Auteur : Pola Oloixarac
Traducteur : Isabelle Gugnon
Date de saisie : 23/03/2014
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 21.00 €
ISBN : 978-2-02-103545-2
GENCOD : 9782021035452
Sorti le : 17/01/2013
- Les présentations des éditeurs : 09/02/2013
Le poisson rouge s'appelle Yorick et la petite chatte Montaigne Michelle. Leur maîtresse se
promène avec une édition trilingue de la Métaphysique d'Aristote,
prépare une thèse sur la violence comme partie intégrante de la culture
et cherche désespérément à séduire son professeur de philosophie, en
revisitant son extravagante Théorie des Transmissions Moïques, empruntée
à un anthropologue imaginaire du XIXe siècle. Chemin faisant, elle
expérimente auprès d'un ex-guérillero la transformation des thèses
marxistes-léninistes en happening coïtal.
Parallèlement, le couple de laiderons formé par la petite K. et le
blogueur Pabst cherche son identité en pratiquant le sexe comme on fait
de la gymnastique et en s'essayant à tout ce que peut procurer le Buenos Aires branché des années 2000 : kétamine, fêtes gothiques dans des synagogues désaffectées, war games, hacking.
Il se dégage de ce roman iconoclaste et très provocateur un charme
vénéneux. Délirant, drôle et d'une érudition philosophique
volontairement embrouillée par l'usage effréné de Google, il met en
scène un «esprit du temps» avec une étonnante inventivité. Entre guerre
du verbe et guerre du sexe, Les Théories sauvages pourrait bien être une anthropologie extravagante du chaos contemporain.
Née en 1977 à Buenos Aires, Pola Oloixarac est diplômée de la faculté de philosophie et lettres. Les Théories sauvages est son premier roman.
- La revue de presse David Caviglioli et Vincent Leconte - Le Nouvel Observateur du 20 mars 2014
La langue d'Oloixarac, souvent incompréhensible, peut dérouter. Mais
quiconque saura aller au-delà de cette parodie d'intellectualisme
découvrira une oeuvre à part : un inventaire du chaos, un miroir
déformant de notre civilisation.
- La revue de presse Nelly Kaprièlian - Les Inrocks, février 2013
Si l'on doit chercher une clé logique à ce roman limite surréaliste,
on se dit qu'elle est peut-être là : une poignée de personnages
pathétiques qui, se sentant proies potentielles, tentent de se la jouer
prédateurs. Brillant, souvent drôle, parfois quand même un peu inabouti,
le roman joue sans cesse sur cet écart entre théories appliquées
sauvagement au réel, et réel vécu, aménagé, tordu selon certaines
théories sauvages, voire folles...
Sans cesse théorique mais jamais sérieux, Les Théories sauvages s'impose
comme l'antiroman à thèse par excellence : une fantaisie baroque. Le
roman ne pourrait plus rien démontrer - sinon que les dadaïstes avaient
raison : plus rien n'aurait de sens ?
- La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 24 janvier 2013
Le premier roman de l'Argentine Pola Oloixarac plonge dans les années
d'avant la crise, où la jeunesse s'enivrait de sexe, de drogue et de
philosophie.«Un homme qui a échafaudé une théorie a quelque chose à
crier, mais un esprit avec une théorie n'est rien de plus qu'un quignon
de pain à demi mâché. » La « théorie des transmissions moïques » a bien
failli finir dans les limbes de ces productions intellectuelles
avortées, si le jeune interne Augusto Garcia Roxler n'avait eu, un soir
d'orage, une illumination concernant les thèses totalement ignorées d'un
certain Van Vliet...
Parallèlement, en effet, nous assistons aux amours de la petite
Kamtchowski, dite « Petite K. » et de Pablo, jeune blogueur connu sous
le nom de Pabst...
Les deux récits entrelacés vont-ils converger ? En attendant de le
découvrir, le lecteur, sidéré, va se laisser entraîner par cette plongée
dans le Buenos Aires du début des années 2000, cette movida sous la
Croix du Sud où s'entremêlent les références littéraires et historiques
nationales, de Silvina Ocampo à Raul Alfonsin, et les stars de la
théorie internationale, de Kristeva à Chomsky...
