Arte diffusera le 25 avril 2018 « Fritz Bauer - Un héros allemand » (Der Staat gegen Fritz Bauer), de Lars Kraume (2014). « À la fin des années 1950, en République fédérale d'Allemagne, le procureur Fritz Bauer se bat pour que soient jugés les criminels nazis. Il est informé qu'Adolf Eichmann se cacherait à Buenos Aires... Mis en scène comme un film d'espionnage à l'ancienne, un état des lieux saisissant de l'Allemagne d'après-guerre » et de ses difficultés à affronter son passé nazi.
Publié par Véronique Chemla
La traque d’anciens Nazis par des procureurs allemands, dont Joachim Kügler, Georg Friedrich Vogel et Gerhard Wiese – qui ont induit notamment le « second procès d’Auschwitz » tenu à Francfort contre 22 membres de la direction du camp (décembre 1963-août 1965) - a inspiré plusieurs films allemands, dont « Le Labyrinthe du silence » (Im Labyrinth des Schweigens) coécrit par le réalisateur Giulio Ricciarelli (2014) avec Elisabeth Bartel, et « Fritz Bauer – et « Un héros allemand », coécrit par le réalisateur Lars Kraume et l’essayiste Olivier Guez.Sur ce lent processus de travail de mémoire, la journaliste Géraldine Schwarz a écrit en 2017 l’essai « Les Amnésiques ».
Juriste brillant
Né de parents juifs à Stuttgart, Fritz Bauer (1903-1968) a été un étudiant brillant. En 1920, ce juge assesseur a adhéré au Parti social démocrate (SPD). Ce fervent démocrate est devenu au début des années 1930 un des dirigeants du Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold.
Après l’échec d’une grève générale contre les Nazis dans la région de Stuttgart, il est interpelé par la Gestapo en mai 1933, détenu au camp de concentration de Heuberg durant huit mois, avant d’être libéré.
Victime des lois anti-juives, Bauer est contraint de quitter son travail.En 1935, il a fui au Danemark, puis en 1943 en Suède. Là, avec Willy Brandt, Baueur a fondé le journal Sozialistische Tribüne (Tribune socialiste).
En 1949, Bauer a rejoint la République fédérale allemande (RFA), où il a repris une carrière de fonctionnaires dans l’institution judiciaire. En 1956, il est nommé procureur général de la Hesse à Francfort. Une fonction exercée jusqu’à son décès en 1968.
« De retour en RFA en 1949, il a organisé les premiers procès d'anciens gardiens du camp d'Auschwitz avant d'être un élément clé du dispositif qui permettra que se tienne, en 1961, le procès d'Adolf Eichmann en Israël ».Il a contribué aussi à ce que les victimes du régime nazi obtiennent des indemnisations, a renforcé le caractère indépendant de l’institution judiciaire allemande, et a participé à la réforme de la loi et de la juridiction pénales allemandes. Il a déclaré : « Dans le système judiciaire, je vis comme en exil ».
Il est décédé d’un arrêt cardiaque à l’âge de 64 ans.
Il a créé en 1968, avec le journaliste Gerhard Szczesny l’Union humaniste. Celle-ci a créé le Prix Fritz Bauer.
Fondé en 1995, l’Institut Fritz Bauer a pour mission la défense des droits civils et se concentre sur les effets de la Shoah.
Film récompensé
« République fédérale allemande (RFA), fin des années 1950. Intègre procureur général de Francfort-sur-le-Main, Fritz Bauer se démène pour que soient jugés les criminels nazis. Dans un pays engagé sur la voie de la reconstruction et où les fonctionnaires du régime hitlérien ont retrouvé leurs anciens postes, son opiniâtreté suscite une sourde hostilité ».
« Lorsqu'il est informé qu'Adolf Eichmann, l'un des principaux responsables de la mise en œuvre de la solution finale, se cacherait à Buenos Aires, Bauer bataille pour obtenir son extradition. Mais tous les moyens sont bons pour l'empêcher d'y parvenir, y compris en piégeant son jeune collègue Karl Angermann pour homosexualité, encore condamnée par la loi. Résolu à ne pas céder aux pressions, Fritz Bauer se tourne vers les services secrets israéliens », le Mossad, « pour s'emparer d'Eichmann... »
« En retraçant le combat de cet homme d'exception, magistralement incarné par Burghart Klaußner – et dont la mort, en 1968, demeure suspecte –, Lars Kraume met en lumière les limites de la dénazification entreprise outre-Rhin après le rétablissement de la démocratie ».
« Portant un soin particulier à la reconstitution historique, il met habilement en scène l'obscure mécanique destinée à saper le travail de la justice contre les criminels nazis et leurs complices ».« Le film raconte l’histoire vraie de Fritz Bauer qui contribua à la capture d'Adolf Eichmann au terme d'une traque haletante. Le film dresse aussi le tableau de l’Allemagne de l’après-guerre et critique les entraves à la dénazification et l’amnésie collective qui entoure les crimes commis durant le 3e Reich. Il dénonce aussi la répression de la prostitution homosexuelle à l'époque ».
« Aussi pédagogique sur le fond qu'exemplaire sur la forme, un état des lieux saisissant de l'Allemagne d'après-guerre ».Ce film a été distingué par cinq Lola, équivalents allemands des César, notamment dans les catégories de Meilleur film et Meilleur scénario.
Allemagne, 2014, 95 min.
Image : Jens Harant
Montage : Barbara Gies
Musique : Julian Maas, Christoph M. Kaiser
Producteur/-trice : Thomas Kufus
Réalisation : Lars Kraume
Scénario : Lars Kraume
Acteurs : Burghart Klaußner, Ronald Zehrfeld, Lilith Stangenberg, Laura Tonke, Sebastian Blomberg, Jörg Schüttauf
Auteur : Lars Kraume
Sur Arte le 25 avril 2018 à 20 h 55
Sur Arte le 25 avril 2018 à 20 h 55
Visuels :
© Zero One Film/Martin V. Menke
[Source : www.veroniquechemla.info]





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