Un film tendu, froid, cynique de bout en bout et finalement tragique, c’est bien du Fassbinder. Pro, classe, dur - Et pis c’est aussi pour faire écho à mon comparse.
Certes l’idée de départ est bien bonne : un couple marié depuis déjà pas mal d’années, on peut dire, a une fille d’une douzaine d’années environ handicapée (elle porte des béquilles, une jambe semblant avoir quelques soucis). Ils planifient tous deux un voyage (lui à Oslo et elle à Milan) mais… po de bol, ils finissent par se retrouver avec leur amant respectif (Anna Karina pour lui, un peu vieillie mais toujours des yeux de poupée) dans leur château de campagne : forcément c’est d’abord la gène, puis des éclats de rire puis la gène, quand même. C’est bêta faut dire comme situation. Ils décident malgré tout de dîner ensemble et si le couple se raconte des anecdotes poilantes, les deux autres tirent un peu la tronche, je me mets à leur place. Là-dessus, la petite fille qui est une vraie chipie et qui a flairé le coup arrive avec sa gouvernante (Macha Méril, toujours la même coiffure, mais une teint
ure si je ne m’abuse). Grosse grosse tension, d’autant que la mère semble haïr cette fille qui semble avoir brisé ses rêves. Bref, chacun couche quand même comme prévu et lors du repas du lendemain où tout le monde se retrouve ensemble (les 6 pré-cités plus les deux domestiques – mère et fils), on ne peut pas dire que cela respire l’allégresse. La fille décide alors de jouer à la roulette chinoise ; bon les règles c’est po compliqué, un groupe pose des questions à l’autre groupe pour savoir quelle personne le premier groupe a « sélectionnée » : les questions c’est du genre « Si c’était une pièce de monnaie » ou plus salaud « qu’aurait fait cette personne pendant le 3ème Reich » ; très vite la petite fille et sa gouvernante balancent des vacheries du genre « un pièce de 2 balles / une pièce indienne avec un trou au milieu » ou « secrétaire à la Gestapo / responsable d’un camp de concentration ». Le doute plane sur l’assemblée et quand à la fin la mère est désignée, c’est la consternation ; la petite fille est morte de rire et la mère dégaine un flingue : mais au lieu de tirer sur sa
fille (c’est pas l’envie qui lui manque, mais bon, c’est pas non plus un film de Haneke), elle flingue la gouvernante. On appelle l’hôpital, le mari un avocat « oui allô, ma femme vient de faire une petite bêtise » et malgré les emmerdes qui se propagent à l’horizon il lui rappelle qu’il n’aime qu’elle… On pense en avoir eu pour son compte, mais Fassbinder balance une question sur la fin « si vous vous mariez, pourriez-vous vous aimer jusqu’à la mort ? ». On se sent bien poindre toute la causticité de la question. Déjà avant, faut dire, on avait eu droit, lors d’une discussion entre le mari et l’amant de sa femme à un truc du genre : « -Vous aimez ma femme ? – Oui, il y avait de l’amour et puis on s’est habitués – L’amour, c’est ça : l’habitude… » qui laissait un peu les bras ballants. La fin résonne de façon d’autant plus désespéré qu’un autre coup de feu retentit sur le générique : un rappel ou un suicide pour dire que bah c’est même pas la peine d’y croire ?...
Sacré Rainer, ça devait pas non plus être toujours poilant les soirées avec lui.
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