segunda-feira, 29 de setembro de 2014

L’occitanisme, un nationalisme sans nation

Écrit par Jean-Claude Peyrolle

En pensant à mon engagement militant occitan des années 1970, de nombreux visages reviennent à ma mémoire.
Je n'évoquerai que l'un d'eux, aujourd'hui disparu, Pierre Bayle (1945-2004). 
Pierre naît à Aygues Vives, dans l'Aude, d’une famille de vignerons côté paternel et de maçons côté maternel. Après un CAP au Collège d'enseignement technique de Castelnaudary, il "monte" à Paris ouvrier tourneur en faïence. Mai 68 bouleverse sa vie : les barricades démantelées, il quitte son usine de banlieue pour revenir au Païs, récupère des briques dans une boulangerie qui vient de fermer, les utilise pour construire son four et, très vite, acquiert une réputation de céramiste international. J’étais allé le voir dans sa petite maison à Mailhac dans l’Aude, au milieu des vignes, peu de temps avant sa mort. Arrivé en même temps qu’un couple de collectionneurs palois, Pierre nous avait hébergés, tous les trois, pour la nuit. J'ai alors appris, par les deux Béarnais, que les galeristes de Genève ou de New York se disputaient ses œuvres et qu’une université d’Australie lui avait proposé un poste d’enseignement… 
Pierre Bayle en 1992 lors d’une reconstitution de cuisson de 
céramiques gallo-romaines
Mais Pierre était atteint d'un mal incurable : il n'avait plus que la peau et les os. Sur ma demande, il m’a fait visiter son atelier où, depuis de longs mois, il ne mettait plus les pieds. "Tu sais Jean Claude, m'a-t-il alors expliqué, quand je commence une pièce, je ne sais pas où je vais… Elle s’impose à moi sans que je l’ai voulue…". A un autre moment de la soirée, son éternel béret vissé sur la tête, il m’a montré sa dernière œuvre : un petit bronze à la cire perdue. Un squelette grimaçant, enveloppé dans un linceul, s’appuie sur le manche d’une faux : de la main droite, il fait signe d'entrer dans un cercueil au couvercle entrouvert… La Camarde est là, prête à l’emporter, mais Pierre continue à lui faire la nique : l'Esprit est plus fort que la mort.
1968, affiche de Lutte occitane
Un peu plus tard, un verre à la main, nous avons évoqué les temps heureux des Assemblées Générales de Lutte Occitane où sa compagne venait accompagnée de son petit chien blanc, "le chien de Fafa".
J’ai souvent pensé à Pierre et à notre amitié. Son itinéraire, comme celui du poète Léon Cordes, son compatriote du Minervois, illustrent la notion gramscienne d'"intellectuels organiques".
En "capturant" les intellectuels traditionnels (des "chiens de garde" selon le philosophe Paul Nizan), ce nouveau type d'intellectuel, détruit le prestige de la culture dominante permettant, ipso facto, aux mouvements d'émancipation de se développer.
[Source : chroniquescathares.blog.lemonde.fr]

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