quarta-feira, 30 de outubro de 2024

« Paris des jours et des nuits », par Patrick Modiano, une anthologie comme un long poème parisien

Le bois de Boulogne, la rue Coustou, la rue de Courcelles... Le Paris de Modiano nous fait toujours rêver même s’il n’existe plus guère...

Patrick Modiano

Écrit par Didier Jacob

Et voici qu’au détour d’un des neuf romans et un essai sur Brassaï qui composent ce merveilleux « Quarto », on se retrouve à Londres, navigant à l’aveugle entre Notting Hill et Piccadilly. Savez-vous quoi ? On en serait presque peiné. Alors qu’on était encore, l’instant d’avant, du côté de ce bon vieux boulevard Haussmann. L’angoisse qui nous saisit soudain, nous, fidèles lecteurs de Patrick Modiano ! L’impression d’avoir perdu nos attaches, nos repères, notre boussole presque.

Plutôt que de se préoccuper de rapatrier « Emily in Paris » en France, est-ce que le président ne devrait pas plutôt téléphoner à Patrick pour lui demander de garder, dans l’intérêt général, ses intrigues dans l’Hexagone ? Nous, ce qu’on veut lire, c’est des phrases comme celle-ci (dans « Quartier perdu ») : « Au début de l’avenue Montaigne, un G7 rouge et noir attendait. » Est-ce qu’on a fait mieux depuis les « Pensées » de Pascal ? Et qu’on ne nous bassine pas avec les taxis londoniens ! Car l’œuvre de Modiano constitue, tous romans mis bout à bout, comme un long poème parisien. Paris intra mais pas seulement, tant la banlieue est, pour Modiano, tout aussi riche en inspiration. Le bois de Boulogne, la rue Coustou de « la Petite Bijou », la rue de Courcelles de « Quartier perdu ». De roman en roman, un suspense s’installe qui n’est pas celui de la narration principale. C’est seulement qu’on se demande où notre Nobel va nous emmener. « ll fait beau, aujourd’hui, porte Dorée », écrit-il dans « Voyage de noces », et on a l’impression qu’il n’y pleuvra plus jamais.

À lire « Paris des jours et des nuits », on ressent tout de même comme un léger pincement. Les rues telles qu’il les peint, les cafés qu’il nous décrit ne nous rappellent-ils pas comme Paris a perdu en charme, en poésie ? Allez vous plaindre, après, si Modiano part à Rome avec Emily !

                                     « Paris des jours et des nuits », par Patrick Modiano, Gallimard Quarto, 1024 p., 27 euros.

[Photo : ROBERT JEAN-FRANCOIS/MODDS - source : www.nouvelobs.com]



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