Théories devenues folles jusqu'à atteindre une sorte de fureur poétique,
elles donnent à ce premier roman allègre et stupéfiant la force de
frappe du rire et du rêve.
- Les courts extraits de livres : 09/02/2013
Dans les rites de passage pratiqués par la communauté orokaiva, en
Nouvelle-Guinée, les enfants appelés à être initiés, garçons et fIlles,
sont tout d'abord menacés par des adultes cachés dans les buissons. Les
intrus, censés être des esprits, poursuivent les petits en criant : «Tu
es à moi, à moi, à moi», et les poussent vers une plate-forme semblable à
celles sur lesquelles on tue le cochon. Les enfants, terrifiés, sont
couverts d'une capuche qui les aveugle, puis conduits dans une cabane
isolée au milieu de la forêt, où ils sont témoins de secrètes ordalies
et de tortures résumant l'histoire de la tribu. Il n'est pas rare,
disent les anthropologues, que certains gamins meurent au cours de ces
cérémonies. Masqués et parés de plumes comme les esprits qui les ont
menacés au départ, les jeunes survivants reviennent au village et
participent à la chasse au porc. En rentrant, ils ne sont plus des
proies, mais des prédateurs qui reprennent la formule entendue dans la
bouche de l'ennemi : «Tu es à moi, à moi, à moi.» Dans les peuplades
nootkas, kwakiutls et quillayutes, au nord-ouest de la côte Pacifique du
nord de l'Amérique, ce sont des loups - ou plutôt des hommes portant
des masques de loup - qui menacent les petits initiés et les
aiguillonnent de leurs sagaies pour les placer au centre de ces rituels
de la peur ; au terme de ces tortures ésotériques, les enfants pénètrent
les secrets du culte du Loup.
La petite Kamtchowsky vit le jour dans la ville de Buenos Aires pendant
les «années de plomb» ; l'accès à la conscience coïncida avec le
«printemps alfonsiniste». Son père, Rodolfo Kamtchowsky, était issu
d'une famille polonaise établie à Rosario dans les années 1930. Seul
garçon de la famille, la mort prématurée de sa mère l'avait contraint à
aller vivre chez ses tantes. À six ans déjà, il montrait des
dispositions exceptionnelles pour la pensée abstraite ; à neuf, son
professeur de mathématiques, une femme qui avait étudié à l'université,
loua son inventivité formelle. Le petit Rodolfo rapporta le compliment à
ses tantes, qui s'alarmèrent un peu et décidèrent qu'à treize ans il
irait poursuivre ses études à Buenos Aires. Rodolfo était un enfant gai
quoique timide ; il parlait peu et, parfois, ne semblait pas enregistrer
ce qu'on lui disait. Le moment venu, il partit à la capitale vivre chez
une autre tante, qui habitait en face du parc Lezama. On l'inscrivit au
lycée technique Otto Krause et, par la suite, il décrocha en un temps
record son diplôme d'ingénieur.
Les études vers lesquelles il s'était orienté et son caractère renfermé
ne favorisaient guère ses relations avec les femmes ; à la faculté, il
n'en avait connu que deux et ne pouvait affirmer qu'elles réunissaient
toutes les qualités requises pour être qualifiées de «filles» ; elles
étaient plutôt du genre trapues et amorphes, comme le serait sa propre
fille quelques années plus tard. Très vite, il devint évident que le
destin et les choix intellectuels de Rodolfo le prédisposaient à être
forcément fidèle, monogame et hétérosexuel. Il semblait couler de source
que, dès que la Providence mettrait sur son chemin une femme (un
élément du groupe «filles»), Rodolfo s'accrocherait à elle à la manière
de certains mollusques nageurs qui voyagent dans l'océan avant de
planter comme une hache leur appendice musculaire dans les sédiments ;
leur coquille ou manteau a la faculté de sécréter des couches de
calcaire autour de la pellicule muqueuse qui les lubrifie ; au bout d'un
certain temps, la coquille se brise et le mollusque repart à la dérive,
vers d'autres eaux ou vers la mort.
[Source : www.lechoixdeslibraires.com]

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