terça-feira, 22 de outubro de 2019

Emouvantes, kitsch et homo-érotiques : les nouvelles inédites de Marcel Proust

Marcel Proust, vers 1900 (MARY EVANS/SIPA / MARY EVANS/SIPA)
Marcel Proust, vers 1900 (MARY EVANS/SIPA / MARY EVANS/SIPA)
Marcel Proust, vers 1900 (MARY EVANS/SIPA / MARY EVANS/SIPA)
Recueil de neuf nouvelles inédites, « le Mystérieux correspondant » offre une plongée passionnante dans l’atelier d’un grand écrivain en devenir.
 
 Marcel Proust, vers 1900 
 
 
 Écrit par Elisabeth Philippe

Voici un recueil d’inédits dont l’éditeur a le bon goût de ne pas le faire passer pour ce qu’il n’est pas : un chef-d’œuvre inconnu ou un trésor miraculeusement exhumé d’un carton oublié. Non, contrairement au récent roman posthume de Françoise Sagan (écrivaine qui avait emprunté son pseudonyme à un personnage de « la Recherche »), resurgi d’on ne sait trop où et annoncé en fanfare pour finalement faire pschitt, ces nouvelles de Proust, issues des archives de Bernard de Fallois, éditeur et proustien éclairé, se donnent pour ce qu’elles sont : neuf textes de jeunesse, composés quand Marcel avait une vingtaine d’années, souvent inachevés et parfois maladroits.
 
 
Mais, ainsi que le souligne avec beaucoup de finesse et de rigueur l’appareil critique établi par l’universitaire Luc Fraisse, ces esquisses sont précieuses en ce qu’elles affinent le portrait du Proust d’avant « la Recherche », de Proust avant Proust. Les lecteurs pouvaient déjà s’en faire une idée à travers « Jean Santeuil », premier roman retrouvé et assemblé par Bernard de Fallois, ou encore grâce aux nouvelles contenues dans « les Plaisirs et les Jours » (1896). Celles du « Mystérieux correspondant » ont été écrites à la même période, dans les années 1890, et certaines figuraient initialement au sommaire des « Plaisirs et les Jours ». Pourquoi l’auteur débutant a-t-il finalement décidé de les en retirer ? Voici l’hypothèse de Fraisse :
« (…) Si son jeune auteur avait inclus tous les textes que nous reproduisons ici dans leur forme achevée qui n’a pas été réalisée, la mise en scène de l’homosexualité aurait constitué de proche en proche le sujet capital de l’œuvre. Proust ne l’a pas souhaité sans doute en raison des révélations que cela aurait constitué sur lui-même. »
 
D’homosexualité, vue sous le prisme du secret et de la malédiction, il est en effet beaucoup question. De façon implicite ou explicite, comme dans « Aux Enfers », où Samson, Caylus et Ernest Renan devisent des « jeux de garçons ». Mais l’homosexualité féminine est également abordée. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, Christiane, mourante, envoie des lettres d’amour anonymes à son amie Françoise. Dans un premier temps, celle-ci s’imagine que l’expéditeur est un bel officier.
[Photo : MARY EVANS/SIPA / MARY EVANS/SIPA - source : www.nouvelobs.com]

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