Présenté en compétition au Festival de Cannes, dont il est reparti avec le Prix du Jury, Sirât a pris tout le monde par surprise. Avant sa découverte, on savait peu de choses, si ce n’est que le film d’Oliver Laxe (Viendra le feu) prenait place dans le milieu des rave parties au Maroc, tandis qu’un père recherche sa fille disparue au milieu de la foule. S’il n’y a rien de plus grisant que de découvrir à l’aveugle un film qui vous met une claque dans la gueule (ça a été notre cas), les quelques surprises éventées de ce road trip halluciné, qui convoque aussi bien Mad Max que Gerry et Le Salaire de la peur, ne gâchent certainement pas la fête. Faites-nous confiance, et foncez en salles dès ce 10 septembre.
Écrit par Antoine Desrues
Easy Raver
Sur le papier, Sirât peut inquiéter, tant sa démarche semble se limiter à un agrégat de références prestigieuses. Sa manière de filmer le désert marocain comme une apocalypse remplie de véhicules rappelle indéniablement Mad Max. Le danger du décor et de la conduite en son sein convoque Le Salaire de la peur, tandis que la folie progressive qui s’empare des personnages se nourrit de son remake par William Friedkin, Sorcerer.
Ajoutez un peu de l’errance existentielle du Gerry de Gus Van Sant, et un peu de Jodorowsky pour l’absurdité, et vous avez là un combo qui avait tout pour sembler indigeste. Par miracle, c’est tout l’inverse, sans doute parce qu’Oliver Laxe cherche moins le mix d’influences que les ruptures et les transitions d’une partition à une autre.
Après tout, le sirât du titre est, selon l’Islam, un pont qui relie l’enfer et le paradis, la dernière passerelle entre deux dimensions, la mort avant la mort. Ce purgatoire, cet entre-deux hypnotique, le film l’installe dès sa magistrale séquence d’introduction, où des suites d’enceintes sont posées avant de pulser de la techno.
Au milieu de la foule dansante, recouverte de poussière et de sueur, il n’y a plus de lendemain, seulement des basses pénétrantes et des percussions violentes. Alors que des projections lumineuses se superposent aux montagnes, on remarque aussi que le grain si caractéristique de l’image semble matérialiser les vibrations de la musique, celles que le corps ressent de manière purement viscérale.
Mais peut-on vraiment s’abandonner et tout oublier ? Oliver Laxe semble d’abord répondre par l’affirmative en présentant certains de ses personnages, une bande de freaks – majoritairement incarnés par des acteurs non professionnels – dont certains des membres sont estropiés. Alors qu’ils ont laissé une partie de soi derrière eux, Luis (Sergi Lopez) débarque avec son fils Esteban dans cette rave party au milieu de nulle part, à la recherche de sa fille disparue. Eux aussi ont perdu une partie d’eux, qu’ils essaient de retrouver en partageant sa photo.



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