Radio Praha rapporte que les éditions Atlantis, seule maison à disposer des droits de publication des œuvres de Milan Kundera en République tchèque, ont récemment publié le cinquième volume d'essais choisis et traduits en tchèque par l'auteur. Un geste que certains critiques tchèques considèrent avec agacement, rappelant qu'une fois de plus, le dernier roman de l'auteur, La fête de l'insignifiance, n'est lui, même pas traduit dans sa langue natale.
Intitulé Slova, pojmy situace (Mots, concepts situations), le livre rassemble différents textes déjà parus en France. On y retrouve ainsi le sixième chapitre de l'Art du roman publié en 1986 aux éditions Gallimard, la traduction d'un chapitre provenant de l'essai Le rideau, publié en France en 2005, et quelques textes issus de l'ouvrage Une rencontre.
D'après Radio Praha, la publication rouvre la question délicate de « la relation de Milan Kundera à son pays natal ». En effet, celui-ci apprécierait mal le fait que le dernier signe de l'auteur à la République tchèque date de la parution de l'Immortalité, en 1990... Plus aucun roman n'est depuis paru en tchèque - et n'a pas non plus été traduit.
Interrogé par la radio, Tomáš Sedláček, économiste et homme de lettres ami de l'écrivain, explique le rapport complexe que Milan Kundera semble entretenir avec son pays natal.
« Quel regard porte-t-il sur sa patrie ? Sa perception de la Tchéquie passe à travers le prisme des critiques tchèques de son œuvre. C'est une chose qui l'intéresse particulièrement, et je pense que nous devrions admettre que ces critiques ne sont pas toujours motivées par des prismes uniquement littéraires. On peut dire que son rapport à sa patrie est une sorte d'amour dépité. »
Le premier roman écrit par Kundera directement en français avait été La Lenteur, publié en 1995 chez Gallimard. Depuis, quatre romans, dont La fête de l'insignifiance paru l'an dernier, se sont succédé. Nombreux seraient les critiques tchèques qui considéreraient donc comme un snobisme le refus de l'écrivain d'être traduit dans sa propre langue maternelle. La raison de ce refus peut en effet paraître mystérieuse ; pour autant, selon Tomáš Sedláček, elle est évidente :
« Kundera a commencé à écrire ses romans en français en 1995. Avant cette date, il écrivait déjà en français, mais uniquement des essais. Il enseignait dans des universités françaises, d'abord à Rennes, puis à Paris, donc, l'emploi du français s'imposait en quelque sorte. Les romans, c'est autre chose. J'avais discuté avec lui une fois à ce sujet, et il m'a dit qu'il était impensable que lui, Kundera, se fasse traduire sa prose dans sa langue maternelle par quelqu'un d'autre. Ce serait une vanité qui nuirait à tout le monde. »
Il existe donc une justification - mais on comprend aisément la frustration du public tchèque. Si celui-ci reconnaît que « [g]râce à Kundera le monde sait que nous ne nous mouchons pas dans la nappe », (Jiří Peňás, Lidové noviny, 1er avril 2014), le fait que ses romans soient traduits dans de nombreuses langues excepté le tchèque vexe.
[Photo : Elisat Cabot, CC BY-SA 2.0 - source : www.actualitte.com]

Sem comentários:
Enviar um comentário