RefugreEnergy, c’est l’histoire de jeunes entrepreneurs sociaux, qui, préoccupés par le réchauffement climatique et la situation des réfugiés en Europe, ont choisi de ne pas rester les bras croisés. Rencontre avec Théo, l’un des fondateurs de la startup.
Vous connaissez, la dynamo ? | Stocksnap
Auteurs : Isaure Magnien et Alexandre Decoster
L’idée ? Permettre aux réfugiés de se mettre à l’emploi, grâce à des « picocontrats », qui en plus de leur apporter un salaire de 1,60 euros par jour leur octroie le droit de rester un jour de plus sur le territoire belge. Pour cela, les réfugiés pédalent pendant la journée afin de remplir des batteries : une énergie 100% verte et responsable.
Cafébabel : Les premières livraisons d’énergie sont prévues pour 2018, d’ici là vous misez sur une augmentation d’immigrés en Belgique ? Comment faire pour attirer plus de réfugiés et ainsi développer votre activité ?
RefuGreEnergy : Nous nous sommes basés sur un rapport de l’ONU qui prévoit que d’ici 2050, il y aura 250 millions de réfugiés climatiques. C’est une réalité, et nous voulons utiliser tout le potentiel de ces réfugiés futurs pour développer notre projet et notre entreprise. On prévoit aussi, vu l’épuisement des ressources fossiles et le coût de l’énergie nucléaire, une augmentation de leur coût. Nous allons donc être de plus en plus concurrentiels. Mais nous n’allons pas chercher à impacter l’afflux de réfugié, ils viendront de toute façon.
Cafébabel : Vous vous vantez de fournir une énergie propre tout en donnant un job aux réfugiés, c’est donc tout bénèf ?
RefuGreEnergy : Oui c’est sûr c’est tout bénef. Le constat était assez simple, le réchauffement climatique exacerbe la crise des réfugiés, autant utiliser les migrants pour combattre le réchauffement climatique et donc enfin trouver une solution à ces deux problèmes majeurs. L’idée, c’était de donner une fonction et de donner un sens à ces réfugiés, empêcher qu’ils soient là dans les parcs, qu’ils passent la journée à traîner et à générer de l’insécurité pour les Belges. Tout ça c’est aussi une manière de les intégrer à la société belge d’une certaine manière, tout en générant de l’énergie verte.
Cafébabel : Vous trouvez enfin une utilité à ces personnes, est-ce que vous envisagez d’autres moyens de les mettre à contribution ?
RefuGreEnergy : Oui donc là on était en phase de prototype jusqu’à fin septembre. L’idée, c’est de lancer le tout début 2018 pour voir comment ça fonctionne sur le terrain. Ensuite on pourrait envisager des partenariats avec Deliveroo, Uber ou d’autres startups innovantes. Pour générer de l’électricité, le réfugié vient dans nos bureaux le matin, il prend une batterie vide et il la charge en pédalant 4 heures, cette batterie équivaut à 10 téléphones, 4 ordinateurs portables... Dès que la batterie est pleine, ils la rapportent. On envisage donc de faire des livraisons directement à domicile, selon les besoins de nos clients. Par exemple, imaginons un hôtel qui voudrait fonctionner avec nous, et voudrait faire fonctionner par exemple 3 chambres pour commencer avec ces batteries et bien nous on pourrait les livrer directement.
Invraisemblable, non ? Y avez-vous cru ? C’est pourtant le piège que le Collectif We Are All Refugees (WAAR) a tendu aux passants Bruxellois le 29 septembre dernier. Une action choc afin de confronter les individus à leur esprit critique et leur empathie. Maxime Demartin, l'un des (vrais) artistes à avoir imaginé l'action, nous explique.
Cafébabel : La représentation s’est tenue début octobre, jusque là, vous teniez à jour un site, une page facebook, un compte twitter… Comment avez vous fait pour ne pas être démasqués ?
Maxime Demartin : Tout a été très rapide. Nous sommes 24 artistes et créatifs à avoir candidaté pour une résidence à la fabrique de théâtre à Frameries en Belgique. La résidence était animée par les Yes Men, des activistes américains, qui travaillent autour de la question du réchauffement climatique. On s’est retrouvés à monter ce projet collectif en trois jours autour de la question de l'anthropocène (l’ère géologique actuelle, dans laquelle l'activité humaine a un véritable impact sur l’environnement et la biosphère, ndlr) et aussi autour de ce qui nous paraissait urgent et visible, c’est à dire la question des réfugiés. Ce sujet nous tenait à cœur, surtout avec les récentes sorties de Theo Francken (en septembre, il s’était notamment félicité sur twitter du « nettoyage » des camps de réfugiés, ndlr) et la collaboration du gouvernement belge avec les autorités soudanaises. Le lien entre le réchauffement climatique et les réfugiés s’est fait assez rapidement, car le changement climatique et l’accaparement des ressources sont sources de conflits.
