Face au tollé que la loi sur la nationalité a provoqué au sein de la minorité druze, les politiques israéliens de tous bords cherchent des solutions pour contenter des citoyens qui se sentent lésés alors qu’ils participent depuis soixante dix au développement du pays et à sa sécurité. Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, explique « qu’une erreur commise dans la loi de l’État-Nation doit être corrigée ». Même le ministre de l’Education, Naftali Bennett, considéré comme le chef d’un parti de droite nationaliste juif, a promis mercredi dernier de s’employer à « panser les blessures » que la loi avait infligé à la communauté druzes mais la coalition est-elle disposée à modifier la loi de l’État-nation ?…
Akram Hasoon, dirige une réunion à la Knesset, le 13 février 2018.
La loi de nationalité adoptée jeudi dernier au parlement déclare Jérusalem comme capitale d’Israël, le calendrier hébraïque comme calendrier officiel de l’État. Sont déclarés jours fériés le jour de l’indépendance, les jours de commémoration et les fêtes juives, mais ce n’est pas tout cela qui gêne la communauté druze. En Israël, cette loi entre dans la catégorie des lois fondamentales qu’il est difficile d’abroger et que l’on peut comparer en France à des lois constitutionnelle et c’est surtout cet aspect juridique qui dérange les députés et provoque un malaise dans la communauté druze. Ils se sentent en quelque sorte exclus de la société israélienne.
Les Druzes constituent 10% de la population arabe d’Israël, ils ne sont pas musulmans, ils sont sionistes et effectuent le service militaire comme chaque citoyen israélien. Beaucoup d’entre eux servent même dans des unités d’élite comme Duvdevan. Les anciens se sont battus pour la création de l’État et les jeunes militent dans des organisations sionistes. La religion druze est issue de l’Islam dont elle s’est séparée au X siècle et même si elle garde nombres de ses aspects secrets, ses principes s’inspirent de diverses croyances et des deux autres religions monothéistes.
Dimanche dernier, trois députés druzes israéliens ont saisi la Haute Cour de justice contre la loi sur l’État-Nation (appelée aussi loi sur la nationalité), dénonçant une loi discriminante à l’égard des minorités en Israël dont la minorité druze. Les trois députés druzes sont de bords politiques très différents: le député Salah Saad appartient au parti de gauche de l’Union Sioniste (parti travailliste), le député de droite Hamed Amar appartient à Israël Beytenou, le parti de droite nationaliste d’Avigdor Lieberman et Akram Hasson un député du parti Koulanou, le parti de centre-gauche en Israël. Tous les trois sont sionistes et ont servi dans Tsahal.
« La loi sur la nationalité fait de moi un citoyen de seconde zone », a lancé le député Akram Hasson au parlement israélien, avant d’ajouter : « Nous n’avons aucun problème avec le peuple juif et nous n’avons aucun problème à ce que l’État d’Israël soit la patrie du peuple juif, mais qu’en est-il de nous? …qu’en est-il de ceux qui se sont se sont battus et sacrifiés pour la création de l’État ? Que dire des 420 soldats druzes morts et de plus de 1200 soldats druzes blessés lors des conflits avec les pays arabes musulmans ? »
Ce jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, ainsi que les ministres Moshe Kahlon, Avigdor Liberman, Yariv Levin et Ayoub Kara (un ministre druze qui au demeurant a voté pour la loi) ont rencontré les trois députés druzes au quartier général de Tsahal à Tel-Aviv. Benjamin Netanyahou rencontrera demain vendredi le chef spirituel de la communauté druze, sheikh Mowafak Tarif, ainsi que d’autres dignitaires.
Mais malgré toutes ces consultations aucun amendement sur cette loi ne semble se profiler. Dimanche, les chefs de partis de la coalition devraient tout de même rediscuter de la question, dans le but d’élaborer un plan qui exprimera l’engagement profond de l’État d’Israël envers la communauté druze.
[Photo de Yonatan Sindel/Flash90 - source : www.tel-avivre.com]
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