par peur ou par obéissance, mais dans une atmosphère de « hafla », une célébration festive.

 

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