quarta-feira, 5 de abril de 2023

Vous ne lirez plus jamais ces mots de la même manière

Vous employez régulièrement "méchant", "fourbu", "ahuri" ? Vous allez être surpris de découvrir leur origine…

Écrit par Michel Feltin-Palas

Peut-être, comme moi, vous êtes-vous déjà posé cette question : pourquoi une marque de canapés italienne s’appelle-t-elle Poltronesofà ? Sofa, je veux bien, mais poltrone ? Quel rapport entre un divan et "une personne qui manque de courage physique" ? Il m’a fallu plonger dans un manuel d’étymologie italienne pour le comprendre. Chez nos amis transalpins, poltrone a en effet deux sens. Comme chez nous, il signifie "vil, peureux" (de poltro, poulain non dompté). Mais sa deuxième signification nous est totalement inconnue puisqu’elle correspond à "oisif, paresseux". Et c’est elle qui explique son rapport avec l’envie irrésistible de se prélasser dans un confortable canapé.

Cette trouvaille m’a donné l’idée de me pencher sur l’origine d’un certain nombre de mots liés à nos attitudes et à nos comportements. Et j’y ai déniché d’autres surprises, que voici:

Ahuri. Ce terme a deux acceptions, aussi peu flatteuses l’une que l’autre : "sans réaction, interdit, stupéfait" et "qui paraît stupide". Sans doute parce qu’au départ, il signifiait "qui a une chevelure hérissée" et que, dans l’imaginaire collectif, nos cheveux se dressent sur la tête quand on est effrayé. Dérivé de hure ("tête d’animal"), il avait au XIIIe siècle un sens plus fort encore : "tête hirsute d’une bête féroce". C’est pourquoi les Iroquois d’Amérique, dont la coiffure était hérissée, ont été appelés "Hurons" par les Européens.

Couard est à rapprocher du latin cauda, la queue. Pourquoi ? Tout simplement parce que sa signification originelle est "fuir en montrant sa queue".

Étourdi. Restons dans le règne animal avec étourdi, issu directement du latin turdus, la grive. Le rapport ? En latin populaire, le verbe exturdire, lointain ancêtre de notre étourdir, signifiait "agir follement, avoir le cerveau étourdi comme une grive ivre de raisins".

Fourbu. Voilà un adjectif qui a lui aussi un lien direct avec la boisson. Fourbu correspond en effet au participe passé d’un verbe aujourd’hui disparu, forboire, autrement dit "boire avec excès", "être fatigué à force de trop boire". Il a fini par faire référence uniquement à la notion d’épuisement.

Méchant. Avant de désigner un individu qui "cherche à nuire ou à causer du désagrément", "méchant" correspondait au participe présent du verbe mescheoirs, où l’on reconnaît notre verbe "choir". En ancien français, mescheant signifiait donc "qui tombe mal" et avait un peu le sens de "malheureux". Par la suite, il a pris celui de "faire tomber un mauvais sort sur son prochain" avant de devenir synonyme de "brutal", "malfaisant" et "cruel".

Niais. Si cet adjectif désigne aujourd’hui une personne naïve et un peu sotte, il évoquait jadis le faucon à peine sorti du nid, qu’il fallait donc dé-niaiser. Dans le même registre, on peut également citer leurrer. À l’origine, le verbe avait une définition restrictive : faire revenir le faucon sur le poing au moyen d’un leurre (c’est-à-dire un morceau de cuir garni de plumes, en forme d’oiseau). C’est au XVe siècle qu’il prendra le sens figuré d’"attirer".

Outrecuidant est dérivé d'outre – jusqu’ici, je ne vous apprends rien – et du verbe latin cogitare – là, en revanche, vous devez être moins nombreux à faire les malins. Ce dernier a évolué pour donner en ancien français cuidier, au sens de "penser", mais aussi d’"imaginer" et de "croire à tort". C’est cette acception que nous avons conservée dans outrecuidant, participe présent de l’ancien outrecuidier, autrement dit "se croire supérieur à ce que l’on est." Une leçon d’humilité qui vaut pour toutes les époques.

Sources
Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert
Dictionnaire de l’Académie française
Mille ans de langue française, par Alain Rey, Frédéric Duval et Gilles Siouffi
- De la Tour de Babel aux tournures du français, par Michel de Grave (pas de site internet)

 

 

[Publié sur www.lexpress.fr]

Sem comentários:

Enviar um comentário