terça-feira, 1 de abril de 2014

PORTUGAL : Portrait d'un escroc malgré lui

Une prescription judiciaire vient de mettre à l'abri Jorge Jardim Gonçalves, un banquier portugais mis en cause pour différentes fraudes. C'est l'occasion pour l'écrivain Rui Cardoso Martins de signer son portrait au vitriol.



Écrit par RUI CARDOSO MARTINS [PÚBLICO]

Il était une fois un banquier très pieux, très chrétien et membre de l'Opus Dei du nom de Jorge Manuel Jardim Gonçalves, qui un beau jour échoue en enfer à sa plus grande surprise... Mais qu'importe ! Il convainc le diable de monter à bord du Falcon que la Banque commerciale portugaise (BCP) a mis à sa disposition, et tous deux goûtent les tourments de l'éternité sous les cieux cléments de quelque paradis offshore, dans une suite sept étoiles – Jacuzzi compris – et avec une pension de retraite digne d'un démoniaque statut (170 000 euros mensuels, le strict minimum vital). Ah, et puis 5 voitures, 2 chauffeurs et 40 gardes du corps, financés par qui de droit. Pour l'amour de Dieu, cet homme ne demande rien de plus que ce qui lui revient !

Prescription judiciaire dans le cas BCP

Agé de 79 ans, le fondateur de la BCP, première banque privée du Portugal démocratique, a de nouveau fait usage de l'immense capital célébrité qu'il a accumulé au fil de l'histoire des faits infamants pour le Portugal. A coups d'atermoiements et de recours devant les greffes des tribunaux, il a fait prescrire l'amende de 1 million d'euros que voulait lui infliger la Banque du Portugal. De même que les neuf années d'interdiction d'exercice des fonctions bancaires. Et ce tout en se disant offensé par cette justice qui n'a pas su prouver son innocence ! C'est "tout sauf ce qu'il souhaitait". 

Nous avons ainsi vu se dessiner, sur la mine défaite d'un homme, qui autrefois arborait une moue de mépris reptilien, un pauvre sourire à un million d'euros (non imposables). Il n'a plus peur que d'une chose, que sa réputation soit encore souillée par de nouvelles prescriptions et le classement des affaires criminelles ouvertes par le Département central d'enquêtes et d'action pénale (Diap, organe judiciaire chargé notamment des affaires de grande délinquance financière). Autant de dossiers qui pourraient lui valoir de la prison – une hypothèse qui a de quoi mettre en rage. Encore un peu de patience : d'ici quelques mois, tout cela aura tourné en eau de boudin à la morue, dans ce beau pays corrompu qui est le nôtre.

Des prescrits à la pelle

Jardim Gonçalves est bien, cela vient d'être prouvé, de ces hommes plus grands que nature : la jalousie formidable des faibles pour sa grandeur est telle que les commentateurs et les biographes en sont réduits à abuser d'exclamations et de métaphores contournées. Pendant ce temps, des disciples du maître tels que João Rendeiro (fondateur du Banco Privado Português et ardent défenseur de la maxime "Revenus garantis... seulement pour moi") ou Oliveira e Costa (ex-président du Banco Português de Negócios, alias "l'imbécile au bracelet électronique") ont engagé de leur côté toutes les démarches pour décrocher un contrat d'investissement du même genre avec la justice portugaise. Il faut dire que les taux d'intérêt et le spread leur sont très favorables : des millions volés, et la prescription assurée.

Selon les sources diamantifères auxquelles nous avons eu accès, Jardim Gonçalves préparerait l'avenir avec ardeur. Si la Commission des marchés de valeurs mobilières (Cmvm) en venait à faire preuve de mauvaise volonté et à lâcher de nouvelles perfides insinuations, le banquier concentrerait ses sibyllins efforts sur la création d'une commission d'"individus sans scrupules ni vergogne" (Issv), dont les statuts, clairs comme de l'eau de roche, seraient en parfaite cohérence avec sa personnalité. C'est que lui, il n'exige rien... Les choses sont ce qu'elles sont. Quand on soulève avec lui un sujet déplaisant, peu spirituel et bassement matériel, évoquant quelque assiette au beurre, le banquier répond : "La banque agit comme elle l'entend, cela ne me regarde pas. Je ne demande rien."

Un véritable empire financier

C'est en ces termes que Jardim Gonçalves a répondu au Diário Económico en octobre 2012, quand on a eu vent de l'étonnant montant alloué à sa retraite. Et des voyages en avion privé qu'il effectuait avec sa femme. Plus tard, après suppression par la BCP de cette modeste allocation, il faisait encore état devant la justice de 400 000 euros de rentrées mensuelles.

Jorge Jardim Gonçalves est né en 1935 à Funchal [Madère] et a fait des études de génie civil à Porto. Avant de décider de devenir riche, très riche, riche à millions, dire que tout cela est à moi, rien qu'à moi, moi, moi !!! (rire démoniaque), ce monsieur a été professeur d'hydraulique. C'est là qu'il aurait conçu tous les leviers et autres savants mécanismes qui lui ont permis d'ériger un véritable empire financier, d'abord en toute transparence, ensuite en eaux troubles. Car il a construit une banque moderne grâce à l'argent des autres, pour ensuite se mettre en tête que cet argent lui appartenait. C'est de famille : un jour, son plus jeune fils a englouti la bagatelle de 12,5 millions dans des affaires à la noix, et papa lui a tout pardonné, jusqu'au dernier centime. L'affaire s'est éventée, et Jardim a dû régler l'ardoise de son panier percé de fils.

Jardim Gonçalves achète comptant

En voilà un père aimant, et un bon catholique. La lettre qu'il a écrite à l'hebdomadaire Expresso est restée célèbre. Mécontent d'avoir lu dans ses pages de viles allégations l'accusant d'avoir acheté son premier service à crédit, le banquier piqué au vif a tenu à mettre les choses au clair : à crédit, certainement pas, il l'a acheté comptant. Parole d'ancien combattant de l'Angola. [Il était aspirant officier lors des guerres coloniales.]

Quant à son premier siège de toilettes en or, idem, il a été acquis comptant, dans quelque palais abandonné du Moyen-Orient. A moins que cette information ne soit fausse. Ou en tout cas de la même exactitude que les comptes que le banquier présentait aux actionnaires et à celui qui était alors gouverneur de la Banque du Portugal, Vítor Constâncio – ce dernier n'y a jamais rien vu de faux, il avait laissé ses lunettes à la maison !

Des exemples à suivre en Europe

Voilà donc notre Jardim Gonçalves, grâce à la prescription, libéré de l'interdiction de fonctions bancaires qui pesait sur lui, et ce au moment même où surgit une grande nouvelle pour l'Europe. Le Parlement européen et l'Union sont parvenus cette semaine [le 20 mars] à un accord portant création d'un mécanisme de résolution unique pour la liquidation des banques en crise. 

L'objectif est de protéger les contribuables contre les pertes d'établissements insolvables ou en difficulté. Le Portugal ne doit pas manquer cette occasion de proposer les services de ces deux illustres ressortissants que sont Jardim Gonçalves, financier de son état, et Vítor Constâncio, actuel vice-président de la Banque centrale européenne BCE) – car, pour ce qui est de liquider, ces deux-là sont spécialistes. 

[Dessin d'Ajubel - source : www.courrierinternational.com]

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