sexta-feira, 21 de junho de 2019

« ROLLING THUNDER REVUE », film de Martin Scorsese

Vrai et usage de faux


Écrit par Corentin Lê

De Bob Dylan, Martin Scorsese a déjà dit beaucoup dans No Direction Home, fresque documentaire de plus de trois heures qui retrace l’ascension du songwriter de sa jeunesse à son accident de moto en 1966. Second acte également composé d’images d’archives et de témoignages passés ou contemporains, Rolling Thunder Revue retrouve l’icône folk neuf ans plus tard, au début de la tournée du même nom à l’automne 1975. De ce prolongement naît une première impasse lorsque Dylan avoue ne rien se souvenir de cette tournée qui était, selon lui, « about nothing ». 
Impasse récurrente chez Scorsese, dont les figures de sa filmographie récente, qu’elles soient historiques, inspirées de personnes réelles ou purement fictionnelles, finissent toujours par buter sur une image – souvent la leur. C’est l’image-souvenir que Teddy Daniels tente d’oublier dans Shutter Island, l’image du Christ douloureusement piétinée par le prêtre de Silence ou la publicité dans laquelle Jordan Belfort finit par se faire arrêter dans Le Loup de Wall Street. Comme eux, Dylan bute à son tour sur les images déterrées – dont celles qu’il a lui-même tournées –, pour ce documentaire qui prend autant la forme d’un assemblage de souvenirs épars que d’une reconstitution fantasmée et délibérément mensongère d’un épisode-clef de sa vie. 
C’est que dans Rolling Thunder Revue, les images d’archives sont immédiatement détournées par plusieurs faux témoignages qui se mêlent à ceux de protagonistes ayant réellement participé à cette tournée américaine, sans que l’hétérogénéité de leur cohabitation ne soit clarifiée. Martin Von Haselberg incarne par exemple un cinéaste fictif nommé Stefan Von Dorp, qui prétend être l’auteur d’un film sur le chanteur dont les images proviennent en réalité du docu-fiction Renaldo and Clara, réalisé par Dylan en 1975. Plus tard, Sharon Stone dit avoir croisé la route de Dylan, photos d’archives à l’appui, mais il n’en est rien (celles-ci ont été retouchées numériquement). Même constat pour le promoteur fictif de la tournée campé par James Gianopulos (qui n’était qu’un étudiant à l’époque) ou pour l’Indien qui croise la route du chanteur dans la seconde partie du film (celui-ci l’a bien rencontré, mais à un tout autre moment). En guise d’avertissement, un extrait d’Escamotage d’une femme au théâtre Robert-Houdin de Georges Méliès annonçait la couleur en ouvrant le film : tout est possible à l’aide d’une coupe, d’un effet ou d’un bon storytelling – une femme disparaît pour mieux réapparaître chez Méliès, tandis qu’un mensonge semble véridique chez Scorsese.

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