quinta-feira, 11 de fevereiro de 2016

Promettre la lune

Conquérir les astéroïdes: une idée visionnaire mais par rapport à laquelle il faudra avancer prudemment.

Par Jean-Michel Lalieu 

En associant «astéroïdes» et «Luxembourg» sur Google, on obtient ce lundi matin plus de 63.000 résultats. Rien qu’en français! Si l’idée avait été de faire connaître le pays à l’échelle planétaire, l’annonce de son engagement dans la nouvelle conquête de l’espace aurait clairement fait mouche.
Mais non, le projet est beaucoup plus sérieux: en annonçant, la semaine dernière, l’intention d’établir un cadre légal pour les opérateurs qui travaillent dans l’espace, le gouvernement a pris tout le monde de court: le Grand-Duché est le deuxième État au monde, après les États-Unis, à vouloir offrir des garanties aux entreprises qui partiront à la conquête des matières premières présentes sur les astéroïdes. En clair, il leur garantit que les ressources qu’elles en extrairont leur appartiendront bel et bien.
Les astéroïdes qui passent à proximité de la terre – on en dénombre 13.000 chaque année – seraient donc le prochain Eldorado. Certaines d’entre elles renferment des quantités importantes de nickel, or, cobalt, platine, dont les techniques d’exploitation sont en cours de développement rapide. Quant à la glace visible à leur surface, elle pourrait permettre de capter l’hydrogène et l’oxygène nécessaires au carburant des fusées.
L’idée développée la semaine dernière par le ministre de l’Économie, Étienne Schneider, d’attirer au Grand-Duché les futurs géants de la conquête de l’espace, donne une fois de plus l’image d’un pays visionnaire. Après avoir fait naître l’industrie des fonds, développé un pôle spatial autour de SES, le Luxembourg va-t-il encore profiter d’avoir décollé le premier pour récolter les pépites ? Réponse dans les prochaines décennies.

La face cachée

Ce qui étonne quand même dans ce dossier, c’est l’absence totale d’objections que le projet semble faire naître. Cette nouvelle ruée vers l’or, si elle se concrétise, entraînera évidemment de belles avancées dans son sillage: matériaux rares en plus grande quantité, développements technologiques aptes à faire progresser les sciences dans leur ensemble, voire la possibilité de prendre le contrôle des astéroïdes, de les faire changer d’orbite et ainsi éviter une éventuelle collision avec la terre. «La fin des dinosaures II» n’aura donc pas lieu !
Il faudra pourtant, à un moment, laisser émerger certaines questions. Alors qu’on sait pertinemment que nos modes de consommation humains nous poussent à utiliser annuellement les ressources d’une planète et demie – dont nous ne disposons pas! -, cette conquête spatiale ne prend-elle pas l’allure d’une fuite en avant par rapport à nos responsabilités de gestionnaires provisoires de la planète ?
D’autant qu’après avoir lancé des vaisseaux vers ces nouveaux horizons célestes à grands coups de milliards, on peut déjà faire le pari que certains imagineront y stocker des déchets terrestres aussi encombrants que les déchets nucléaires qui menacent des générations d’humains sur plusieurs milliers d’années.
Au risque, une fois de plus, de jouer aux apprentis sorciers aveugles face à un équilibre fragile que nous ne maîtrisons pas. La lune a une face cachée. Nous, nous nous la voilons de temps en temps.
[Photo : Wikimedia commons - source : www.paperjam.lu]

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