Après la polémique engendrée par le refus d'Apple de diffuser la couverture du livre de Bénédicte Martin La femme, dont on a déjà largement parlé, le diffuseur est finalement revenu sur sa décision. « La société Apple a finalement accepté de diffuser cet ouvrage sur son magasin en ligne Apple Store », a déclaré l'éditeur dans une dépêche de l'AFP. Contacté par Actualitté, Olivier Frébourg, fondateur des Éditions des Équateur en 2003, nous a livré « la leçon qu'il faut tirer de cette historie. »
Pour la première fois, un éditeur est parvenu à lever la
censure d'Apple. Contacté par Actualitté l'éditeur, Olivier Frébourg, a
tenu à exprimer toute l'indignation que lui inspirait le sujet, en dépit
de sa victoire : « Ce sont des algorithmes qui choisissent les livres
en fonction de leur titre et de leur couverture. Apple ne regarde même
pas le contenu des livres. Il y a une grande déshumanisation de la
politique éditoriale d'Apple. » Revenant sur le fait que Apple représente 20 % du marché numérique, il a tenu à rappeler que cette caractéristique ne devait en aucun cas arroger à la société un droit de censure.
« Apple joue le rôle d'Ernest Pinard sous le Second Empire », faisant allusion au procureur qui avait instruit le procès contre Les Fleurs du Mal et Madame Bovary en 1857. Mais un procureur absurde et paradoxal alors, puisque Apple, puisque « des
ouvrages d'extrémismes politiques qui incitent à la violence sont
diffusés en toute liberté sur l'Apple Store, simplement parce qu'ils ont
un titre et une couverture qui passent inaperçus. »
Qualifiant ainsi de véritable « régression morale » la réaction d'Apple, Olivier Fréboug a tenu à montrer toute la signification du refus d'Apple. « Cela
va plus loin qu'une insulte à la liberté d'expression. Le roman a été
écrit par une femme. Il parle d'une femme, et sa couverture représente
le corps d'une femme. C'est donc tout bonnement une insulte aux femmes
même. Refuser de présenter le corps d'une femme me semble paradoxal pour
une société dont l'emblème est une pomme croquée. »
L'absence regrettable de réaction de Mme Filippetti
L'éditeur a ainsi profondément regretté l'absence totale
de réaction de la part d'Aurélie Filippetti et du Ministère
de la Culture. « Elle avait connaissance du dossier. En tant que femme elle aurait du intervenir. » Oilivier Frébourg a obtenu le soutien de Antoine Gallimard, du SNE. Pour lui, La femme doit
servir d'exemple. « Il met en relief une situation qui dépasse son
simple cas particulier. Il faut rester vigilant, car ce n'est pas la
première fois, et ce ne sera sûrement pas la dernière. »
Il met également en garde contre l'autocensure que le
comportement d'Apple engendre chez les éditeurs qui craignent d'être
refusés par le diffuseur mondial.
En ce sens, le réseau des libraires indépendants dans
lesquels avait préalablement été distribué le livre a agi comme un
véritable contre-pouvoir démocratique. « Jamais un libraire n'aurait
censuré un livre pour sa couverture. Ils ont constitué un immense
soutien pour nous. Cela montre combien il faut préserver ce réseau qui
est finalement un garant de liberté et de démocratie. »
Si un combat est donc gagné, il s'agit toutefois de rester
vigilant. Le livre n'était pas un cas particulier, il cristallisait une
situation d'ensemble. C'est ainsi une valeur symbolique qu'a voulu
donner à son combat le fondateur des Éditions des Équateurs, qui refuse
de voir la polémique se limiter à son seul cas : « Il faut
comprendre tout ce que cela implique. C'est pour cela que je demande à
tous les éditeurs d'adopter une position commune pour résister contre le
conformisme », a-t-il conclu.
Écrit par Louis Mallié
[Source : www.actualitte.com]

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