Une entreprise d’insertion libanaise recycle les décombres de la guerre pour en faire des objets d’art.
Rédaction : Pauline Chambost
Les initiatives de upcycling se multiplient. Celle de Benedicte de Blavous Moubarak est épatante: elle recycle les décombres de la guerre au Liban.
Quand cette Française arrive dans ce pays en 2003, les décharges regorgent toujours de gravats issus de la guerre. Pendant le conflit
qui a frappé la capitale Beyrouth, de 1975 à 1990, de nombreuses
maisons datant du dix-neuvième siècle ont été détruites. Touchée par ce
qu’elle qualifie de "destruction systématique du patrimoine libanais", Benedicte de Blavous Moubarak décide de récupérer ce qu’il en reste (fer forgé, fenêtres, etc.) et d’en faire des objets d’art: lampes, chandeliers ou encore tables. En 2005, l’entreprise Beyt ("maison" en hébreu et en arabe) est lancée.
Photo: l'une des créations de Beyt. Crédit: Beyt/Facebook.
Des travailleurs handicapés et des communautés marginalisées
Beyt est une entreprise d’insertion: elle embauche des personnes handicapées, physiques et mentales. Elle travaille notamment avec l’ONG Arcenciel et son atelier de forgerons handicapés spécialisés dans la fabrication de fauteuils roulants.
À son arrivée dans le pays, Benedicte de Blavous Moubarak est heurtée par le manque de formations destinées aux personnes handicapées, qui accèdent très difficilement à l’emploi. "On ne reconnaît pas ouvertement le handicap au Liban. Ces personnes sont parfois cachées dans les maisons", explique-t-elle.
Beyt embauche également des femmes issues de la population Dom (très pauvre et marginalisée) de Beyrouth, et une personne sans-abri dans sa nouvelle boutique ouverte en 2012 près de Boston (Etats-Unis). Selon Benedicte de Blavous Moubarak, la philosophie de Beyt est de "restaurer la beauté cachée de ce qui est brisé": architecture, personnes marginalisées et relations entre chrétiens et musulmans.
L’entreprise se soucie aussi
de la préservation de l’environnement: en plus de recycler les déchets
de la guerre (80% des matériaux employés), elle n’utilise que des
pigments naturels. Beyt a récemment reçu le label B corporation, qui certifie les entreprises soucieuses de leur impact social et environnemental.
Photo: Benedicte de Blavous Moubarak. Crédit: Veronique Morinho.
"Un concept à dupliquer partout où les conflits détruisent"
Benedicte de Blavous Moubarak dessine les objets, mais les salariés prennent de plus en plus de libertés: "C’est
formidable parce qu’ils s’auto-corrigent. Les ouvrières prennent des
initiatives esthétiques remarquables. Elles sont formées sur le tas mais
l’une d’entre elles s’est miraculeusement révélée être une vraie
artiste", explique l'entrepreneuse.
La société vend principalement ses productions en Europe et au Japon.
En effet, le marché libanais commence à peine à décoller: "Les Libanais ont envie de se débarrasser de cette guerre et tout ce qui en fait partie. Mais la nouvelle génération semble plus sensible", raconte Benedicte de Blavous Moubarak.
Pour le moment, la totalité des recettes sert à rémunérer les
employés et à payer les charges, mais Benedicte de Blavous Moubarak ne
se verse toujours pas de salaire. Cependant, la Française reste
confiante sur l'avenir de son concept. Pour elle, ce modèle a l’avantage
"d’être duplicable ailleurs dans le monde, partout où les conflits détruisent." Dernier projet en cours: une collection réalisée par des réfugiés syriens nacriers (qui travaillent la nacre).
Photo: Benedicte de Blavous Moubarak à la recherche de matériaux, dans une décharge. Crédit: Beyt/Facebook.
[Source : www.youphil.com]

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