Treize albums, treize Victoires de la musique… Des longues années de galère, au succès populaire, portrait intime d’un chanteur pétri de failles, d’interrogations et de doutes.
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Écrit par Sylvain Siclier
Sur une piste de cirque, Alain Bashung (1947-2009), guitare en bandoulière, dos à dos avec une jeune femme, elle aussi avec une guitare. Un cheval tourne autour d’eux. Quelques images du vidéoclip d’Osez Joséphine, en 1991, l’une de ses chansons les plus connues, pour débuter Osez Bashung ! documentaire réalisé par Thierry Gautier et Sylvain Leduc et conçu par Didier Varrod.
« Bashung aux treize albums studio et aux treize Victoires de la musique », comme nous le présente Varrod, est ici montré, au-delà de son statut de personnalité importante de la chanson française, dans ses failles, ses interrogations, ses doutes – « j’ai très peur du bonheur béat, je sais pas ce que c’est et je suis pas fait pour ça, peut-être » –, ses joies aussi.
« Il voyageait en lui, toujours… il réfléchissait tout le temps », rappelle la musicienne Edith Fambuena, qui a collaboré avec Alain Bashung, notamment pour l’album Fantaisie militaire (1998). « Il avait une aura », ajoute le parolier Jean Fauque, ami de longue date, depuis le début des années 1970. D’autres témoignages, de son épouse Chloé Mons, du guitariste Yan Péchin, viennent en regard de nombreux extraits d’émissions télévisées, d’entretiens où Bashung apparaît souvent timide.
« La dernière chance »
Ce sont ces images et souvenirs des premiers temps, avant la reconnaissance par Gaby Oh Gaby, en 1980, après une quinzaine d’années à galérer – son premier 45-tours remonte à 1966 –, qui sont les plus intéressantes. On revient sur son enfance, quand, dans un café, il parle de sa grand-mère, des copains en Alsace où il passe sa jeunesse, avant un extrait d’Elsass Blues (1979), sorte de biographie. « Un peu trouble, pas très équilibré tout ça », confie Bashung pour évoquer le moment où il apprend que son père n’est pas celui qui l’a élevé.
À ses débuts, qui vont durer, des directeurs artistiques essaient de le façonner selon les modes du moment. En vain. « J’étais ce qu’on appelle un loser professionnel. Je me suis fichu dans des trucs de drogue, plus ou moins dures. (…) Et un jour je me suis dit, j’peux pas descendre plus bas (…), ça veut dire que j’peux peut-être remonter. » La rencontre avec le parolier Boris Bergman sera décisive, même si leur premier album ensemble, en 1977, reste confidentiel. Le suivant, Roulette russe, en 1979, suscite un vague intérêt. Le 45-tours Gaby Oh Gaby, est « la dernière chance », dit Didier Varrod.
En 1981, c’est Vertige de l’amour. Varrod affirme qu’avec l’essor de Bashung, « le rock français existe enfin ». Oubliant au passage Bijou, Téléphone, Trust ou Starshooter… pour ne s’en tenir qu’à la fin des années 1970. Bashung évolue ensuite un pas en avant, pour savourer le succès, un en arrière pour s’en inquiéter, éviter la redite. Virage new wave avec Play blessures (1982), à l’accueil plutôt réservé, Figure imposée (1983), guère mieux.
En 1991, avec Osez Joséphine, la chanson et l’album qui contient aussi les chansons Volutes et Madame rêve, c’est l’équilibre entre l’ambition artistique et le lien avec le grand public, comme pour Chatterton, en 1994 puis Fantaisie militaire en 1998 avec La nuit je mens. « Une décennie merveilleuse », s’enthousiasme, à raison, Jean Fauque.
Osez Bashung !, de Thierry Gautier, Sylvain Leduc et Didier Varrod (Fr., 2021, 52 min). Sur France.tv jusqu’au 12 octobre 2021.
[Photo : PASCAL J. LE SEGRETAIN/SYGMA VIA GETTY IMAGES - source : www.lemonde.fr]

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