Et puis nous avons trouvé une super fonctionnalité sur Facebook, qui permet d’antidater nos publications jusqu’à trois mois avant. On a également créé notre site internet et des comptes Facebook de plusieurs personnes pour liker le site internet, pareil avec le compte Twitter. On avait une super équipe. Il faut savoir que dans l’équipe on avait des vidéastes, des comédiens, des metteurs en scène, des dramaturges. C’est ce vivier de talents qui nous a permis de faire cette communication très professionnelle. Pour résumer, nous n’avons donc simplement pas eu le temps d’être démasqués.
Cafébabel : Votre action a-t-elle eu les effets escomptés ? Cela a-t-il permis aux gens de se « réveiller » ?
Maxime Demartin : L’action a eu un impact en deux temps. Le premier temps, c’était le 30 septembre, quand on a joué derrière la Bourse, dans le cadre du festival Signal organisé par le CIFAS. On a pu remarquer une sorte d’attitude politiquement correcte qui empêche les gens de s’opposer ouvertement. Par politesse, des passants disaient « oui oui oui » en nous écoutant, tout en bouchant les oreilles de leurs enfants. D’autres nous disaient « oui, j’ai pas trop d’argent pour ça, je suis étudiant… ». Il y a quand même eu quelques réactions épidermiques, de personnes qui nous disaient « attendez, mais c’est de l’esclavagisme moderne ! ». Il y a donc tout de même des gens qui se sont opposés.
À la fin des trois heures de happening surtout, un homme d’origine sénégalaise, qui s’appelle Emile, s’est levé, pour nous dire : « Ce que vous faites, c’est de l’esclavagisme, en plus les pays d’où viennent les réfugiés c’est ceux qui polluent le moins et qui souffrent le plus du changement climatique ». Il avait compris tout ce qu’on dénonçait.
Ce qui nous a un peu effrayé, c’est que les gens se sont dit que « c’était possible ». Nous voulions aussi dénoncer ça, avec notre action : en utilisant certains mots, certaines formules, comme « opportunité », « potentiel », « énergie verte », « employabilité », « flexibilité »... on peut rendre des trucs horribles tout à fait normaux.
Les politiques d’emplois et de migrants belges sont assez terribles, les françaises et les européennes également. Mais par exemple en parlant d’optimisation fiscale à la place d’évasion fiscale, ça devient tout de suite acceptable. Pour notre part, nous parlions de « mise à l’emploi de réfugiés » et non d’esclavagisme.
Dans un deuxième temps, sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes se sont offusquées. Quelques personnes, de la « fachosphère » se sont réjouis : « Enfin une bonne idée, il faudrait la généraliser et le faire directement au Congo », commentaient-ils.
Il y a encore un gros travail de changement des mentalités à faire. Mais c’est un peu difficile de juger réellement de l’impact, l’action a été trop rapide pour cela.
Cafébabel : Vous vous vantez de fournir une énergie propre tout en donnant un job aux réfugiés, c’est donc tout bénèf ?
RefuGreEnergy : Oui c’est sûr c’est tout bénef. Le constat était assez simple, le réchauffement climatique exacerbe la crise des réfugiés, autant utiliser les migrants pour combattre le réchauffement climatique et donc enfin trouver une solution à ces deux problèmes majeurs. L’idée, c’était de donner une fonction et de donner un sens à ces réfugiés, empêcher qu’ils soient là dans les parcs, qu’ils passent la journée à traîner et à générer de l’insécurité pour les Belges. Tout ça c’est aussi une manière de les intégrer à la société belge d’une certaine manière, tout en générant de l’énergie verte.
Cafébabel : Vous trouvez enfin une utilité à ces personnes, est-ce que vous envisagez d’autres moyens de les mettre à contribution ?
RefuGreEnergy : Oui donc là on était en phase de prototype jusqu’à fin septembre. L’idée, c’est de lancer le tout début 2018 pour voir comment ça fonctionne sur le terrain. Ensuite on pourrait envisager des partenariats avec Deliveroo, Uber ou d’autres startups innovantes. Pour générer de l’électricité, le réfugié vient dans nos bureaux le matin, il prend une batterie vide et il la charge en pédalant 4 heures, cette batterie équivaut à 10 téléphones, 4 ordinateurs portables... Dès que la batterie est pleine, ils la rapportent. On envisage donc de faire des livraisons directement à domicile, selon les besoins de nos clients. Par exemple, imaginons un hôtel qui voudrait fonctionner avec nous, et voudrait faire fonctionner par exemple 3 chambres pour commencer avec ces batteries et bien nous on pourrait les livrer directement.
