Werner Herzog est né durant la Seconde Guerre mondiale. En Allemagne. Il n’en a pas nécessairement gardé un goût prononcé pour les bretzels. L’histoire du cinéma aura retenu qu’avec Aguirre, la colère de Dieu, le réalisateur offrit un regard totalement fou sur cet art. Et plus encore, sur sa propre folie de l’image.
Comme dans tout roman biographique, dont l’objet de la biographie est en réalité une personnalité historique qui passionne l’auteur, tout est à prendre avec beaucoup de sérieux. Car rien n’est véritablement sérieux. Connaître la vie de Werner Herzog par une approche méticuleuse de la biographie est une chose ; parcourir sa vie passablement rêvée et réécrite, une autre.
De sa naissance à Munich, on ne gardera en réalité que son enfance dans les montagnes bavaroises. Probablement parce que dans l’enfance se déroulent les plus importantes des révélations qui rejailliront, adulte. Les montagnes du jeune Werner – plus douces que les souffrances du jeune Werther – furent l’occasion d’escapades. On s’en doute. Mais bien plus.
Et c’est dans le creux des détails qui s’immisce la passion de Laura Fredducci. On ne traverse pas l’œuvre d’un réalisateur qui représenta l’évolution du nouveau cinéma allemand des années 60-70, sans qu’il n’en résulte quelques séquelles. L’espièglerie romanesque en fait partie intégrante.
Entre 1942 et aujourd’hui, nombre d’événements, vécus, parfois captés, parfois retracés – Herzog a produit également nombre de documentaires, comme La défense sans pareille de la forteresse, racontant la vie de quatre hommes jouant à la guerre, en uniforme... – ont alimenté le cinéaste. Des études de lettres, une enfance passée alors que le Congo belge devient indépendant, un dégoût profond pour les producteurs et financeurs de films, sans talent ni ambition...
Werner Herzog fut également l’un des rares à pouvoir regarder Murnau, réalisateur du Nosferatu de 1922 avec aplomb : sa réécriture, en 1979, Nosferatu, le fantôme de la nuit, marqua durablement les esprits. Tout comme chacun de ses films sut d’ailleurs traumatiser ses acteurs et ses équipes.
Pas un seul de ses tournages ne se déroula dans le calme et la sérénité : Aguirre le contraint à se battre contre les forces de la nature en Amazonie, où les équipes risquèrent la mort à de multiples reprises. Les images captées alors furent intégrées aux bandes : quitte à mettre un peu de réalisme, autant faire frissonner le spectateur.
On raconte que Jason Robards finit par perdre la tête, non d’avoir Mick Jagger comme partenaire de scène, mais des exigences dont Herzog fit preuve. Cela et plus encore, Laura Fredducci le raconte avec facétie, multipliant les marques d’affection à l’égard de son idole. Rarement condescendante, parfois sympathique, elle est surtout amusée de raconter cette existence peu commune.
Les amateurs apprécieront, les autres seront parfois déroutés et méfiants. Qu’importe : ceci n’est qu’un roman. Et certainement une déclaration d’amour bien insolite. Mais surtout débordante d’aventures.
Laura Fredducci – Werner, et les catastrophes naturelles – Anne Carrière – 9782843378997 – 17 €
[Source : www.actualitte.com]

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