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ISBN : 978-2070452972
Prix eBook : 7,99 euros
Prix papier : 8,40 euros
Pages : 560 pages
Editeur : Folio policier
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Caryl Férey parcourt le monde. D'Afrique du Sud en
Nouvelle-Zélande, il est allé ensuite vers l'Argentine. Ses voyages sont
loin d'être touristiques et dévoilent le plus souvent, une face sombre,
sordide du pays, inquiétante et effroyable mais très documentée et froidement réaliste. Rien alors n'encourage le lecteur à souhaiter s'y
rendre mais pourtant, il s'accroche au livre, s'arme de courage et tient
bon, jusqu'au bout, aux limites de l'insoutenable parfois, entre
souffrance et excitation, désarroi et plaisir. Il est tenu en haleine,
même s'il s'embourbe un peu dans une intrigue complexe, évite autant
qu'il peut de s'attacher aux personnages, parcouru d'angoisse et de
frisson.
Car Caryl Férey est sans concession, n'hésite pas à malmener ses
héros, ne les préserve de rien, ni des supplices, de la folie ou même de
la mort. C'est franchement désespéré, ultra-violent. Personne n'est
épargné, pas même le lecteur. Mais ce dernier y revient, presque à
chaque fois. Averti, certes mais toujours secoué, ébranlé au terme de
l'histoire.
Si vous êtes avide de sensations fortes, capable de
supporter des scènes de tortures d'une horreur inimaginable mais issues
d'une réalité atroce (la picaña) : celle de l'ESMA, alors
ce thriller va vous séduire, vous faire palpiter. Sinon, âme sensible,
abstenez-vous où certaines pages risquent de vous échapper,
inabordables.
L'Argentine actuelle porte encore les stigmates récents de la crise financière
de 2001 et plus profondément encore ceux de la dictature, 30 ans plus
tôt. Jana, jeune sculptrice, d'origine indienne Mapuche a du « vendre son corps pour sauver son esprit ». Revenue
de tout, désabusée, elle est restée combative, indépendante et a trouvé
dans l'Art une échappatoire au quotidien sordide et précaire qu'elle
partage à Buenos Aires avec sa seule amie, Paula, un travesti, « une sœur de misère et d'espoir. »
Rubén Calderon, également abîmé par la vie, habité de
souvenirs atroces destructeurs a connu l'enfermement et la torture, a vu
périr son père et sa jeune sœur sous le joug des tortionnaires de la
junte militaire. Meurtri définitivement, il est devenu détective privé, à
la recherche des enfants des victimes disparues, de leurs bourreaux
et des « apropiadores » sous la dictature et œuvre pour les Mères de la place de Mai (Abuelas.)
Dans une atmosphère d'insécurité permanente, glauque au possible,
suintant de violence, où la corruption policière est toujours une
menace, où certains anciens militaires exercent encore une autorité
oppressante, abusent de leurs pouvoirs sur certaines minorités plus
fragiles, où l'Eglise même à dénoncé les opposants au régime et continue
à protéger les criminels, « où neuf juges sur dix exerçant sous la dictature avaient été confirmés dans leur fonction », ces deux personnages vont se rencontrer, agir ensemble pour tenter de résoudre
un crime atroce et deux disparitions inquiétantes et régler leur compte,
tels des justiciers, aux bourreaux du passé.
Mais n'attendez pas de fin heureuse, ni de morale rassurante ou de
triomphe héroïque. Le fatalisme l'emporte, chez Caryl Férey, tout est
noir, sans espoir de rédemption ou de justice à l'œuvre.
Si l'intrigue emprunte parfois des chemins détournés, progresse
dans la complexité et oblige le lecteur à rester concentré et informé
sur une réalité politico-historique mal connue, notamment celle relative
à l'implication d'anciens membres de l'OAS comme tortionnaires, elle
reste captivante et haletante, passionnante et éclairante, mais prend à
la gorge lorsque la torture se manifeste sans ménagement, nauséabonde (« Mourir ou devenir fou »). Cruauté insoutenable, horreur absolue d'une nécessaire vérité ? C'est au lecteur de juger.
Par ailleurs, ce livre a reçu les prix Landerneau polar
2012 et Meilleur Polar français 2012 du magazine Lire et paraît
simultanément en version audio dans la collection « Ecoutez Lire » des Editions Gallimard. Une occasion heureuse d'écouter la voix puissante et envoûtante de Fédor Atkine pendant 14 heures (2CD MP3, 24,90 euros).
Écrit par Cécile Pellerin
[Source : www.actualitte.com]


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