Le retour du fils sadique : le manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome, rédigé par le Marquis de Sade alors qu'il était enfermé à double tour
dans la Bastille, a été acquis par Gérard Lhéritier, président
fondateur d'Aristophil et du Musée des Lettres et Manuscrits. Le rouleau
autographe, parfaitement conservé, a été récupéré au terme d'un
parcours atypique.
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| Chaud cacao, le Sade |
7 millions d'euros : c'est le prix final payé par Gérard Lhéritier pour acquérir le manuscrit des Cent Vingt Journées,
et surtout, pour le mettre en sécurité. En effet, si le rouleau a
conservé toute son intégrité, il était déchiré entre deux familles qui
en revendiquaient la propriété : « Une part des 7 millions d'euros
est revenue à la famille Nordmann, détentrice légale du rouleau, selon
la justice helvétique, l'autre à Carlo Perrone, héritier de Nathalie de
Noailles, propriétaire légitime du manuscrit, selon la justice française », explique Gérard Lhéritier à l'AFP.
La manuscrit date de 1785, et le divin Marquis, craignant
la saisie de l'œuvre, avait recopié l'intégralité de l'œuvre sur des
feuilles larges de 11,5 centimètres, collées bout à bout pour finalement
former un rouleau de 12 mètres. 12 mètres de viols, pédophilie,
coprophagie, inceste, tortures, mutilations, meurtres, et autres
joyeusetés... Il cache le tout dans un mur de sa cellule.
Rompu à la condition carcérale (il aurait passé, en tout,
27 années de sa vie en cellule), le Marquis n'hésite pas à exciter la
foule depuis la fenêtre de sa cellule, en juillet 1789. Ce qui lui vaut
un transfert à l'hospice de Charenton, où il assure avoir « pleuré des
larmes de sang » suite à l'abandon de son manuscrit.
Lors de la destruction de la Bastille, le rouleau est
récupéré par le marquis de Villeneuve-Trans, dont la famille hérite de
la pièce pendant trois générations. À la fin du XIXe siècle,
le psychiatre berlinois Iwan Bloch, rachète l'œuvre, et en publie en
1904 une version truffée d'erreurs, mais qui a le mérite d'exister, malgré la censure. En 1929, une seconde édition voit le jour, réservée
aux « bibliophiles souscripteurs », supervisée par Charles et
Marie-Laure de Noailles, descendante directe du marquis par sa mère, qui
ont racheté le précieux rouleau.
Ce n'est qu'en 1957 que les œuvres de Sade quittent le
circuit parallèle : suite à un procès en appel contre la censure qui
frappe les œuvres du marquis, remporté par l'éditeur Jean-Jacques
Pauvert, les œuvres sont mises à disposition du grand public.
Quant au manuscrit, il est volé en 1982 par l'éditeur Jean
Grouet qui le vend au collectionneur suisse Gérard Nordmann pour
300.000 €, sans que ce dernier ne soit au courant de la manière illicite
par laquelle le vendeur se l'est procuré. Une bataille judiciaire entre
les deux « propriétaires » donne finalement raison aux uns
comme aux autres, avec deux décisions contraires de la justice française
et de son homologue suisse.
Rappelons que 2014 est l'année du bicentenaire de la
mort du marquis, qui sera notamment célébré à Paris du 11 au 13 avril
au Salon du livre ancien et de l'estampe, mais aussi en septembre à
l'Institut des Lettres et Manuscrits et à partir d'octobre au Musée
d'Orsay.
Le rachat permet au moins de s'assurer que le manuscrit ne
se perdra plus dans la nature : Gérard Lhéritier compte le faire
classer « Trésor national », et espère que la Bibliothèque nationale de
France l'accueillera dans ses fonds. « J'avais d'ailleurs proposé de
garder le rouleau cinq ans et d'en faire don à la BNF mais le ministère
de la Culture n'a pas donné suite », explique d'ailleurs Gérard Lhéritier.
Les deux manuscrits seront les suivants :
Édition originale du premier et du plus célèbre ouvrage du marquis de Sade. Sa rareté est proverbiale.
En Hollande, Les libraires associés [Paris, Girouard],
1791, 2 volumes in-8 de 283 pp. et de (2) ff., 191 pp., veau marbré,
filets à froid sur les plats, dos lisses ornés et dorés, pièces de
maroquin rouge et vert, tranches rouges (reliure de l'époque).
SADE (Donatien, Marquis de). Les crimes de l'amour.
Paris, Massé Editeur, 1800, 3 volumes brochés, in-12, 274,
228 et 252 pages. Exemplaire personnel d'usage personnel du Marquis
Donatien de Sade, après sa parution originale de 1797, qui l'accompagna
lors de son internement à Charenton et jusqu'à son décès en 1814, comportant des dos titrés manuscrits et annotations éparses. Est joint
une enveloppe de sa main adressée à son épouse "À Madame- Madame de Sade
à Paris". L'auteur entame ainsi "Quand l'homme ose jusqu'au ciel porter
ses mains hardies ... il ne craint plus de déclarer la guerre à ceux
qui le faisaient frémir autrefois...".
Le maître de la pornographie littéraire, toujours indésirable...
Écrit par Antoine Oury
[Illustration : Jim Champion, CC BY-SA 2.0 - publié sur www.actualitte.com]

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