À 79 ans, l’écrivain Amos Oz vient de disparaître. Le monde des lettres d’Israël peut pleurer, mais c’est toute la planète qui regrettera ce grand auteur. Né à Jérusalem le 4 mai 1939, il devint enseignant à l’université, et prit régulièrement position, politiquement, dans les situations les plus complexes.
Écrit par Nicolas Gary
Poète, romancier et essayiste, il est l’un des partisans les plus actifs, depuis plus de cinquante ans, en faveur d’une résolution du conflit israélo-arabe, par l’avènement de deux États. Ses œuvres furent traduites en plus de quarante langues – essais, livres pour enfants, romans, etc.
C’est sa fille, l'historienne Fania Oz-Salzberger, qui indique que la cause du décès est dûe au cancer qu’il combattait depuis des années. « À ceux qui l’ont aimé, merci », indique-t-elle simplement sur Twitter. En France, ses ouvrages ont été publiés chez Gallimard et traduits, principalement, par Sylvie Cohen.
Dans un récent entretien, il faisait part de ses craintes vis-à-vis de l’avenir : des réflexions qui constituaient son dernier livre, tout juste publié aux États-Unis, Dear Zealots : Letters from a Divided Land. Un bref recueil contenant trois essais, loin des idéologies et des opinions inflexibles, qui conduisent à la haine et la violence.
Amos Oz, pseudonyme d’Amos Klausner, perdit sa mère – un suicide – quand il n’avait que 12 ans. Une déchirure qui le marqua à vie. Il se révolta contre sa famille, sioniste de droite, en s’installant dans un kibboutz socialiste, durant son adolescence. Il fit paraître son premier ouvrage alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années – un recueil de nouvelles.
En Israël, il était parvenu à faire l’unanimité... contre lui : critiqué par les militants d’extrême gauche en faveur de la paix, il était aussi la cible des nationalistes d’extrême droite. « Je ne dis pas que tous ceux qui sont appelés traîtres sont en avance sur leur temps, mais très souvent, c’est le cas », expliquait-il au Washington Post.
En plus de cinquante années d’écriture, il publia plus de 18 ouvrages en hébreu, romans, récits, essais, et plus de 500 articles et éditoriaux pour des magazines israéliens et internationaux.
Son expérience dans l’armée – il servit trois années dans la brigade Nahal de l’armée israélienne et porta également l’uniforme durant la guerre des Six Jours et de Kippour – ont largement sculpté ses positions politiques. Que l’on retrouve évidemment dans ses écrits. Avec des auteurs comme David Grossman et Abraham Yehoshua, il a incarné la conscience critique de l’État d’Israël au cours des dernières décennies.
Intellectuel très influent, il fut l’un des critiques les plus farouches de la politique israélienne, défendant de toutes forces le dialogue. Il s’était également lancé lors de la guerre au Liban et dans la bande de Gaza exhortant à choisir la voix du dialogue.
Parmi ses plus beaux ouvrages, on pourra toujours relire Vie et mort en rime et Seule la mer. Son dernier livre, Chers fanatiques. Trois réflexions a été publié en octobre dernier aux éditions Gallimard (les trois livres sont traduits par Sylvie Cohen).
[Source : www.actualitte.com]

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