quinta-feira, 3 de maio de 2018

À La Havane, chantez, dansez, embrassez qui vous perdra...

Dieu n'habite pas La Havane, ou le bonheur de lire Yasmina Khadra... Depuis des années, selon un rituel bien huilé, Juan del Monte Jonava enflamme les soirées du Buena Vista Cafe, au cœur de La Havane, de sa voix chaude qui transporte les spectateurs et surtout les spectatrices, notamment étrangères. Personne ne rivalise avec « Don Fuego » pour mettre le « fuego » à la salle et entraîner les foules sur des rythmes endiablés jusqu’au bout de la nuit.



Publié par Mimiche 

Juan a consacré sa vie à la musique au point de perdre sa femme qui a divorcé, ne supportant plus sa solitude ni l’égoïsme de Juan. Elle a emmené avec elle sa fille qu’il n’a plus revue depuis des années alors que son fils est resté avec lui, mais sombre progressivement dans une léthargie qui ne mène à rien.

Et depuis, Juan vit chez sa sœur, partageant un logement insuffisant pour toute une maisonnée et subissant les réflexions périodiques de son beau-frère qui les accuse tous de vivre à ses crochets.

Mais rien ne saurait détourner Juan de la musique et du Buena Vista.

Rien sauf l’annonce que lui fait, un soir, le directeur : le Buena Vista a été vendu et privatisé dans le cadre des remerciements politiques du régime et lui, Don Fuego, est définitivement remercié, car incompatible avec les objectifs de la nouvelle direction de l’établissement.

Assommé par la nouvelle, Juan se réfugie dans une carcasse de tramway abandonnée pour y ruminer son malheur.

C’est là qu’il va croiser un ange qui squatte son refuge pour échapper aux contrôles de police, et dont Juan va tenter de prendre soin lorsqu’il la retrouvera, un soir, tétanisée après avoir vraisemblablement été agressée. Dans l’esprit de Juan, le lien avec l’assassinat de plusieurs personnes dans le quartier ne fait aucun doute. Pas plus que l’absolue et irrésistible impression que cette jeune femme, venue d’un petit village de pêcheurs pour tenter sa chance dans la capitale, fragile et magnifique, ne cesse de provoquer sur le cœur du vieux chanteur.

« On a vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux », chantait Brel.

Yasmina Khadra reprend à son compte cette antienne d’un homme qui tombe éperdument amoureux d’une jeune femme que quarante ans séparent de lui, faisant exploser toutes ses anciennes certitudes, remettant en cause la prééminence qu’il avait, sa vie durant, accordée à la musique, vouant aux gémonies toutes les mises en garde qui pouvaient lui être adressées par ses proches.

Il subit à son tour les affres de l’attente aux pieds de l’être adulé qui reste sourd à ses aspirations.

Il plonge tête baissée, et sans en mesurer toutes les implications, dans une histoire aventureuse qu’il ne maîtrise pas, qu’il ne maîtrisera pas. Et abandonne, sans un regard, tous ceux qui ont toujours assuré ses arrières, pris dans un emballement incontrôlable.

Et ne tiendra nullement compte de la sagesse, contrainte, mais sereine, de Panchito, son ami trompettiste qui, après avoir touché le ciel et connu les honneurs dans tous les coins du monde, et les attentions de femmes les plus belles et le plus célèbres, croupit dans un taudis avec son chien pour lequel il trouvera la force de reprendre son instrument lors d’un ultime hommage funèbre grandiose.

[Extrait] Dieu n'habite pas La Havane de Yasmina Khadra


L’écriture de Yasmina Khadra reste un bonheur de toutes les pages, pleines de fluidité et de délicatesse même dans les instants les plus sombres et les plus terribles. Comme un impressionniste, il construit par petites touches un tableau qui se met progressivement en place sous nos yeux, et dont nous ne découvrons l’image globale qu’à la toute fin, quasi à la manière d’un roman policier.

Une image qui tire les leçons de la vie : « (...) c’est aussi se casser les dents en gardant le sourire ».


Yasmina Khadra – Dieu n’habite pas La Havane – Editions Pocket – 9782266274319 – 6,95 € | Ebook 9782260024248 – 7,99 €


[Source :www.actualitte.com ] 

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