quinta-feira, 19 de março de 2015

Tout va bien, de Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin (1972)

Trouver une forme nouvelle pour parler de contenus nouveaux (en pleine ère post 68), c'est encore et toujours la volonté -ambitieuse mais audacieuse- de Jean-Luc Godard pour essayer de faire passer le discours ouvrier. C'est bien tenté, mais faut reconnaître que Tout va bien, relativement "simpliste" ou, disons plutôt, abordable dans sa forme comme dans le fond, comparé à d'autres films de Godard de l'époque, marche mal. Il y a en gros trois grands mouvements dans le film : des ouvriers séquestrent leur patron et s'opposent, en se faisant, au syndicat qui prônent avant tout le dialogue plus que ce type d'actions de force; le boss est quelque peu humilié lorsqu'il demande de faire un petit pipi, les ouvriers prenant une petite revanche, ayant eux-mêmes la même difficulté dans leur travail; ils critiquent également les conditions de travail et les multiples brimades dont ils souffrent au quotidien. On se focalise ensuite sur le couple Montand/Fonda et sur leur difficulté de couple qui résultent en partie des problèmes qu'ils rencontrent chacun de leur côté dans leur travail; Fonda met l'accent notamment sur le discours sexiste (belle illustration d'un pénis en gros plan entre des doigts de femmes) de son partenaire; il y a également un Montand face caméra qui ressemble à s'y méprendre à une confession de foi de Godard cinéaste préférant prendre du recul sur son rôle de cinéaste. Enfin un interminable plan séquence dans un super marché (qui rappelle le plan d'ouverture de Manufactured Landscape) investi par des activistes qui remplissent les chariots des consommateurs avant de les motiver à partir sans payer - il y a une charge des forces de l'ordre, c'est un foutoir pas possible, et on se dit au moins que Godard a dû prendre son pied pour "mettre en scène" toute la séquence. Bon le discours, on le voit bien, mais la forme soi-disante nouvelle, on l'entend moins, pardon, elle fonctionne guère plus que ça...
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Bien qu'il y ait l'idée initiale de mettre en présence les trois forces (patron, syndicat, ouvriers), dans une entreprise aux "murs ouverts" comme pour mieux concentrer et illustrer le mouvement des ces trois forces qui s'entrechoquent, bien que l'on ressente la volonté de laisser un véritable temps de paroles aux ouvriers pour exprimer leurs souhaits et leurs désirs, ça fonctionne au final assez mal; on finit plus par penser, a posteriori, au décor de l'Académie des Neufs (ouais désolé) qu'à une véritable forme "révolutionnaire" de cinéma proche de la masse ouvrière. Mais malgré tout, il faut louer la tentative de Godard et Gorin de chercher à sortir du carcan traditionnel de la narration cinématographique, à défaut d'être subjugué par le résultat... C'est le moins qu'on puisse faire...

[Source : shangols.canalblog.com]

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