quarta-feira, 11 de março de 2026

Sirât : critique d’un Mad Max techno et dément

Présenté en compétition au Festival de Cannes, dont il est reparti avec le Prix du Jury, Sirât a pris tout le monde par surprise. Avant sa découverte, on savait peu de choses, si ce n’est que le film d’Oliver Laxe (Viendra le feu) prenait place dans le milieu des rave parties au Maroc, tandis qu’un père recherche sa fille disparue au milieu de la foule. S’il n’y a rien de plus grisant que de découvrir à l’aveugle un film qui vous met une claque dans la gueule (ça a été notre cas), les quelques surprises éventées de ce road trip halluciné, qui convoque aussi bien Mad Max que Gerry et Le Salaire de la peur, ne gâchent certainement pas la fête. Faites-nous confiance, et foncez en salles dès ce 10 septembre. 

Écrit par Antoine Desrues

Easy Raver

Sur le papier, Sirât peut inquiéter, tant sa démarche semble se limiter à un agrégat de références prestigieuses. Sa manière de filmer le désert marocain comme une apocalypse remplie de véhicules rappelle indéniablement Mad Max. Le danger du décor et de la conduite en son sein convoque Le Salaire de la peur, tandis que la folie progressive qui s’empare des personnages se nourrit de son remake par William Friedkin, Sorcerer.  

Ajoutez un peu de l’errance existentielle du Gerry de Gus Van Sant, et un peu de Jodorowsky pour l’absurdité, et vous avez là un combo qui avait tout pour sembler indigeste. Par miracle, c’est tout l’inverse, sans doute parce qu’Oliver Laxe cherche moins le mix d’influences que les ruptures et les transitions d’une partition à une autre.


Après tout, le sirât du titre est, selon l’Islam, un pont qui relie l’enfer et le paradis, la dernière passerelle entre deux dimensions, la mort avant la mort. Ce purgatoire, cet entre-deux hypnotique, le film l’installe dès sa magistrale séquence d’introduction, où des suites d’enceintes sont posées avant de pulser de la techno.

Au milieu de la foule dansante, recouverte de poussière et de sueur, il n’y a plus de lendemain, seulement des basses pénétrantes et des percussions violentes. Alors que des projections lumineuses se superposent aux montagnes, on remarque aussi que le grain si caractéristique de l’image semble matérialiser les vibrations de la musique, celles que le corps ressent de manière purement viscérale. 

Mais peut-on vraiment s’abandonner et tout oublier ? Oliver Laxe semble d’abord répondre par l’affirmative en présentant certains de ses personnages, une bande de freaks – majoritairement incarnés par des acteurs non professionnels – dont certains des membres sont estropiés. Alors qu’ils ont laissé une partie de soi derrière eux, Luis (Sergi Lopez) débarque avec son fils Esteban dans cette rave party au milieu de nulle part, à la recherche de sa fille disparue. Eux aussi ont perdu une partie d’eux, qu’ils essaient de retrouver en partageant sa photo.

Pas de nitro, mais de la techno

Beyond Technodome

Dans ce bout du monde hors du temps, il y a encore une connexion au réel et à la famille, qui ne va cesser de rattraper cette mauvaise troupe. Des soldats viennent pour clôturer les festivités, et Luis décide de suivre ses nouveaux copains teufeurs, à la recherche d’une autre soirée où pourrait se trouver sa progéniture.  

A partir de là, on comprend bien que ce point de départ ne sera qu’un prétexte, délaissé au fur et à mesure de cette aventure aux confins du psychédélique et de l’onirisme. Une fois que la voiture de Luis – pas vraiment adaptée à ce genre de voyage – réussit à traverser une rivière comme on passe sur le Styx, Sirât navigue à vue dans un road trip bourré de surprises. Il serait criminel de spoiler les tenants et aboutissants de l’intrigue, mais disons juste qu’on n’avait pas vu une projection presse cannoise réagir de la sorte depuis longtemps. En faisant de ce Maroc hostile et solitaire un vide dans lequel chacun projette ses craintes, Sirât ne peut pas s’empêcher d’être hanté par la mort.


Les radios des personnages diffusent des informations autour d’une guerre. Les pays concernés ne sont pas précisés, mais le progrès du conflit laisse sous-entendre l’arrivée d’une Troisième Guerre mondiale. Alors que le monde de la fête ne cherche qu’à fuir l’horreur du réel et la peur de notre autodestruction (guerrière comme écologique), Oliver Laxe réinjecte du macabre à la manière d’un naturel chassé qui revient au galop.  

Cela donne à son étonnante proposition un humour noir souvent malicieux, mais aussi un sens du suspense (trop ?) cruel. Tout s’écroule autour de ses protagonistes, mais il reste encore la prégnance du corps, sa sensitivité qu’il faut savoir écouter. Il y a dans Sirât ce bouillonnement de l’époque, les angoisses et le besoin de lâcher-prise qui les accompagnent, synthétisés de manière à la fois concrète et abstraite par son absurdité progressive. On peut choisir de fermer les yeux et de se préserver de l’enfer… jusqu’à ce qu’il nous rattrape.



Résumé

Sirât est à la fois euphorisant et déprimant, captant par les images sublimes de son road trip désertique une fuite en avant rattrapée par la mort. L’une des très belles surprises de 2025.

[Images: Pyramide Distribution - source : www.ecranlarge.com ]







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