sábado, 3 de janeiro de 2026

« Jeunes mères », film de Jean-Luc & Pierre Dardenne (2025)

On aime bien les frères Dardenne, même si, après les merveilles que furent Rosetta et L'enfant, on pensait que les gars prendraient le temps de tenter d'autres trucs au niveau de leur approche cinématographique. Après avoir fait l'impasse, je me rends compte aujourd'hui, sur leur trois derniers films (Gols, lui, fut au rendez-vous... sans pour autant me donner l'envie de faire une séance de rattrapage), j'ai pris mon courage à deux mains et me suis attaqué à ce Jeunes mères, malgré une affiche aussi fantasmagorique qu'une pub pour les couches. Le premier constat est le suivant : les Dardenne, semble-t-il, ont une véritable passion pour filmer des jeunes femmes (ici très jeunes, trop jeunes) poussant poussette avec diligence et obstination ; il transparaît, dans ces images de landau à roulette, comme une volonté d'avancer coûte que coûte, de rouler jeunesse, un peu comme un requin pour qui tout repos est impossible... Cela fait sourire, forcément, puisqu'on repense automatiquement à L'enfant. Autre constat, plus morose celui-là : les Dardenne filment encore et toujours comme les Dardenne et ils t'emmerdent puisque de toute façon ils auront encore cette année un prix à Cannes, quel qu'il soit - ils doivent presque tous les avoir eus, certains même en double (ils ne sont certes pas dans mes favoris... mais sait-on jamais...). Mais venons-en au fait et à ces quatre ou cinq jeunes femmes, ces quatre ou cinq filles-mères comme on disait de mon temps et celui d'avant, ces quatre ou cinq bébés qui n'ont pas fini de pousser des cris de surprise et de dépit. Les Dardenne éclatent pour l'occasion leur récit, décidant de nous faire suivre plusieurs trajectoires : il y a celles qui furent déjà abandonnées par leur mère, souvent alcoolique (une tendance, apparemment, en Belgique, c'est sûrement ça aussi l'égalité des sexes) : l'une veut confier le gamin à une famille "solide et riche" ("Dada" et "Mimi"... le cauchemar... et mon grand éclat de rire du film qui ne s'y prête guère pourtant...), l'autre, déjà lourdée, semble vouloir quand même s'y accrocher en pouvant compter éventuellement sur sa grande sœur ; et une troisième... qui aimerait juste pouvoir renouer avec sa mère... ; il y a également celle qui se drogua et qui a bien du mal (malgré un jeune père encore bien présent, lui, enfin) à décrocher ; il y a enfin celle, très courte apparition, qui après avoir été recueillie par ce centre pour très jeunes filles enceintes souhaite voler de ses propres ailes... Des récits, socialement, pas d'une gaieté folle, non, mais des destins, des histoires d'abandon, que les Dardenne, on les connaît, ne souhaitent pas forcément vouloir projeter violemment dans le mur avec poussette et gamin ; il y a toujours chez eux une dernière petite lueur d'optimisme qui peut finir par l'emporter... 

Du fait, indéniablement, d'avoir cherché à multiplier les pistes, les "cas" d'étude, on perd en tension, en dramaturgie, ce qui faisait à mes yeux tout le sel, toute la force, justement, de Rosetta ou de L'enfant. Ces différentes histoires sont bien menées, bien écrites, souvent même bien jouées (même si le chtit coup de colère de l'une des mères face à sa sœur m'a semblé un peu surjoué... mais passons, on pinaille), on sent forcément, ici ou là, poindre une émotion dans ces regards perdus, dans ces marches en avant forcées, dans ces réconciliations impossibles, dans cette résilience en herbe, dans ces petits instants d'espoir (ouais, putain, on a l'appart avec vue sur la Meuse ! Trop génial !) ; mais avouons aussi tout de même qu'on est très loin de l'électrochoc de certains films passés des Dardenne. Trop copié, sûrement, leur cinéma a quelque peu perdu en intensité et en surprise. On suit ces jeunes mères avec toujours une certaine empathie, appréciant indubitablement ce jeu de la caméra qui cerne de toutes parts nos jeunes femmes en détresse, mais on quitte la salle sans cette dose de révélation, sans ce coup de barre qui nous mit à genoux lors des deux films précités. Trop tendre et déjà vu.  (Shang - 24/05/25)

