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Le chef kayapo, qui parcourt l'Europe jusqu'à la fin du
mois de mai pour éveiller les consciences et dénoncer les abus commis dans la
forêt amazonienne, rencontre ce jeudi Emmanuel Macron.
Écrit par Dani Legras
«Je parle d'un
temps où la nuit n'existait pas. Cette absence nous contrariait. Lors d'une
journée de chasse, nous avons croisé Niberuã, un sage qui vivait la plupart
du temps dans les ciels. Il nous a raconté que ses parents possédaient la
nuit: ils jouaient avec elle juste avant de dormir.
Nous avons
alors demandé à Niberuã un morceau d'obscurité. Après avoir discuté avec les
siens, il nous a offert une gourde avec quelques bribes nocturnes. Il nous a
conseillé de s'en servir seulement quand on serait fatigués. Mais sur le
chemin du retour, un indien très curieux a ouvert la gourde et la nuit s'est
échappée et s'est répandue partout dans le monde…»
Enfant au
Brésil, j'étais entourée par des personnages issus du folklore indigène:
Iara, Curupira, Saci-Pererê, Boitatá.Cette
légende kayapo qui
raconte le surgissement de la nuit m'a toujours enchantée. Peut-être parce
que l'idée de partir avec la nuit dans une gourde me paraît, encore
aujourd'hui, assez poétique; peut-être parce que j'adorais prononcer ce mot
excentrique: «kayapo».
Quelques années plus tard, j'ai découvert l'existence
d'un autre personnage, cette fois bien réel: le cacique Raoni,
chef du peuple kayapo, défenseur infatigable de l'Amazonie et de son
incroyable biodiversité. Selon l'Arpa,
Programme des zones protégées de l'Amazonie, ce
trésor écologique abrite au moins 40.000 espèces de plantes,
3.000 poissons d'eau douce, près de 1.300 oiseaux, 427 mammifères, 427
amphibiens et 378 reptiles. L'importance de l'Amazonie (personne ne peut
l'ignorer), est vitale pour le fonctionnement de l'ensemble de la planète.
Raoni apparaît dans les
radars du monde entier (il avait déjà fait l'objet d'un documentaire réalisé
en 1978, Raoni,
nommé aux Oscars l'année suivante) grâce à cette tournée, très médiatisée,
entamée en 1989. Aux
côtés du chanteur Sting, ils arpenteront ensemble dix-sept pays.
Le duo rencontre plusieurs leaders politiques occidentaux jusqu'à l'empereur
du Japon. L'objectif du périple: récolter des fonds pour la cause indigène et
éveiller les consciences sur la déforestation. L'engouement provoqué par ce
voyage provoquera la démarcation par décret présidentiel en 1993 du parc
national du Xingu, la plus grande réserve de forêts tropicales du
monde, foyer de plusieurs communautés autochtones.
Nom: Metuktire / Prénom: Raoni / Âge: méconnu
Né à Krajmopyjakare, village
qui se situe au cœur de l'État du Mato Grosso dans le sud de l'Amazonie,
Raoni Metuktire est devenu au fil des années la
figure incontournable de la lutte pour la préservation amazonienne.
Ce territoire, convoité et défloré depuis des années par l'agrobusiness et
l'industrie minière, est encore plus
fragilisé après l'arrivée au pouvoir du président Jair
Bolsonaro.
Le vieux guerrier (Raoni
aurait autour de 90 ans) a démarré lundi 13 mai sa neuvième
tournée en Europe, qui durera jusqu'au 31 mai. Le but reste le
même: éveiller les consciences, dénoncer les abus commis dans la forêt et les
violences subies par le peuple indien, et collecter des fonds pour la
protection de la réserve de Xingu. Le chef kayapo qui a rencontré par le
passé François
Mitterrand, Jacques
Chirac, Nicolas
Sarkozy et François
Hollande, est accueilli
ce jeudi 16 mai à l'Élysée.
Quand je pense à sa
démarche, elle me paraît d'une candeur sans borne et d'une urgence absolue.
Le vieux guerrier –qui depuis l'âge de 15 ans se dit prêt à mourir pour sa
terre (c'est la raison du plateau labial que les Kayapos portent), m'émeut
profondément, tout comme les ados qui font la grève pour le climat.
Braver l'indifférence des
uns, la panique des autres, les attaques des climatosceptiques, l'immobilisme
de la majorité: voilà pourquoi c'est si touchant de les voir manches
retroussées et mains dans le cambouis, alors que l'engagement devrait être
global.
Jupiter et sa parure de plumes
Interrogé par un confrère du
journal Le Parisien-Aujourd'hui en France sur sa rencontre avec Emmanuel
Macron, le cacique explique qu'il va demander au président français de l'aide
financière et qu'en échange, il
lui offrira une parure de plumes bleues qu'il a confectionnée
de ses propres mains et un t-shirt avec sa photo. J'ai du mal à imaginer le
président Macron porter un t-shirt à l'effigie d'un Indien brésilien, mais
l'idée me fait sourire.
Quant au président d'extrême
droite Jair Bolsonaro, il
s'interroge –avec sa truculence habituelle: «Pourquoi maintenir les Indiens reclus dans des
réserves, comme des animaux dans un zoo?» N'oublions pas que, dès le
premier jour de son arrivée au pouvoir, il s'est attaqué à la Fondation
nationale de l'Indien (Funai), qui garantit le droit à la
terre des peuples indigènes du Brésil. Comment oublier la phrase
prononcée par le candidat Bolsonaro durant la campagne
électorale: «Les minorités devront
s'adapter à la majorité… ou simplement disparaître»?
En avril, le chef d'État
brésilien a annoncé une
réduction de plus de 42% des investissements dans la
recherche prévue par le ministère des Sciences et Technologies. Inutile de
dire que les conséquences pour la planète de ces coupes budgétaires
pourraient s'avérer très graves.
Pour ma part, j'ai rencontré le chef
indien il y a fort longtemps, quand j'étais encore une jeune étudiante en
journalisme. Ce fut une rencontre trop brève et assez frustrante: Raoni s'est
adressé à moi dans sa langue kayapo, le «jê», qu'hélas je ne
maîtrise pas. Il semblait pressé, moi pas vraiment. J'avais un vieil appareil
photo analogique qui n'a pas fonctionné. Je me suis souvenue du conte kayapo
et ai essayé d'établir un contact: «Niberuã, Niberuã», il ne m'a
pas comprise. On s'est dit au revoir sans que je puisse le féliciter pour son
engagement, embarrassée. Au fond de moi, j'aurais adoré être invitée dans son
village, Piaruçu, histoire d'apprendre encore un ou deux contes kayapos.
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Isac Nunes da Luz Cordeiro *** Tradutor Público e Intérprete do Comércio *** Idiomas: francês, espanhol, catalão e galego *** Matriculado na Junta Comercial do Estado do Paraná *** Curitiba *** República Federativa do Brasil
segunda-feira, 20 de maio de 2019
Raoni, l'infatigable militant du peuple kayapo fait (encore) de la résistance
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