Invraisemblable, non ? Y avez-vous cru ? C’est pourtant le piège que le Collectif We Are All Refugees (WAAR) a tendu aux passants Bruxellois le 29 septembre dernier. Une action choc afin de confronter les individus à leur esprit critique et leur empathie. Maxime Demartin, l'un des (vrais) artistes à avoir imaginé l'action, nous explique.
Cafébabel : La représentation s’est tenue début octobre, jusque là, vous teniez à jour un site, une page facebook, un compte twitter… Comment avez vous fait pour ne pas être démasqués ?
Maxime Demartin : Tout a été très rapide. Nous sommes 24 artistes et créatifs à avoir candidaté pour une résidence à la fabrique de théâtre à Frameries en Belgique. La résidence était animée par les Yes Men, des activistes américains, qui travaillent autour de la question du réchauffement climatique. On s’est retrouvés à monter ce projet collectif en trois jours autour de la question de l'anthropocène (l’ère géologique actuelle, dans laquelle l'activité humaine a un véritable impact sur l’environnement et la biosphère, ndlr) et aussi autour de ce qui nous paraissait urgent et visible, c’est à dire la question des réfugiés. Ce sujet nous tenait à cœur, surtout avec les récentes sorties de Theo Francken (en septembre, il s’était notamment félicité sur twitter du « nettoyage » des camps de réfugiés, ndlr) et la collaboration du gouvernement belge avec les autorités soudanaises. Le lien entre le réchauffement climatique et les réfugiés s’est fait assez rapidement, car le changement climatique et l’accaparement des ressources sont sources de conflits.
Et puis nous avons trouvé une super fonctionnalité sur Facebook, qui permet d’antidater nos publications jusqu’à trois mois avant. On a également créé notre site internet et des comptes Facebook de plusieurs personnes pour liker le site internet, pareil avec le compte Twitter. On avait une super équipe. Il faut savoir que dans l’équipe on avait des vidéastes, des comédiens, des metteurs en scène, des dramaturges. C’est ce vivier de talents qui nous a permis de faire cette communication très professionnelle. Pour résumer, nous n’avons donc simplement pas eu le temps d’être démasqués.
Cafébabel : Votre action a-t-elle eu les effets escomptés ? Cela a-t-il permis aux gens de se « réveiller » ?
Maxime Demartin : L’action a eu un impact en deux temps. Le premier temps, c’était le 30 septembre, quand on a joué derrière la Bourse, dans le cadre du festival Signal organisé par le CIFAS. On a pu remarquer une sorte d’attitude politiquement correcte qui empêche les gens de s’opposer ouvertement. Par politesse, des passants disaient « oui oui oui » en nous écoutant, tout en bouchant les oreilles de leurs enfants. D’autres nous disaient « oui, j’ai pas trop d’argent pour ça, je suis étudiant… ». Il y a quand même eu quelques réactions épidermiques, de personnes qui nous disaient « attendez, mais c’est de l’esclavagisme moderne ! ». Il y a donc tout de même des gens qui se sont opposés.
À la fin des trois heures de happening surtout, un homme d’origine sénégalaise, qui s’appelle Emile, s’est levé, pour nous dire : « Ce que vous faites, c’est de l’esclavagisme, en plus les pays d’où viennent les réfugiés c’est ceux qui polluent le moins et qui souffrent le plus du changement climatique ». Il avait compris tout ce qu’on dénonçait.
Ce qui nous a un peu effrayé, c’est que les gens se sont dit que « c’était possible ». Nous voulions aussi dénoncer ça, avec notre action : en utilisant certains mots, certaines formules, comme « opportunité », « potentiel », « énergie verte », « employabilité », « flexibilité »... on peut rendre des trucs horribles tout à fait normaux.
Les politiques d’emplois et de migrants belges sont assez terribles, les françaises et les européennes également. Mais par exemple en parlant d’optimisation fiscale à la place d’évasion fiscale, ça devient tout de suite acceptable. Pour notre part, nous parlions de « mise à l’emploi de réfugiés » et non d’esclavagisme.
Dans un deuxième temps, sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes se sont offusquées. Quelques personnes, de la « fachosphère » se sont réjouis : « Enfin une bonne idée, il faudrait la généraliser et le faire directement au Congo », commentaient-ils.
Il y a encore un gros travail de changement des mentalités à faire. Mais c’est un peu difficile de juger réellement de l’impact, l’action a été trop rapide pour cela.
[Source : www.cafebabel.fr]

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