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Toujours les mêmes et toujours un peu différents, quand même, les brothers. On ne peut que saluer cette tentative nouvelle de film choral : on ne colle plus aux basques d'un seul personnage, mais de plusieurs, ce qui change un peu. Malheureusement, c'est vrai, ça s'avère être une mauvaise idée : la force des Dardenne se dilue dans ces destins multiples, surtout que le montage très académique qui distribue équitablement les premiers rôles à toutes ces jeunes filles est trop sage pour laisser leur force s'épanouir. Il y avait dans leurs grands films une façon de nous envelopper dans un rythme, dans une spirale dramatique, qui vous laissait à bout de souffle au bout des 90 minutes ; là, le rythme est à chaque fois coupé par la nécessité de passer à un autre personnage, et on ne cesse d'être frustré par ces petits électro-chocs interrompus. D'autant que, c'est terrible à dire mais le fait est, le film tombe dans deux écueils qu'ils avaient toujours (plus ou moins) évité jusque là. D'abord une certaine mièvrerie, ou du moins du bon sentiments, qui agace : ils ont beau filmer sous toutes les coutures des bambins trop mignons et des gamines tourmentées, on n'adhère pas à ces petits destins pathétiques, surement parce que tout ça joue sur une bienveillance qui frôle la mignonnerie. Il est vrai que le thème de la maternité et des origines m'intéresse à peu près autant que les résultat de la Ligue 1, et qu'il est possible que le film m'ait désintéressé à cause de ça ; mais tout de même : j'avais plus envie de mettre des petites calottes à ces jeunes mamans que de compatir à leurs malheurs, alors que le film cherche de toute évidence l'empathie du public, touchant même à l'optimisme béat dans les dernières scènes (les fameuses conclusions des films dardenniens, toujours un peu optimistes). Deuxième défaut du film, qui marque une première chez eux : les actrices sont mauvaises. Livrées à elles-mêmes faute de scénario vraiment précis (le prix à Cannes est aberrant), elles déploient un jeu au mieux maladroit (l'ancienne droguée, celle qui se révolte contre sa mère immature) au pire franchement pénible : la scène d'engueulade avec la sœur est effectivement un sommet, mais on peut parler aussi de cette gamine qui accouche dans la voiture en appelant sa mère : impossible à jouer à moins d'être une très grande actrice, la scène est ridicule. N'a pas la grâce innée de Dequenne ou de Rénier qui veut : le casting de Jeunes mères est raté.

Beaucoup de mal à dire, donc, on le voit, de ce film pas passionnant, maladroit et mal joué. Mais il faut reconnaitre aussi que ça et là, souvent sur des minuscules détails, une ligne de dialogue, une posture de corps, une petite situation, les Dardenne retrouvent une forme de grâce. Ils savent comme personne décocher une flèche discrète mais puissante qui vous va droit au cœur et vous tord le ventre. Toujours sentimentaux, mais avec une pudeur extraordinaire, les frères savent vous fusiller en deux secondes, même au sein d'une scène ratée. C'est une question de distance de la caméra, de sobriété dans le filmage ou dans les choix (l'absence de musique, le réalisme de certaines situations), d'acteur qui subitement touche à quelque chose de superjuste, de pas grand-chose finalement. Rien que pour ces (trop rares) moments, on regardera ce film raté avec bienveillance, et on trouvera en sous-couche une force inentamée chez ces cinéastes éternels.  (Gols - 06/06/25)

Posté par Shangols 

[Source : shangols.canalblog.com]

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