Le caricaturiste Michel Kichka révèle comment son roman graphique est devenu une œuvre de pionnier
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| "Une scène de la bande dessinée de Kichka "Seconde génération: ce que je n'ai pas dit à mon père"" |
Michel Kichka est né en 1954 à Liège, en Belgique. Il a immigré en Israël en 1974 et s’est inscrit en design graphique à l’Académie des arts Bezalel. Au fil des ans, il a créé une collection de bandes dessinées humoristiques, la majorité d'entre elles destinées aux enfants. Il a illustré de nombreux livres pour enfants et publié plusieurs bandes dessinées et illustrations politiques. Il a été président de l'Association israélienne des caricaturistes. Il enseigne cette année à Bezalel et est un membre actif de l’organisation internationale “Caricaturistes pour la paix" (Cartoonists for Peace)
Est-ce que le film comporte un message en plus de sa valeur artistique?
Une équipe excellente travaille sur le film en France depuis deux ans. Ils sont motivés par le sentiment d’être engagés dans quelque chose de vraiment important.
Il y a quelques années, il a écrit un roman graphique post-Shoah: "Deuxième génération, ce que je n'ai pas dit à mon père". L'année prochaine, un film d'animation basé sur le roman sera porté au grand écran.
"Lorsque j'écrivais le livre", se souvient-il, “je ne pouvais pas m’imaginer qu’il aurait une seconde vie à l'écran sous la forme d’un long métrage d'animation."
| "Une scène de la bande dessinée de Kichka "Seconde génération: ce que je n'ai pas dit à mon père"" |
Pourquoi donc ?
Eh bien, parce que c’est une œuvre intime et autobiographique consacrée à la vie des survivants de la Shoah, le terrible traumatisme et ses conséquences, les silences et les secrets. Le livre a été pour moi le point culminant et le résultat d’années de questionnement, de doutes, d'introspection et d'écriture. Je devais prendre la décision de confronter tout cela une fois pour toutes et me plonger dans les plaies ouvertes qui sont typiques chez tant de gens de ma génération, de familles et même de nombreuses nations.
“Lorsque la célèbre réalisatrice française Vera Belmont m'a approché pour l’adapter, j’ai accepté immédiatement. J’étais intrigué et surpris. Et flatté, je l'avoue. Les bandes dessinées ont inspiré un certain nombre de films au cours des dernières années. C’est un monde riche en contenu, créatif et productif. J’étais même surpris que Vera souhaite faire un long métrage d'animation. C’est tout un défi et un pari à prendre. Elle aimait la tendresse du roman et son traitement optimiste d'une histoire dramatique. Elle voulait aussi préserver l'humour présent tout au long du livre. "
Parlez-nous du processus créatif impliqué dans l'écriture du scénario et en quoi est-ce différent d'écrire une bande dessinée.
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| "Une scène de la bande dessinée de Kichka "Seconde génération: ce que je n'ai pas dit à mon père"" |
Le scénario a connu plusieurs versions et Vera a exigé la liberté de le traiter comme ils voulaient, mais il était important pour elle que je comprenne pourquoi il était nécessaire de faire ces changements en raison de la transition d’un langage basé sur des images statiques en noir et blanc vers celui de l’animation en couleur. La dramaturgie filmographique a ses propres exigences, qui sont fondamentalement différentes de celles de la bande dessinée. En fin de compte, après avoir lu les différentes ébauches, ma femme et moi, qui est également dans l'histoire, lui avons donné notre bénédiction. Je suis arrivé à me distancier progressivement de la protagoniste. Je me suis rendu compte que le Michel du film est mon alter ego, une copie carbone de moi, dont l'histoire, tout en différant un peu de la mienne, est comme une ligne parallèle à la mienne. Nous avons des pères similaires, vécu dans des maisons semblables avec des cheminées similaires. Lorsque j'ai vu la première minute du film d'animation où je me promène, discute, cours et peins avec le père, j’ai éprouvé une sensation que les mots ne peuvent pas traduire.
Est-ce que le film comporte un message en plus de sa valeur artistique?
Une équipe excellente travaille sur le film en France depuis deux ans. Ils sont motivés par le sentiment d’être engagés dans quelque chose de vraiment important. Surtout le producteur exécutif, Philippe Monnier. Alors que nous commémorons le 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz, les survivants décèdent et les institutions chargées de la commémoration et de l’éducation à la Shoah sont confrontées à une question qui nécessite une réponse: comment transmettre la mémoire de la Shoah après le départ du dernier des survivants? L’École des hautes études de la Shoah à Yad Vashem, par exemple, traite de cette question depuis longtemps. Et quelle est la place de la création et de la fiction aux côtés des documents historiques?
Dans ce contexte, le film offre un point de vue inhabituel. Un film d'animation a le pouvoir de prendre des sujets complexes et de les rendre accessibles à un large public, en tout premier lieu aux enfants. Ceux qui ont travaillé sur le film sont convaincus que ce qu'ils ont produit a une valeur au-delà du milieu artistique et que le film pourrait également être utilisé comme un outil éducatif dans un avenir proche. Ils savent aussi que personne n'a encore produit un film familial animé consacré à une histoire liée à la Shoah et que ce sera sans aucun doute une première.
| Une scène de la bande dessinée de Kichka "Seconde génération: ce que je n'ai pas dit à mon père"" |
Comment a-t-il a été accueilli au sein de votre propre famille?
Cette histoire a une dimension personnelle que je trouve fascinante. Mon père est vivant, il a 89 ans. Il vit à Bruxelles et a, au cours du dernier quart de siècle, consacré l'essentiel de son temps et de son énergie à donner des conférences aux étudiants des écoles secondaires belges. Il leur raconte son histoire, comment il a survécu dans les camps de la mort nazis. Il a très bien accueilli le livre, même s’il a mis du temps à se réconcilier avec lui, car je révélais pour la première fois l'histoire de la famille au grand jour. Il a écrit un livre autobiographique il y a dix ans et il apporte les deux livres à chaque réunion où il se rend. Mon livre, selon lui, est une extension naturelle du sien. Il peut témoigner de la Shoah en tant que survivant, je peux parler pour la génération d’après, qui n'a pas connu les horreurs de la Shoah, mais qui a grandi dans son ombre.
Il attend avec impatience la première du film qui est prévue fin 2016, tout comme moi.
[Source : www.i24news.tv]


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