sábado, 28 de dezembro de 2024

La ballade de Werner Herzog

Grâce à des livres comme Conquête de l’inutile ou Sur le chemin des glaces, et des entretiens, quelques grands moments de la vie, et surtout des tournages, de Werner Herzog nous étaient familiers, et plus particulièrement les rapports pour le moins houleux entretenus durant de longues années avec son ennemi intime, Klaus Kinski. Ses mémoires, qui viennent de paraître en traduction française, ont un peu la forme d’une ballade, celle d’un bon petit soldat, comme se définit lui-même Werner Herzog dans l’avant-propos, une chanson de geste légendaire parsemée d’anecdotes, de digressions historico-scientifiques et de souvenirs familiaux aux allures de contes, qui sont autant d’indices permettant de mieux appréhender la filmographie complexe et luxuriante de ce grand réalisateur. 

Werner Herzog

Écrit par Jean-Yves Bochet

En 2003, Werner Herzog, qui voulait absolument filmer la destruction de la sonde spatiale Galileo, se rendit à Pasadena, au centre de contrôle de la mission où s’étaient réunis tous les scientifiques de la NASA pour assister à la mort de la sonde. Pour ce faire, il escalada le grillage du centre et fut bien sûr rapidement arrêté par les agents de sécurité. Mais, un scientifique l’ayant reconnu, celui-ci prévint le chef de l’agence centrale de la NASA qui donna l’ordre de le relâcher en ajoutant : « Laissez entrer ce fou furieux avec sa caméra. »

Ces mémoires sont ceux d’un fou furieux qui a filmé la folie des hommes dans plus d’une quarantaine de longs métrages. Mais ce ne sont pas les souvenirs d’un cinéaste comme il y en a déjà eu tant, constitués d’anecdotes sur les tournages et de portraits de personnages rencontrés tout au long d’une vie, car Werner Herzog, dans Chacun pour soi et Dieu contre tous, ne livre que très peu et sous  la forme de détails, presque d’indices, de renseignements sur son œuvre de cinéaste. Ce livre est celui d’un écrivain qui se souvient, entre autres choses, d’avoir tourné des films. Il a d’ailleurs déclaré dans un entretien récent qu’il pensait que, lorsque son cinéma serait oublié, sa prose et ses poèmes lui survivraient.

Né en 1942, Werner Herzog passe son enfance dans le petit village des Alpes bavaroises de Sachrang. Avec sa mère et son frère, le père étant prisonnier de guerre avant de divorcer à son retour, il grandit dans les décombres allemands de l’immédiat après-guerre, sans jouets, sans eau courante et souvent sans électricité. Entre le souvenir flou d’une ville voisine, Rosenheim, qui brûle sous les bombardements de la fin de la guerre et la fréquentation de personnages mythiques, des forces de la nature, Hercule rural comme Siegel Hans ou ermite mutique comme Sturm Sepp, il grandit « dans un état d’extrême pauvreté » mais découvre les joies du saut à ski et commence à rêver de pouvoir voler : « pas à bord d’un avion, mais tout simplement avec mon corps, sans dispositif technique ». Ce rêve qui l’amènera à tourner, en 1974, un film sur le champion suisse de saut à ski et sculpteur sur bois Walter Steiner est l’une des interprétations possibles de la dernière phrase de l’exergue de Chacun pour soi et Dieu contre nous, une citation de l’épopée de Gilgamesh : « Où est l’homme qui peut grimper au ciel ? »

Certes, il ne volera pas mais il marchera, souvent et longtemps. En 1974, apprenant que son amie Lotte Eisner, auteure de L’écran démoniaque et cocréatrice de la Cinémathèque française avec Henri Langlois, est peut-être en train de mourir dans un hôpital à Paris, il décide d’aller à son chevet et part à pied de Munich pour un périple qu’il a relaté dans Sur le chemin des glaces. Quelques années plus tard, en 1982, il décide de faire à pied le tour de l’Allemagne, pour manifester son souhait de la réunification. Au bout de mille kilomètres, il tomba malade et il ne reste de ce voyage que quelques fragments retrouvés de son journal qu’il a insérés dans ses mémoires : « L’Allemagne est là, face au lever de soleil, sans avoir été acquittée et contemple avec ses champs éventrés le ciel qui n’a rien à dire. »

 

Werner Herzog | Mémoires. Chacun pour soi et Dieu contre tous. Trad. de l’allemand par Josie Mély. Séguier, 394 p., 24,90 €

 

[Photo : CC BY-SA 2.0/erinc salor/WikiCommons - source : www.en-attendant-nadeau.fr]

Sem comentários:

Enviar um comentário